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Une partie de l'archevêché d'Embrun reconvertie en appartements

Hautes-Alpes le - - Architecture

Une partie de l'archevêché d'Embrun reconvertie en appartements
M.-F. Sarrazin - Toutes les façades ont été restaurées par le biais d'enduits à la chaux naturelle.

La société François 1er, spécialisée dans la restauration des monuments historiques, a entrepris la reconversion de l'aile sud de l'ancien palais archiépiscopal d'Embrun en 29 logements, vendus sous le régime de la défiscalisation. Visite au cœur de ce chantier d'exception avec l'architecte embrunais François Rolland.

Un travail d'orfèvre est en train d'être opéré sur l'aile sud de l'ancien palais archiépiscopal d'Embrun, classé monument historique depuis 2005. La commune a vendu cette aile au groupe François 1er, spécialisée dans la réhabilitation du patrimoine ancien en vue d'en faire des logements, vendus sous le régime de défiscalisation. Vingt-neuf appartements, du T1 au T3 duplex, vont être livrés sous peu, 27 en fin d'année et les deux derniers en mars 2021. « D'une part, la commune n'avait pas la capacité financière de réhabiliter les deux ailes de l'archevêché, d'autre part, nous n'avions pas besoin de le conserver entièrement en espace public. Ces logements vont redonner vie au centre-ville », se réjouit Chantal Eyméoud, maire d'Embrun, qui travaille à la création d'un pôle culturel sur l'autre partie du bâtiment.

L'investissement global pour l'entreprise François 1er s'élève à 8 M€. « Nous avons vendu les 29 appartements assez rapidement à des investisseurs qui défiscalisent par le biais de la loi Malraux », explique Clément Leroux, responsable de programmes pour l'opérateur. Ces appartements sont destinés à être loués soit par le groupe, soit par le biais d'agences immobilières, à la discrétion des propriétaires.

L'architecte embrunais François Rolland, de l'Agence ATA, a eu « la chance » de conduire cette restauration aux côtés de l'architecte en chef des monuments historiques Michel Trubert. « J'avais déjà travaillé sur des rénovations, mais jamais sur monument historique. J'ai beaucoup appris », s'enthousiasme François Rolland, qui a d'ailleurs suivi une formation sur la rénovation des éléments patrimoniaux à cet effet.

Tout au long du chantier, Michel Trubert - caution du maître d'ouvrage vis-à-vis de la Direction régionale des affaires culturelles - est resté mandataire de l'équipe de maîtrise d'œuvre. La répartition des couleurs d'enduits, la forme et la couleur des menuiseries extérieures ou encore des gardes-corps étaient soumis à son approbation. « Je suis intervenu pour entamer la phase projet et réalisation. A l'intérieur, j'ai développé des solutions techniques », indique François Rolland.

L'enjeu : conserver l'esprit et la cohérence du lieu

Le fait de travailler avec une société spécialiste des sites patrimoniaux a grandement facilité la maîtrise d'œuvre. Le bâtiment a commencé par être « désossé » pour obtenir une connaissance exacte des murs. A l'intérieur, il apparaît que les enjeux patrimoniaux sont assez réduits et concernent essentiellement les vestiges de plafonds à la française. « En très mauvais état, ils ont tous été conservés. Il a fallu leur enlever leur fonction structurelle pour devenir uniquement décoratifs », souligne François Rolland. Le curage a aussi permis de mettre au jour des poutres et solives décorées. « On a fait restaurer les fresques sur ces poutres. Le maître d'ouvrage a accepté cet effort. » Ces décors sont visibles dans un seul logement. Du fait de l'incompatibilité entre la position de ces poutres et celle du plancher collaborant, les autres ne le sont pas.

Le maître d'ouvrage a également consenti à refaire toutes les façades (enduites à la chaux naturelle) alors qu'il espérait ne pas y être contraint. L'équipe a obtenu l'autorisation de recréer des lucarnes sur le toit, qui avaient disparu, sur la façade côté roc, ce qui a permis d'investir les combles et de créer des duplex au dernier niveau.

Contrairement aux chantiers classiques, sont intervenus concomitamment des corps d'état qui n'en ont pas l'habitude comme la menuiserie intérieure ou la plaquisterie avec le gros œuvre. Une fois à l'abri et le toit et les planchers finis, l'équipe de maîtrise d'œuvre s'est attaquée au second œuvre. « A l'intérieur, on a essayé de faire ressentir le bâtiment patrimonial. Nous avons laissé visibles les murs maçonnés couverts d'enduit de chanvre chaux coloré ; les cloisons se trouvent 15 cm en dessous du plafond ; nous avons conçu des "boîtes" placées sous ces grands volumes, créé du vide pour faire sentir que l'enveloppe est ancienne et le reste neuf », détaille l'architecte.

François Rolland s'est attaché à faire prendre conscience aux entreprises mandatées du caractère exceptionnel de cette rénovation, à transmettre cette « sensibilité au beau ». Toutes ont joué le jeu et ont cherché les solutions les plus adaptées pour conserver l'esprit et la cohérence du lieu. Aucune canalisation n'est visible depuis les appartements, par exemple. Le double vitrage étant proscrit sur ce genre de bâtiment, le choix s'est porté sur du simple vitrage thermique. Pour chauffer ces grands volumes, le bâtiment sera raccordé au réseau de chaleur bois de la ville d'Embrun.

François Rolland n'est pas le seul à s'être pris de passion pour cette restauration d'exception. Il a pu mesurer l'engouement du grand public à l'occasion des Journées nationales de l'architecture où il a mené des visites de chantier. Certains espèrent bien pouvoir emménager dans l'un des 29 logements.

Tout un site restauré

La reconversion de l'aile sud de l'ancien palais archiépiscopal s'intègre dans une requalification bien plus large. Le corps principal de l'archevêché, conservé par la Ville d'Embrun, va, à son tour, connaître une deuxième vie. Il sera transformé en pôle culturel, abritant la médiathèque, l'école de musique et le Centre d'interprétation de l'architecture et du patrimoine religieux. Les travaux, d'un coût de 7,5 M€, devraient démarrer début 2021. Les espaces qui entourent cet ensemble vont également être repensés : les places de stationnement attenantes à l'aile sud seront supprimées. La cour est disposera de 21 places de stationnement afin de satisfaire aux besoins des occupants tandis que la cour ouest sera agencée de manière à permettre l'accueil du futur pôle culturel. Face à l'archevêché, un autre chantier d'ampleur va être engagé avec la première tranche de réhabilitation de la cathédrale Notre-Dame du Réal, dont les travaux s'apprêtent à démarrer (3 M€).


(Crédit photo : François 1er)




M.-F. Sarrazin
Journaliste

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