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Var : l’Office du BTP remet le localisme sur le métier

L’Office du BTP du Var remet l’ouvrage sur le métier s’agissant de la place des petites entreprises de travaux et de maîtrise d’œuvre du département dans des marchés publics équilibrés. Du localisme sinon bientôt plus rien…
Olivier Mathieu, Martin Gleize, Cédric Ghigou et Cyril Bolliet présentant les Cahiers de l’Office général du BTP, organisme national de référence.
O. Réal - Olivier Mathieu, Martin Gleize, Cédric Ghigou et Cyril Bolliet présentant les Cahiers de l’Office général du BTP, organisme national de référence.

BTPVar Publié le ,

L’Office du BTP du Var est une association rassemblant les entreprises de la Fédération du BTP du Var et celles affiliées au Syndicat départemental des architectes. Après une première vie débutée en 1969 suivie d’une longue période de sommeil, sa nouvelle mouture est active depuis 2013, sur la base des statuts de l’Office général du BTP, organisme national de référence.


Lieu d’échanges entre ses membres, il invite les maîtres d’ouvrage publics et privés à venir débattre. La feuille de route du nouveau bureau, sous la présidence de Cédric Ghigou (BTP) et la vice-présidence d’Olivier Mathieu (architecte), ne manque pas de sujets, à commencer par celui du localisme dans la commande publique. « A ne pas confondre avec l’allotissement sur le seul critère géographique d’une société qui est interdit », affirme le juriste de la fédération, Martin Gleize, très impliqué dans l’Office.

« Il existe sept articles du Code des marchés publics qui permettent aux maîtres d’ouvrage de favoriser le local, le fait que l’entreprise soit dans le secteur créant des conditions plus favorables en matière sociale, économique, écologique… Contrairement à une idée reçue, cela est tout à fait possible. »

La charte varoise pour une commande publique responsable, dynamique et accessible à l’économie locale, signée en préfecture du Var le 19 mars 2018 par 58 partenaires, dont les plus importantes collectivités, sous l’intitulé « Ta petite entreprise a sa place dans des marchés équilibrés », allait d’ailleurs dans le sens du soutien au tissu économique local, dans le respect de la légalité. Or, cette charte novatrice a expiré le 19 mars 2021, et sa reconduction tarde, perturbée par le fonctionnement en mode dégradé de l’administration et de l’activité en générale depuis plus de deux ans de covid. Pendant ce temps-là, les chantiers ne se sont pour leur part jamais arrêtés, quoiqu’ils se réduisent indubitablement pour certains.

Millefeuille juridico-administratif

Constatant un délitement du recours à la maîtrise d’œuvre varoise mais manquant de statistiques sérieuses sur la relation directe entre les chantiers et leurs retombées sur les architectes, bureaux d’études et entreprises du département, le Syndicat des architectes et l’Office ont déployé leur propre observatoire de la question.

« Les chiffres sont alarmants et ont laissé sans voix l’assistance lors de la dernière réunion, explique Olivier Mathieu. Sur une quarantaine de projets dans le département au cours des dix dernières années, représentant un milliard d’euros d’investissement public, moins de 15 % des équipes retenues dans les concours sont des TPE varoises d’architecture et de maîtrise d’œuvre globale ! Un fossé se creuse avec des conséquences directes sur les entreprises locales de BTP puisque nous avons aussi établi que le délitement se renforce à leur niveau lorsque les architectes viennent de l’extérieur. Ceci s’est accentué ces cinq dernières années, allant totalement à l’encontre de la charte et de l’engagement des pouvoirs publics. »

Laquelle charte est désormais le bras armé de l’Office pour enrayer cette tendance mortifère pour les architectes et en corollaire pour la chaîne varoise de l’acte de bâtir. Sa nouvelle mouture, espérée pour la fin de l’année, permettra de sensibiliser les élus et les services des marchés qui n’ont probablement pas conscience de cette réalité, tout du moins à ce niveau. Plusieurs explications sont avancées pour comprendre la problématique et trouver d’autres champs de possibilités. S’il paraît difficile de contrer la volonté politique d’attirer des « signatures » considérées comme des signes forts d’attractivité, d’autres éléments semblent tout à fait rectifiables.

« La pertinence des critères dans les marchés, la limitation de leur augmentation, de leur complexité qui s’est accrue également, font partie des marges d’amélioration pour éviter d’éliminer systématiquement les petits », précise Cédric Ghigou. « A quoi cela sert-il par exemple d’imposer un effectif de 30 personnes dans une agence pour un travail qui en nécessite moins de 10 ? », s’interroge-t-il.

Cette juridicisation galopante de la société a généré des traumatismes dans nombre de domaines, faisant ressurgir la crainte du délit de favoritisme. A tel point que la « pax romana » d’antan entre les maîtres d’ouvrage et maîtres d’œuvre, consistant à essayer d’avoir toujours au moins un local en lice, a complètement volé en éclats sur l’autel du millefeuille juridico-administratif, se désole Olivier Mathieu.

Olivier Mathieu et Cédric Ghigou, vice-président et président de l’Office du BTP du Var. (Crédit : O. Réal)

Les feuilles mortes se ramassent à l’appel d’offres

« Sur 460 architectes dans le Var, soit 180 agences, sept ou huit à peine ont désormais la dimension pour répondre aux grands concours ! », explique-t-il, inquiet. L’espace est occupé à présent à 40 % par les agences marseillaises, à 30 % par celles d’Ile-de-France, à 15 % par des maîtres d’œuvre venus d’ailleurs encore, comme la part congrue du Var. Facteur aggravant également constaté, les plus petits marchés suivraient le même chemin. C’est donc la survie de la maîtrise d’œuvre varoise qui semble se jouer selon eux ces prochaines années et en corollaire une identité locale à perpétuer. Une certaine mémoire des lieux aussi. Le cadre de réponse pour les offres de marché public inférieures à 100 000 € est dans ce contexte un autre sujet à traiter par l’Office, qui veut lutter contre les « pseudos Mapa » (Marché à procédure adaptée). Une thématique qu’il connaît bien pour avoir coréalisé le mini-guide des Mapa d’architecture paru début 2021, une première en France, édité et promu par le CAUE Var (Conseil d’architecture, d’urbanisme et de l’environnement).


La question des nouveaux critères ciblés pour le mémoire technique est aussi sur la table de la nouvelle mandature, de même que la révision des prix liée à l’imprévisibilité (d’actualité avec la guerre en Ukraine). « Il s’agit par le partage d’expériences et de situations de terrain de comprendre les problématiques des autres », explique Cédric Ghigou. « Au regard des thématiques exposées, l’ambition est aussi de créer de nouvelles relations entre maîtres d’ouvrage, maîtres d’œuvre et entreprises, conjointement à la défense de savoir-faire », soutient Olivier Mathieu. « Au final, chacun tend vers la réalisation d’ouvrages dans des conditions et délais de nature à satisfaire tout le monde », conclut pour sa part Cyril Bolliet, au nom de la Fédération varoise du BTP dont il est le secrétaire général.

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