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Vittorio Gregotti, l'architecte milanais qui aimait Aix

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Vittorio Gregotti, l'architecte milanais qui aimait Aix
D.R. - Vittorio Gregotti est l'architecte du Grand théâtre de Provence d'Aix.

Vittorio Gregotti a quitté la scène dimanche dernier, vaincu par le Covid 19, à l'hôpital de Milan, sa ville. L'architecte italien avait longtemps travaillé du côté d'Aix-en-Provence sur les grands projets urbains de la ville de Cézanne : la Zac Sextius-Mirabeau, le cours Mirabeau, la Duranne et le Grand théâtre de Provence (GTP).

Le Covid 19 est sans pitié. Ce dimanche 15 mars, le virus a fauché Vittorio Gregotti dans 92ème année, chez lui, à Milan. Avec le décès de cet architecte, l'Italie et le monde de l'architecture voient disparaître un concepteur qui aura gravé de son empreinte délicate la pierre de nombreuses villes et notamment celle d'Aix-en-Provence. En 2007, Gregotti, né à deux pas de la Scala de Milan, avait offert à la ville du Festival d'art lyrique le Grand théâtre de Provence (GTP), œuvre tellurique qui trône au beau milieu du nouveau quartier Sextius-Mirabeau. Une salle conçue comme un écho minéral de la Sainte-Victoire qui venait s‘ajouter à une longue liste de réalisations : le Centre culturel national de Bélem près de Lisbonne, le Musée Guggenheim à Venise, le Grand théâtre national de Pekin, l'Opéra Étoile de Strasbourg...

« Une ville nouvelle commence par la ville elle-même »

En Italie, cet architecte à la barbe longue qui lui donnait des faux airs du cinéaste Marco Ferreri était aussi connu pour ses écrits. Planificateur urbain, théoricien, critique... L'auteur du GTP s'était imposé sur la scène constructive comme un grand penseur de l'urbanité contemporaine, passé maître dans l'art de réfléchir aux différentes façons de fabriquer la ville dans sa temporalité diachronique. « Une ville nouvelle commence par la ville elle-même et son histoire », écrivait-il dans son ouvrage « La ville visible » (« La citta visibile » ; 1991).

Diplômé de l'école Polytechnique de Milan, le jeune Gregotti avait commencé à exercer son activité d'architecte en collaboration avec Meneghetti et Stoppino. Parallèlement, il participait à l'écriture de la revue Casabella, dont il avait fini par prendre la rédaction en chef de 1955 à 1963. Par la suite, il démocratisait l'exercice en rédigeant des articles dans des magazines transalpins grand public (Rassegna, Panorama). Cette passion pour la critique ne l'avait jamais quittée le conduisant à poursuivre sa collaboration avec les grands quotidiens italiens.

L'auteur du GTP avait également enseigné l'architecture, notamment à l'Institut architectural de Venise et au sein des facultés de Milan et Palerme, menant en parallèle une activité de conférencier dans les grandes universités de la planète : Tokyo, Buenos Aires, São Paulo, Lausanne, Harvard, Philadelphie, Princeton, Cambridge...

Comme d'autres starchitectes, Vittorio Gregotti avait également participé à de nombreuses expositions : à Milan en 1964 où il obtient le Grand prix international à la XIIIème Triennale et à la Biennale de Venise où il occupera de 1974 à 1976 le poste de directeur des arts visuels et de la section architecture.

Membre de nombreuses académies (San Lucas, Brera, l'Académie d'architecture allemande et l'Institut américain des architectes, Vittorio Gregotti était reconnu par ses pairs qui lui avaient décerné les honneurs de hautes écoles architecturales telles que Prague en 1996 et Bucarest en 1999.

En tant qu'architecte, Gregotti avait assez rapidement pris ses distances avec les théories et les modèles dominants, hérités du mouvement moderne, pour trouver son inspiration dans les cultures locales et régionales. En 1974, il avait fondé l'agence Gregotti Associati avec Pierluigi Cerri, Pierluigi Nicolin, Hiromichi Matsui et Bruno Vigano à Milan. Une agence au rayonnement international qu'il dirigea avec son associé Augusto Cagnardi durant près de quatre décennies, avant qu'elle ne change de nom avec le départ de ses fondateurs.

Une longue histoire avec Aix

Avant de dessiner les courbes du GTP au mitant des années 2000, Vittorio Gregotti avait travaillé à Aix à deux reprises. En 1991, il figurait parmi les quatre équipes de concepteurs-investisseurs* en lice dans le concours d'aménagement et d'économie urbaine lancé par la municipalité de Jean-François Picheral pour reconfigurer la vingtaine d'hectares de friches entre le centre ancien et la périphérie (la Zac Sextius-Mirabeau). Finalement attribué à l'équipe du catalan Oriol Bohigas, ce projet de renouvellement urbain ne sera pas complètement resté étranger à l'architecte milanais : quinze ans après le lancement de l'opération, celui-ci y réalisera le Grand théâtre de Provence, l'un des totems du nouveau « forum des arts » aménagé au barycentre du quartier.

En 1998, Gregotti avait également été candidat dans le cadre du marché de définition pour le projet de requalification du cours Mirabeau**. Son projet, assez avant gardiste, n'avait pas eu les faveurs des Aixois invités par la municipalité à se prononcer dans une sorte de consultation informelle sur les trois dossiers en lice. L'architecte italien avait eu le handicap d'avoir raison trop tôt : il proposait en effet d'abattre tous les platanes, moribonds selon lui, afin de replanter des sujets plus jeunes, seule solution pour reconstituer la voûte ombragée qui caractérisait le cours Mirabeau. Cette chirurgie radicale avait effrayé les amoureux de l'ancien cours à carrosses. Vingt ans plus tard, la majorité des platanes centenaires ont été coupés, victime du chancre coloré. Et ils sont remplacés par des sujets plus jeunes, immunisés contre le champignon ravageur...

Enfin, en 2009, la municipalité de Maryse Joissains avait confié à son agence le soin de piloter la dernière tranche de la Zac de la Duranne*** (70 ha sur 270 ha de la Zac), sur les contreforts du plateau de l'Arbois. L'opération est désormais orchestrée par l'architecte Paolo Colao, un ancien de l'agence Gregotti Associati qui a repris le flambeau avec sa propre structure.

* Les autres architectes en lice sur la Zac Sextius-Mirabeau étaient Oriol Bohigas associé à l'agence Atelier 9 (lauréats), Richard Meier associé à l'agence RCT, Christian de Portzamparc et Jean-Michel Wilmotte.
** Le lauréat du marché de définition fut le tandem Antoine Grumbach-Jean-Jacques Reymond, le troisième candidat étant l'agence Atelier 9.
*** Paolo Colao est associé à l'agence CFL Architecture




William Allaire
Journaliste

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