AccueilUrbanismeUn écoquartier de 239 logements sur les rives de l’étang de Berre

Un écoquartier de 239 logements sur les rives de l’étang de Berre

Erilia et le groupe Villenova-Cetic vont développer un écoquartier de 239 logements sur les rives de l’étang de Berre. Le projet devrait voir le jour à l’horizon 2026. Visite guidée.
Les travaux devraient débuter fin 2023/début 2024.
Jérôme Siame Architectes - Les travaux devraient débuter fin 2023/début 2024.

UrbanismeBouches-du-Rhône Publié le ,

Une tour signal qui fait écho aux cylindres des raffineries, une halle maraîchère, une forêt... connectée, un mail végétal irriguant une pièce urbaine de quelque 240 logements bioclimatiques avec vues imprenables sur la lagune : bienvenue sur les "Rives de l’étang", l’écoquartier que le groupe Villenova-Cetic (Aix) et Erilia prévoient de développer à Berre l’Etang d’ici la fin de l’année 2026.

Le promoteur aixois etl’entreprise sociale pour l’habitat (ESH)phocéenne ont été désignés lauréats fin 2021 de l’appel à projets lancé par la municipalité* pour la reconversion d’une ancienne friche militaire. Sortant des sentiers battus de l’aménagement,ils revisitent sur un mode contemporain, en suivant les schémas frugaux de cette orée du XXIe siècle, le goût des extérieurs explorés à la fin des Trente Glorieuses par l’Etat dans le dispositif des villes nouvelles.

Berre-l'Etang : l'écoquartier discuté en cercle plus fermé

Cette fois, pas d’établissement public** à la manœuvre pour dessiner à grands coups de crayons géométriques un morceau de ville adapté au voiturbanisme. Mais deux opérateurs privés qui se posent en ensembliers dépositaires d’une stratégie urbaine. « La commune souhaitait investir un grand tènement foncier de 3,5 ha, vestige de l’ancienne base aéronavale pour parachever la reconfiguration de cette entrée de ville », pose Emmanuel Mathieu, chef du service aménagement chez Erilia, qui trouve là l’opportunité de mobiliser l’expertise d’Erilia Aménagement, la nouvelle entité de l’ESH dédiée au développement de projets urbains.

Penser les "Rives de l’étang" comme une agrafe urbaine

Ici,pas de greffe cousue dans la maille urbaine. Mais une frange littorale en jachère desservie par l’une des principales voies d’accès au centre bourg. Pour les aménageurs le premier défi consistait à imaginer des solutions permettant au projet de s’accrocher à la trame bâtie hétérogène des extensions urbaines réalisées au fil des quatre dernières décennies. « Il fallait penser le quartier comme une agrafe fonctionnelle propice au vivre ensemble », résume Jérôme Siame, l’architecte-urbaniste du projet.

L’ancrage dans ce territoire en déshérence s’enracine dans une vaste coulée verte (8 000 m2) qui forme l’épine dorsale du nouveau quartier.

« On n’est pas dans une résidence mais dans un vrai quartier de ville proposant des espaces identifiables, appropriables par les habitants », enchaîne l’architecte.

De part et d’autres de cette mini forêt qui sera plantée sur les déblais des chantiers, les deux opérateurs comptent faire pousser 239 logements mixtes, collectifs et pavillons, avec toute la palette de l’offre résidentielle. « En proposant un vrai parcours résidentiel, l’objectif est d’offrir une vraie mixité sociale et intergénérationnelle», explique Nathalie Coll, directrice générale de Villenova. Le promoteur aixois réalisera 94 logements en accession libre quand Erilia développera locatif abordable et accession sociale avec 73 logements sociaux, 15 logements locatifs intermédiaires (LLI), 17 logements en location-accession (PSLA) et 40 logements en bail réel solidaire (BRS).

Le quartier contient son bâtiment signal : une tour cylindrique en R+5.(Crédit : Jérôme Siame Architectes)

Exit la voiture

Exit le tout voiture en vogue dans les années 70. Cette pièce urbaine sera irriguée par un réseau de paséos, patios et autres modes doux de déplacement. La seule voie créée desservira un plot de logements locatifs. Les parkings seront nichés dans les sous-sols des bâtiments, accessibles par deux rampes donnant sur la route existante.

« Lors du confinement, on a pu apprécier le silence des villes sans voitures. Avec le dispositif mis en œuvre, on aura un quartier complètement apaisé », s’enthousiasme Nathalie Coll.

Unir sans uniformiser

Le parti architectural se résume dans une formule : « Unir sans uniformiser. » « On souhaitait éviter la dichotomie entre logements individuels et collectifs », indique l’architecte. Cette équation, le concepteur l’a résolue par « l’emploi d’éléments d’architecture singuliers et récurrents qui forment une clé de lecture transversale entre les différents programmes ». L’ensemble des immeubles - collectifs et pavillons – compose un lexique alternant toits terrasses végétalisés et toitures circonflexes en bac acier. Des persiennes en alu thermolaqué habillent les ouvertures des maisons comme des bâtiments collectifs. Et tout le bâti est doté de soubassements en béton brut ou lasuré.

Le quartier contient son bâtiment signal : une tour cylindrique en R+5, clin d’œil aux silos pétrochimiques de la raffinerie voisine. Destinée aux logements en accession libre, ce totem sphérique sera revêtu d’une résille en alu laqué sur laquelle se déploieront des plantes grimpantes. Une enveloppe végétale qui fera écho à la halle maraîchère installée au rez-de-chaussée de la tour.

Corridor végétal au coeur de l'écoquartier

Autre enjeu clef : le paysage. Dans ce site ouvert sur l’étang avec le massif de la Nerthe pour ligne d’horizon, l’aménagement s’inscrit à rebours de la grammaire des projets d’urbanisation littoraux façonnés par le front de mer.

« Le schéma logique aurait été de mettre les volumes les plus bas le long de la rive puis de monter progressivement sur l’arrière afin de dégager les vues pour le maximum de logements. Mais une petite dune de sable posée sur le rivage masque l’horizon de l’étang. Jusqu’au R+1, il n’y aurait aucune vue. On a donc décidé d’ériger les bâtiments les plus hauts (R+3) près du rivage, adossés à la butte. Ce dispositif protège du vent la partie arrière du quartier », explique Emmanuel Mathieu.

Un vaste parc traversera le quartier. (Crédit : Jérôme Siame Architectes)

Les résidents de ces logements en étage jouiront du panorama sur la lagune. « Pour les autres, il fallait développer un second intérêt paysager au cœur de l’épaisseur du terrain, une sorte de pendant des berges à même d’équilibrer la qualité de l’habitat », décrypte Jérôme Siame. Ce rôle est dévolu au vaste parc qui traverse le quartier, un corridor végétal de 100 mètres de large qui restera accessible au public. « Autour, on développe un urbanisme de lisière avec deux fronts bâtis qui mixent différentes altimétries, du R+1 au R+3 », détaille l’architecte. Enfin, la taille du bâti ne doit rien au hasard. Sa composition est le fruit d’une étude heliodon qui a simulé l’ensoleillement du futur quartier.

Ce lien avec la nature se prolongera dans la composition des logements :

« 98 % des logements seront traversants ou bi-orientés, avec des vues sur l’étang ou le parc. Leur hauteur sous plafond dépassera les standards : 2,70 mètres au lieu de 2,50 mètres. Et les terrasses et/ou les jardins seront généreux », déroule Nathalie Coll.

AMI « Engagés pour la qualité du logement de demain »

Un demi-siècle plus tard, le projet marche sur les pas avant-gardistes du dispositif des villes nouvelles qui a façonné le paysage urbain des rives de l’étang de Berre dans les années 70/80. Il fait ainsi partie des 97 projets lauréats de l'appel à manifestation d'intérêt « Engagés pour la qualité du logement de demain » retenus le 10 mars 2022 par les ministères du Logement et de la Culture. Villenova qui pilote ce volet innovant va prendre en charge un travail de recherche confié à Anne Durand (Atelier Urbain Anne Durand - AUAD), architecte, docteure en urbanisme. Cette enseignante à l’école d’architecture de Paris la Villette et à l’école d’Urbanisme de Paris et de Paris-Est Ville et territoire va pousser les curseurs de l’innovation dans la manière de penser l’habitat autour des usages. Le tout dans une approche frugale qui n’obère pas le bilan économique.

« L’immobilier est une industrie à forte inertie. Contrairement aux idées reçues, les marges des promoteurs sont loin d’atteindre les niveaux de la nouvelle économie. La crise sanitaire l’a démontré : les modes de production doivent évoluer pour répondre aux nouvelles attentes des habitants », lance Nicolas Gex, directeur général adjoint de Villenova. Et l’opérateur de pointer « le décalage de plus en plus grand entre le temps long de la production immobilière et le temps court des cycles de la nouvelle économie ». Le travail avec les chercheurs en sciences sociales doit donc permettre de sortir des sentiers battus pour favoriser l’émergence d’un nouveau modèle : « On va arrêter les horloges pour prendre du recul », résume le promoteur. Jardins et parkings partagés, services, mobilité... différentes solutions inédites seront testées.

Innovation

L’innovation se cache également à tous les étages du bâti avec une myriade de dispositifs technologiques déployés par Unitel smart building. Ces outils 2.0 seront organisés autour d’une ambition : réduire l’empreinte environnementale du quartier. La tech se cachera dans la petite forêt connectée : ce poumon vert sera équipé de capteurs capables de réguler l’hygrométrie du sol.

Enjeu clef dans cette terre vouée aux hydrocarbures, l’énergie sera issue d’un réseau de chaleur et de froid utilisant notamment l’énergie produite par la station d’épuration de Rognac, la commune voisine. Cette boucle opérée par Engie Solutions fera souffler le chaud et le froid dans tout le quartier.

* Les autres finalistes étaient les tandems Spirit-CDC Habitat et Cogedim-3F Sud.

** Entre 1973 et 2002, l’aménagement de la ville nouvelle (Istres-Fos-Miramas et Vitrolles) a été piloté par l'Etablissement public d'aménagement des rives de l'étang de Berre (Epareb).

Calendrier

  • Dépôt du permis de construire : début 2023
  • Lancement de la commercialisation : été 2023
  • Début des travaux : fin 2023-début 2024
  • Livraison : à partir de 2026

Prix de revient de l'opération d’Erilia : environ 24 M€ HT

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