AccueilBTPRendez-vous avec Valérie Marrone, présidente des Femmes du BTP du Var : « Je sais de quoi je parle sur un chantier »

Rendez-vous avec Valérie Marrone, présidente des Femmes du BTP du Var : « Je sais de quoi je parle sur un chantier »

Présidente des Femmes du BTP du Var, Valérie Marrone est une cheffe d’entreprise autodidacte engagée dans son secteur et conjointement dans la vie publique, avec pugnacité, générosité et de la suite dans les idées.
Valérie Marrone, présidente du groupe Femmes du BTP.
O. Réal - Valérie Marrone, présidente du groupe Femmes du BTP.

BTPVar Publié le , Propos recueillis par Olivier REAL

TPBM : Valérie Marrone, résumez-nous votre parcours.

Valérie Marrone : J’ai grandi dans l’univers du BTP puisque mon père était charpentier à Sanary. Après le bac et une formation en gestion à la CCI du Var, à Toulon, j’intègre Sotram, entreprise de travaux publics routiers rachetée ensuite par le groupe Eiffage. Au sein de ce dernier, poursuivant un parcours d’autodidacte, je deviens responsable administratif et comptable à l’agence de Vitrolles (Bouches-du-Rhône) qui comptait quelque 170 personnes.

Conjointement, et de tout temps, je me suis intéressé à la partie technique afin de comprendre dans le détail comment allaient se dérouler les opérations. C’est mieux pour faire un devis réaliste. J’ai appris sur le tas, y compris en dialoguant avec les conducteurs de travaux. Je sais de quoi je parle sur un chantier. C’est une profession de cœur et même une passion.


Après 10 ans chez Eiffage, je rejoins début 2017 mon mari, Jean-Robert, qui avait créé au Castellet JRM Domotique, entreprise de courant faible essentiellement. Nous adaptons les produits aux besoins. En l’occurrence nous automatisons nous-mêmes, ce qui requiert une grande technicité que nous transmettons à notre fils Adrien, impliqué avec nous dans cette belle aventure familiale.

L’engagement militant est-il venu rapidement ?

Il a longtemps été sous-jacent. Mon ancien patron de Sotram était président de la section TP de la Fédération du BTP du Var. Il m’a transmis cette envie sans que je puisse militer personnellement. Lorsque j’ai quitté Eiffage, je suis venue au groupe Femmes du BTP en qualité de dirigeante et je me suis aperçue que j’avais tort de penser que je n’avais pas ma place auparavant en tant que salariée. Aux côtés de Sylvie Mentor, cheffe d’entreprise très engagée qui a présidé cette entité de la fédération durant 16 ans et qui préside toujours le groupe Femmes régional, j’ai commencé à faire du réseau, à la fois dans les sections métiers et sur le plan géographique. J’ai immédiatement aimé parler aux autres du secteur, convaincre des femmes, des jeunes. Transmettre est dans mon ADN. Nous partageons d’ailleurs cela avec mon mari qui s’implique dans la formation.


A la demande de Sylvie et élue par mes pairs, j’ai accepté de lui succéder il y a trois ans. Cela me permet de siéger au conseil d’administration de la fédération varoise qui est exemplaire vis-à-vis de nous en matière de reconnaissance et de soutien. Ce profond respect est particulièrement appréciable. Nous fêtons en janvier les 25 ans de la création de ce groupe Femmes créé à l’époque par Josette Sagnard.

En outre, je suis secrétaire du bureau de l’Office du BTP, qui rassemble la fédération, le Syndicat des architectes et accueille pour échanger, voire régler des problématiques, des maîtres d’ouvrage. Ayant une appétence pour les marchés publics et une certaine facilité à dire ce que je pense, je me sens d’autant plus à l’aise dans ce rôle.

Le groupe Femmes fait partie de la Fédération du BTP du Var. (Crédit : O. Réal)

Le groupe Femmes du BTP est ouvert à qui ?

Aux femmes cheffes d’entreprise de notre secteur, sachant que dans le Var une entreprise de BTP sur deux est gérée par une femme… C’est ouvert aussi aux conjointes collaboratrices et à toutes les collaboratrices au titre de l’encadrement ou du pilotage. Même si cela évolue, nous avons souvent un rôle en back office, sur la gestion des ressources humaines. Ce pendant des chantiers est tout aussi important. Un engagement de ce type est aussi un épanouissement personnel.

J’ai découvert ce monde associatif conjointement dans le réseau FCE, Femmes cheffes d’entreprises, en étant au bureau de Patricia Lassault lorsqu’elle était présidente de la section toulonnaise, avant de me concentrer sur mes nouvelles fonctions au groupe Femmes du BTP. C’est ma filière, ma famille d’origine. Avec l’appui précieux de Magali Bagnol, qui est la « recruteuse » maison à la fédération, nous avons eu beaucoup de têtes nouvelles rapidement, dès septembre 2019. Et puis la covid est arrivée, les réunions physiques ont été stoppées pour basculer en visio. Il fallait être là pour sortir de l’isolement et des soucis qui nous tombaient dessus les uns après les autres. Comme pour tout le monde, cela a été très compliqué.


Nous avons pu reprendre en fin d’année dernière les rencontres, tout en redoublant d’efforts de communication, y compris sur les réseaux sociaux, pour expliquer qui nous sommes, ce que l’on peut apporter, le bien-être qui se dégage d’échanges conviviaux, du partage d’expériences et de bonnes pratiques au-delà des thèmes abordés en réunions. Lesquels permettent de monter en connaissances et en compétences. A ce propos, selon les thématiques, nous allons en ouvrir certaines aux hommes pour élargir plus encore le réseau et les possibilités pour chacune, chacun, de mieux s’informer. Par exemple prochainement sur la loi de finances avec un spécialiste de la Fédération française du bâtiment.

Cette évolution caractérise-t-elle un profond changement générationnel de femmes dirigeantes et en corollaire des mentalités ?

Je fais partie d’une génération de femmes qui a milité pour se faire reconnaître et trouver sa place dans le monde professionnel. On ne nous a pas fait de cadeau. C’est un petit peu moins compliqué pour la nouvelle génération, forte de nos acquis, mais nombre d’hommes ont toujours du mal à accepter que l’on soit sur un chantier, que l’on parle technique, que l’on dirige. Dès lors que le savoir-faire est affirmé, tout se passe bien. Ce n’est pas encore gagné, mais cela en prend le chemin. Attention néanmoins à l’effet pervers consistant à choisir des femmes pour leur genre… Parmi les accélérations de ce changement, figure en première ligne la nécessité de s’engager dans des mandats, pour être mieux représentées dans le monde économique. Le summum est incarné par Véronique Maurel qui vient d’être élue présidente de l’Union patronale du Var. Chapeau bas madame ! Elle a montré la voie.


Cela étant, et c’est une constante injuste mais bien réelle même si elle s’atténue, nous devons toujours prouver plus qu’un homme à poste égal. Cela force à être plus vigilante encore, notamment pour maintenir les acquis en question. On ne sait jamais. Je participe d’ailleurs à cette attention en représentant la fédération en préfecture du Var, au club égalité hommes/femmes. Je porte aussi la bonne parole dans les écoles, dans les missions locales… sur cette égalité et sur les belles carrières possibles pour toutes et tous dans le BTP qui recherche de la main-d’œuvre qualifiée et motivée, quel que soit le sexe !

Fière d’être artisane

Parmi ses engagements récents dans la vie publique, Valérie Marrone a aussi conduit la liste varoise FDA, Fiers d’être artisans, aux élections régionales à la Chambre de métiers à l’automne 2021. Echouant de 94 voix seulement, elle a appris ce qu’est une élection, cherche à comprendre durant ce mandat comment fonctionne une CMA, s’implique autant que possible au service des entreprises, certes dans l’opposition mais sans intention de s’opposer par principe, et prend date pour la prochaine fois…

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