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Var : le BTP accuse le(s) coût(s)

La hausse du prix des matériaux et leur pénurie rajoutent une couche de problématiques dans le BTP, notamment sur le front de la construction de logements. L’inquiétude est là tandis que la vision se trouble...
Lors des dernières Rencontres de la Construction, Jean-Jacques Castillon (à gauche), président de la Fédération du BTP du Var, a interpellé l’Etat et le sous-préfet de Toulon Lucien Giudicelli (à droite) sur les conséquences de la hausse des matériaux.
O. Réal - Lors des dernières Rencontres de la Construction, Jean-Jacques Castillon (à gauche), président de la Fédération du BTP du Var, a interpellé l’Etat et le sous-préfet de Toulon Lucien Giudicelli (à droite) sur les conséquences de la hausse des matériaux.

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« Ce sont à la fois les questions de coûts de matériaux et de délais qui perturbent désormais fortement les chantiers et mettent l’avenir en point d’interrogation », affirme Fabien Piersanti, dirigeant du groupe éponyme à Bormes-les-Mimosas, et président du pôle habitat régional et dans le Var de la Fédération Française du Bâtiment (FFB).

« Sur certains matériaux, nous sommes obligés de traiter les marchés très en amont pour être certains de respecter les plannings prévus. La hausse a débuté dès la reprise d’après confinement au printemps 2020. Cela n’a cessé depuis et s’est accentué avec la guerre en Ukraine. Encore un coût de plus, en espérant qu’il ne soit pas fatal à nombre d’entreprise, car nous ne maîtrisons plus rien. »

Ce chef d’entreprise très actif dans la promotion et la construction de logements plante ainsi le décor des problématiques et de l’inquiétude montante, y compris et surtout à moyen et long termes. Si les chantiers actuels se finissent avec plus ou moins d’aléas en fonction des anticipations et de la vigilance au regard des crises successives, ceux à venir sont beaucoup plus incertains, surtout pour les corps de métiers qui interviennent les derniers. « Les sous-traitants qui répondent avec moi sur des projets sont bien embêtés pour me remettre leur offre concernant leur prestation dans 12 ou 15 mois, ne sachant pas l’état du marché d’alors et s’ils ne travailleront pas à perte compte tenu de la flambée des prix. »

Fabien Piersanti
Fabien Piersanti, un bâtisseur impliqué dans son secteur.

A titre d’exemples, l’acier a augmenté de 300 % en 18 mois (655 euros la tonne en octobre 2020 contre 1 950 euros la tonne en mai dernier), le béton de 5 % en janvier de cette année et de 10 % à nouveau en mai, les granulats de 8 % en janvier, sans oublier les carburants, + 35 % en 6 mois. Gros œuvre, menuiserie, plomberie, électricité, étanchéité, carrelage…, cela augmente sur tous les postes. Des hausses soudaines pour la plupart qui impactent les coûts de production (+ 5 % dans le Bâtiment et + 9 % dans les Travaux Publics depuis 9 mois), sachant en outre que les prix de nombreuses fournitures ne sont garantis que quelques jours, voire quelques heures.

Par ailleurs, les salaires ont déjà fait l’objet dans le secteur d’une augmentation de 3 % début 2022 pour compenser l’inflation et de nouvelles négociations sont prévues. Considérant que selon BTP Banque, les marges des entreprises de BTP dans le Var étaient de 2,5 % à 4,5 % en 2020, la situation est plus que déstabilisante pour une activité dont le poids économique est majeur, comptant actuellement 4 500 établissements employant 23 000 salariés, 8 000 artisans seuls, soit 3 milliards de chiffre d’affaires. Selon le président de la FBTP 83, Jean-Jacques Castillon, « chaque emploi sur les chantiers en génère pratiquement deux en amont et en aval dans la chaîne des fournisseurs et prestataires divers. 80 000 emplois sont donc concernés ! ». Bien que résilient, le secteur dans son ensemble accuse sérieusement le coup.

Lourd prix à payer

Les enjeux sont par conséquent de première importance, sachant que les entreprises sont prises en étau entre la flambée des prix des matériaux, de l’énergie, le renforcement des normes et les contraintes qui vont avec (en l’occurrence le remplacement désormais de la réglementation Thermique 2012 par la réglementation Environnementale 2020 dans les constructions). La clause de révision des prix est applicable dans la commande publique et dans une certaine mesure (théorie de l’imprévision), mais très compliquée dans le privé. « Si l’on prend une résidence à construire, les logements vendus sont à prix fixes, explique Fabien Piersanti. Les acquéreurs contractent des prêts sur des données précises qui ne peuvent souffrir de l’aléatoire avec des variations de 10 % à 20 %. Ce n’est pas dans nos pratiques ni dans celles des banquiers. En résumé, nous sommes coincés », souligne-t-il.

Les coûts sont difficiles à partager et des répercussions seront inévitables sur le montant des biens. « Mais jusqu’à quand et jusqu’à quel niveau ? », s’interroge-t-il pour mieux expliquer que les primo-accédants sont à nouveau les victimes collatérales de cette conjoncture. « On ne les voit plus dans nos espaces de ventes, contrairement aux cadres supérieurs et aux retraités. Cela pose là aussi un vrai problème de fond pour loger nos salariés. »

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A raison de 7 % de coûts supplémentaires avec la Covid, de 7 % aussi avec la guerre en Ukraine et de 7 % encore dans la RE 2020, selon l’estimation moyenne de la profession, cette augmentation cumulée du coût de la construction n’est pas une vue de l’esprit. Si la dynamique de transactions immobilières d’après Covid a permis d’en absorber une partie, ce n’est désormais plus possible et la sortie par le haut du marché laisse ceux qui ont le moins de moyens sur la touche, par ailleurs affaiblis par la baisse de pouvoir d’achat. « La part matière sur une construction de logements est de l’ordre de 50 %, d’où l’impact direct sur les marges et les prix », précise Fabien Piersanti, déplorant que la valorisation de la part travail passe en corollaire à la trappe.

Addition pour tout le monde

Alors quelles solutions ? Pour le président régional du pôle habitat FFB Paca-Corse : « Il en existe à plusieurs niveaux. Avec leur pouvoir d’achat actuel les gens n’arrivent plus à répondre à leur besoin de logement, surtout quand le prix de celui-ci monte vite et de façon importante. Il faut donc bien évidemment qu’ils gagnent mieux leur vie et en même temps que les pouvoirs publics arrêtent d’imposer plus de réglementation, plus de contrôles techniques et de normes (françaises et européennes). Il est nécessaire aussi, pour que des opérations continuent de voir le jour, d’augmenter le prix d’achat de logements sociaux sur lesquels nous perdons de l’argent. Cela se compense sur les autres logements, plus onéreux donc et moins accessibles au plus grand nombre. Tout se rejoint. Et puis la spéculation va bon train, avec certains gros acteurs du monde industriel qui ne jouent pas le jeu. C’est inadmissible. Les entreprises de BTP subissent, entre le marteau et l’enclume ! Le gouvernement doit nous défendre, ce qui lui permettra de défendre l’emploi et l’économie. »

Fabien Piersanti réclame un moratoire sur les réglementations, un vrai ministre du Logement [ce ne sera pas pour cette fois-ci, NDLR], une réflexion d’ensemble sur la part de l’habitat dans le budget des ménages. « Ce n’est plus supportable. Il va y avoir un gros problème pour loger les gens à terme et ce n’est pas anticipé. Je regarde toujours à 18/24 mois et ce que je constate ne me rend pas optimiste. »

Quand le BTP est roué de coûts, l’addition peut être lourde pour tout le monde…

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