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Violaine Démaret, préfète de Vaucluse, présente les grands travaux de 2023

Nommée fin juillet 2022 préfète de Vaucluse, Violaine Démaret a pris ses fonctions le 23 août dernier. Entre crise énergétique, délestage, énergies vertes, France 2030, rénovation urbaine, elle nous dévoile ses priorités en Vaucluse pour 2023.
Violaine Démaret, préfète de Vaucluse.
Valérie Maintenant - Violaine Démaret, préfète de Vaucluse.

TerritoiresVaucluse Publié le , Propos recueillis par Valérie Maintenant

« En tant que préfète, ma priorité porte sur le champ économique et sur la façon dont nous allons passer l’hiver. Comment nous accompagnons et comment nous nous projetons en 2030. La façon dont nous soutenons les collectivités sur la réduction d’artificialisation des sols avec des outils tels que le fonds vert et fonds friche. C’est le bloc des voeux et c’est pourquoi nous allons présenter des voeux conjoints avec la présidente du conseil départemental, le 13 janvier, sur le thème de la durabilité en Vaucluse.

Violaine Démaret, nouvelle préfète de Vaucluse

Baisse de l’hydroélectrique

Le gouvernement nous a demandé de travailler sur la partie délestage depuis le début de l’été. L’État avait identifié une problématique historique qui laissait présager un hiver potentiellement exceptionnel avec trois facteurs principaux : une crise géopolitique ; le parc nucléaire en maintenance et une année 2022 historique du point de vue de la sécheresse qui a entraîné des conséquences sur l’hydroélectricité. Ce que les Français ne savent pas nécessairement, c’est que l’hydroélectricité vient compléter et corriger les pics de consommation et donc la problématique d’offre et demande. C’est typiquement l’énergie que nous avons la capacité à mobiliser en quelques minutes pour corriger les pics.

Avignon : questionner le périurbain à l’heure du changement climatique

Le grand barrage Durance-Verdon nous a permis, le 4 avril 2022, d’honorer toute la demande d’électricité. Si nous y sommes parvenus, c’est parce que les turbines Durance-Verdon ont tourné à plein. Mais déjà, en avril 2022, nous avons failli avoir un sujet de délestage à l’échelle du pays. Il ne faut pas faire d’anachronisme, lorsque vous prenez l’année 2021, année de référence, il a énormément plu en mai et juin. En 2022, il y a eu peu de neige et peu de pluie ce qui impacte la situation actuelle et présage un potentiel délestage. En février 2022, EDF, en lien avec l’État, a décidé de moins turbiner sur le système Durance-Verdon pour limiter les conséquences de la sécheresse en termes économique et d’irrigation. Nous avons dû jongler entre différents impératifs, l’hydroélectricité a été non priorisée et nous avons réduit l’activité des turbines de 60 % par rapport aux années antérieures, entre février et l’été. Forcément, nous sommes face à un déficit hydroélectrique que nous avons dû mal à rattraper.

carte-methanisation
Le Vaucluse, compte cinq unités de méthanisation : la STEP à Avignon, Tamisier Environnement
à L’Isle-sur-la-Sorgue, Aptunion à Apt, la Cave des Vignerons de Cucuron et la cave Terres Valdèze à La Tour-d’Aigues. Six autres projets sont à l’étude. (Crédit : E.B.)

Délester pour éviter le pire

Depuis 1990, nous avons une réglementation avec des arrêtés au niveau national, qui prévoient l’hypothèse de délestage. Cela n’a jamais eu lieu, mais pour la première fois nous risquons de délester. Et le délestage n’est pas le pire. J’insiste là-dessus, nous voulons éviter le black-out parce que, si tout disjoncte, remettre tout le pays en marche prendrait plusieurs jours.
Pour éviter le black-out, nous avons identifié des points dits d’importance vitale qui ne peuvent et ne doivent pas supporter de délestage, rarement pour des raisons économiques. Nous aimerions pouvoir protéger tout le monde, parce qu’évidemment, nous sommes très sensibles aux conséquences économiques notamment après tous les efforts mis en place pour maintenir l’économie post crise
sanitaire. Nous essaierons d’éviter le délestage jusqu’au dernier moment, notamment en réduisant la puissance de 5 %, ce qui sera imperceptible pour le grand public.
Avec Ecowatt, nous avons la météo de l’énergie à J -3. À J -3, la météo est verte, tout va bien ; orange, il y a un peu de tension ; rouge, il nous faut modifier nos comportements au risque d’un délestage.
Si à J -1, une confirmation de délestage se présente, dès 15 h nous saurons où en Vaucluse il aura lieu. À 17 h, nous aurons la maille communale avec les lieux de délestage et préviendrons les maires. À la même heure, le grand public en sera aussi informé avec Ecowatt et/ou par voie de presse. Dans le département, nous avons des patients à haut risque vital, environ 30 personnes, qui auront été contactés par Enedis pour être avisées de prendre les mesures de sécurité : orientation vers un hôpital, chez un proche… Jusqu’au dernier moment, et j’insiste, nous essaierons d’éviter le délestage.

Secteurs protégés

Les secteurs protégés sont surtout des secteurs très stratégiques, soit de défense nationale, d’intérêts vitaux (barrages, sites nucléaires, hôpitaux). Et c’est bien pour préserver ces sites que nous mettons en place des plans de délestage et que des arrêtés préfectoraux listent les "clients protégés". Nous avons travaillé avec la Direction Régionale de l’Environnement, de l’Aménagement et du Logement (Dreal), Enedis, le Réseau de Transport électrique (RTE) pour dresser la liste des secteurs protégés. Par exemple, sur la quarantaine de centres d’incendie et de secours en Vaucluse, tous ne le sont pas. Celui d’Avignon l’est parce qu’il a des fonctions départementales et pas seulement locales.
La commande nationale consiste à ce que chaque liste départementale ne représente pas plus de 38 % de la consommation habituelle. Dans cet exercice, nous avons très peu de clients protégés dont la liste n’est pas publique pour des raisons évidentes de sûreté. Nous avons très peu de sites qui ne représentent pas 38 % de la consommation électrique et n’avons pas la possibilité, en termes de distribution, de protéger un seul client ou de n’en couper qu’un seul. Le réseau électrique étant structuré par îlots, si je protège le client Centre Hospitalier d’Avignon, c’est le secteur que je protège. Les entreprises ou particuliers situés dans la zone bénéficient du statut de protection. Ce qui fait que l’on aboutit, avec quelques clients protégés très stricts, aux 38 %.

Vaucluse : les maires face aux mutations climatiques

Baisse de la demande électrique

Concernant le nucléaire et dans le cadre de la grande maintenance, bonne nouvelle : un réacteur mis en service plus tôt que prévu nous a tout de même permis, à ce stade, d’éloigner le risque d’un délestage. Il dépend de ce que l’on peut faire sur l’offre, mais aussi de deux autres éléments : un que l’on maîtrise, l’autre non. Celui que l’on ne maîtrise pas, c’est la météo. Parce qu’il suffit de quelques degrés en dessous des normales saisonnières pour que, potentiellement, nous ayons un problème d’offre et de demande. Nous ne maîtrisons pas le climat, en revanche côté demande électrique, nous pouvons agir. C’est là que la sobriété et les bons comportements, tant des entreprises, administrations, associations que du grand public, peuvent faire beaucoup. Dès cet automne, nous avons communiqué sur la responsabilisation des personnes, ce qui a permis de baisser, en France, la demande d’électricité de 9,7 % en décembre 2022.

Énergies renouvelables

Le choix de l’État est de conserver le nucléaire, nous mesurons bien aujourd’hui que nous ne pouvons pas faire sans à ce stade. Nous boostons de façon historique les énergies renouvelables. L’éolien, une des sources importantes, se développe comme jamais avec des parcs offshores, tant au Nord qu’au Sud. En Vaucluse, nous avons des contraintes fortes liées à nos implantations militaires et, pour cette
raison, il n’y a pas de projet éolien. Ce n’est clairement pas un sujet sur lequel nous allons avancer. En revanche, nous possédons quatre sources sur lesquelles nous devons travailler : photovoltaïque, méthanisation, biomasse et géothermie. Cela fait partie de mes grandes priorités de 2023 avec un petit bémol. Les zones d’implantations doivent être clairement réfléchies afin de tenir compte de la
préservation de la biodiversité ainsi que des risques d’inondation et feux de forêt.

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L’entreprise Aptunion, implantée à Apt, a construit son unité de méthanisation entre 2019 et 2020. Aujourd’hui, elle alimente 75 % en biogaz la population aptésienne. (Crédit : D. R.)

Six projets de méthanisation

Nous comptons déjà cinq méthaniseurs dans le département, de très belles illustrations d’énergie verte : la STEP à Avignon, Tamisier Environnement à L’Isle-sur-la- Sorgue, Aptunion à Apt, la Cave des Vignerons de Cucuron et la cave Terres Valdèze à La Tour-d’Aigues.
Six études sont en cours : Mondragon, Le Pontet, Apt, Monteux, Camaret-sur-Aigues et Maubec. Entre la pédagogie et la concertation, nous estimons que la durée d’émergence est de cinq à dix ans, à partir de l’idée jusqu’à la mise en place. Nous allons donc les suivre en amont pour qu’ils soient conformes dès le départ et réduire les délais d’instruction.

Avignon dispose d’une nouvelle usine de méthanisation

Pour accompagner les projets de méthanisation, de biomasse et de géothermie, j’ai annoncé aux maires l’arrivée d’un fonds vert de 2 Mds€ au niveau national. Il permettra de cofinancer des projets de transitions énergétiques et thermiques portés par les collectivités locales. Typiquement, cela apportera des aides sur des zones déjà artificialisées, pour arrêter de miter le territoire, et subventionner des projets de nouveaux logements, bâtiments, crèches… sobres en matière d’isolation thermique. Et aider les collectivités à gérer les budgets de fonctionnement qui explosent avec les factures énergétiques. Je dis aux maires, aux EPCI : préparez-moi des projets pour, qu’en 2023, nous fassions de l’investissement vert. J’en ai déjà parlé lors du congrès des maires à Monteux et j’en reparlerai lors de la présentation de nos voeux conjoints avec la présidente du conseil départemental.

Projets et potentiels photovoltaïques


Le Vaucluse dispose de 24 installations photovoltaïques qui représentent une puissance installée de près de 100 mégawatts. Neuf projets sont à l’étude, cinq d’une capacité supérieure à 5 MW et quatre d’une capacité inférieure. Pour deux projets supérieurs à 5 MW, l’un à Mondragon et l’autre à Saint-Christol, le délai de procédure est estimé à an. Parmi ceux inférieurs à 5MW, deux permis sont en
cours de consultations pour Loriol-du-Comtat et à Caderousse. Les services de la Direction Départementale des Territoires (DDT), par le biais de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe), recensent les potentiels. Nous avons décidé de nous autosaisir de tous les projets agrivoltaïques et photovoltaïques de façon à tout scanner pour les développer.
Clairement, la DDT a répertorié 2 045 parkings, supérieurs à 50 places, propices à l’installation d’ombrières photovoltaïques : hôtels de police, hôpitaux…

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2 045 parkings recensés pouvant recevoir des panneaux photovoltaïques en Vaucluse, soit 10 470 hectares. (Crédit : Shutterstock)


Cela représente plus de 10 470 hectares sur lesquels nous pourrions installer du photovoltaïque. Nous avons mis un atlas à disposition des collectivités. L’Ademe a identifié neuf friches qui représentent en surface cumulée plus de 50 hectares. Nous avons des zones délaissées, certaines déjà artificialisées, où nous pourrions construire du photovoltaïque. Sur l’une des neuf friches, un permis est en cours d’instruction.

Planification énergétique

Aujourd’hui, nous parlons beaucoup de planification énergétique territoriale et c’est ce que le gouvernement va nous demander avec le projet de loi ENR. L’enjeu, c’est de savoir comment, en Vaucluse, nous allons la booster. À mon arrivée, j’ai annoncé aux élus que je lancerai en 2023 un travail de cartographie complémentaire sur les énergies renouvelables, comme je l’ai mis en place dans les Alpes-de-Haute-Provence. Nous avons croisé les contraintes environnementales et risques et les avons cartographiés. Si les élus reprennent ces éléments dans leur document d’urbanisme, en faisant leurs choix politiques, la loi va leur permettre d’utiliser une modification simplifiée pour gagner du temps. Nous faisons de la planification énergétique territoriale.

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À Avignon, la cité administrative bénéficiera d’une rénovation énergétique pour un montant de 15 M€. (Crédit : Shutterstock)

France 2030

France 2030, doté de 54 Mds €, est destiné aux entreprises de l’économie durable de demain. Cela se traduit par un soutien des projets à impacts positifs sur l’environnement. Il concerne la recherche, l’innovation, la santé, l’agriculture… Cette enveloppe de 54 Mds € doit, pour 50 %, soutenir les acteurs émergents et non de grosses entreprises. En Vaucluse, nous avons un tissu majoritairement composé
de PME voire de TPE, c’est à cette typologie d’entreprises qu’est destinée la moitié des 54 Mds €. Dans le département nous avons déjà cinq entreprises lauréates de France 2030 : Antofénol, Watt & Well, E.C.I. Meca, La Guilde des Vidéastes et Kiviak Technologies, soit un budget de 9 M€ pour les quatre premières. Concrètement, France2030, c’est une logique d’appels à projets avec identification et soutien des différents acteurs départementaux.

Comité France 2030 Vaucluse

Le 7 février prochain, je lance le comité France 2030 Vaucluse, avec les acteurs économiques, les EPCI, les chambres consulaires… pour apporter une méthode de structuration et d’organisation. Les entreprises intéressées par les appels à projets pourront les présenter avec la certitude de répondre aux attendus. Il peut y avoir un très bon projet, mais, selon la façon dont il est présenté, il n’est pas compris et passe à côté du dispositif France 2030 alors qu’il est dans la cible.
Nous avons eu la chance de bénéficier de l’intervention du secrétaire général pour l’investissement, Bruno Bonnell, en octobre dernier à l’occasion du salon Med’Agri. Personnellement je voulais que l’on valorise toute la capacité d’innovation de l’agriculture vauclusienne et régionale. Le résultat de nos échanges, avec la présidente du département, le président de région, c’est que nous devons simplifier
les dispositifs. Au terme de cette réunion, nous avons décidé de mettre en place un dispositif de préqualification des dossiers pour soutenir la filière agricole dans la présentation des appels à projets.
À titre d’exemple, lors du salon Med’Agri, des entreprises ont présenté leur dossier dont un est excellent, qui sera structurant pour le département et je suis certaine que nous obtiendrons l’aide attendue. Mais, dans cette très bonne présentation, il y a une diapositive sur la gouvernance qui est totalement à refaire. Parce que nous n’allons pas donner de l’argent si nous ne comprenons pas à qui nous le donnons. Nous en avons informé le porteur de projet et nous allons l’accompagner dans son appel à projets.

Grande rénovation urbaine historique en marche à Avignon

Bâtiments publics, réseaux routiers et urbains

Nous avons un gros projet de rénovation énergétique pour la cité administrative d’Avignon qui abrite la direction des finances publiques, l’ARS, la Direction Départementale des Territoires, la Direction Départementale de la Protection des Populations… Si tout va bien, les travaux devraient commencer avant l’été 2023 pour un coût de plus de 15 M€.

L’ANRU au chevet de ses chantiers du Vaucluse

Nous avons également des projets de financement pour la mobilité et l’aménagement routiers.
Nous avons des enjeux forts dans le département en termes de mobilité, pas seulement sur Avignon, même si la circulation dans et autour de la ville constitue une priorité. Si nous voulons limiter la voiture dans cette agglomération, ce qui est un souhait important de Cécile Helle, maire, nous devons avoir des alternatives. Au travers de l’Ademe, nous allons financer pour 1M€ l’achat de huit bus électriques
pour la Cove. Les aménagements routierspassent par l’échangeur de Bonpas, un éventuel échangeur A7-A9, la LEO. Avec le conseil départemental et la Région Paca, nous souhaitons que ce dernier projet
avance parce qu’aujourd’hui 30 000 à 40 000 poids lourds passent au quotidien sur la rocade.
Dans notre nouveau programme national de renouvellement urbain (NPNRU) nous apportons 180 M€, pour démolir et réhabiliter des logements dans les quartiers en difficulté, principalement Avignon et Cavaillon ainsi qu’à Orange. 2023 sera une année historique en réalisation d’opérations. »

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