AccueilTerritoiresThéâtre antique d’Orange : premiers développements du HBIM à l’archéologie

Théâtre antique d’Orange : premiers développements du HBIM à l’archéologie

L’important chantier de restauration du théâtre antique d’Orange, un des plus beaux édifices romains, est l’occasion du lancement du premier Heritage building information modeling avec pour mission d’adapter cet outil à la recherche archéologique.
A la fin de l’actuel chantier de restauration en 2024, le théâtre antique d'Orange bénéficiera de son clone numérique d’une grande précision.
E. Brugvin - A la fin de l’actuel chantier de restauration en 2024, le théâtre antique d'Orange bénéficiera de son clone numérique d’une grande précision.

TerritoiresVaucluse Publié le ,

Jamais le théâtre antique d'Orange n’aura été scruté avec autant de précisions. L’édifice construit au premier siècle avant notre ère bénéficie depuis 2016 de huit ans de travaux. Dans le cadre de cette intervention lourde de restauration, l’Institut de Recherche sur l'Architecture Antique (IRAA) d’Aix-en-Provence innove avec une nouvelle déclinaison du HBIM (Heritage building information modeling) dédiée à l’archéologie. Cette technique est déjà utilisée pour d’autres monuments tels le château de Versailles ou Notre-Dame de Paris. Le financement assuré par la fondation A*Midex (Aix-Marseille Université) permet, sur trois ans, d’expérimenter ces nouveaux outils et de produire une maquette paramétrique 3D d’un des théâtres antiques romains les mieux conservés au monde.

Ce projet TAIC (Théâtre antique intelligent connecté) réunit, autour de l’IRAA plusieurs partenaires, la Conservation régionale des Monuments historiques, les services régionaux d’archéologie (SRA) de Paca et de Corse, l’école d’architecture de Toulouse, l’agence Architecture et Héritage, le laboratoire informatique de Bourgogne (LIB), le musée d’Art et d’histoire de la Ville d’Orange et son service patrimoine. A la fin de l’actuel chantier de restauration en 2024, l’édifice bénéficiera de son clone numérique d’une grande précision, et la communauté scientifique archéologique d’un nouvel outil. A Orange, le déploiement du HBIM se conjugue avec les données SIG (Système d'information Géographique) pour permettre de géolocaliser chaque donnée archéologique de ce vaste et complexe édifice.

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Huit ans de travaux

Cette opération s’ajoute aux travaux divisés en huit phases sur huit ans en raison de l’ampleur du monument au célèbre mur de 104 mètres de long et de 35 mètres de haut. L’opération, débutée en 2016, porte sur le mur de scène, ses basiliques (pignons à l’est et ouest attenants au mur), ses gradins, les galeries, les voûtes des vomitoriums, les grottes et les maçonneries antiques. La Ville, maître d’ouvrage, en a confié la maîtrise d’œuvre à l’agence Architecture et Héritage de Renzo Wieder, installée à Lyon et à Arles.

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Lasergrammétrie

Déjà, ce chantier qui se déroule de septembre à avril, hors des périodes de spectacles, innove. Au très important fonds documentaire collecté et exploité par l’IRAA, s’ajoutent les captations par la lasergrammétrie assurées par Marc Panneau, archéologue et topographe. « L’appareil réalise 1 million de points à la seconde et peut réaliser un relevé à 360 degrés en deux à trois minutes », explique le responsable SIG-3D à la direction Archéologie & Muséum d’Aix-en-Provence. L’association avec un fichier photo permet de donner la couleur exacte de chaque point. « Les coupes horizontales, longitudinales et transversales dans les nuages de points nous permettent de mieux comprendre la complexité de la structure du monument, assure Sandrine Dubourg qui pilote le projet pour l’IRAA aux côtés de son collègue Alain Badie. A cela s’ajoute un travail exhaustif de photogrammétrie qui nous permet de produire des ortho-images de qualité avec la texture et la couleur de chaque pierre, celles d’origine et celles des restaurations des XIXème et XXème siècles. »

theatre antique orange
La qualité des ortho-images montrant la texture et la couleur de chaque pierre, celles d’origine et celles des restaurations des XIXème et XXème siècles (Crédit : Muséum d’Aix-en-Provence)

Photogrammétrie

Les prises de vue s’effectuent avec des perches jusqu’à huit mètres de haut, et, au-delà, par drone. « Nous avons mis au point une petite grue pour permettre à nos appareils de prise de vue de descendre à l’aplomb du grand mur », explique Maxime Seguin, ingénieur en archéologie et géomètre, responsable de la gestion préventive du patrimoine archéologique de la Corse du Sud.

Autre innovation, les interventions de Marc Panneau et de Maxime Seguin s’effectuent un an avant l’intervention de l’entreprise Mariani d’Avignon, chargée de traiter chaque pierre sous la houlette de Renzo Wieder. Les acquisitions de données s’effectuent avant le montage des échafaudages. L’équipe de Sandrine Dubourg récupère les ortho-images au 1/20e découpées au format A3 pour dessiner sur des calques le calepin précis des parements et enregistrer les informations archéologiques.

Productivité

Les recueils d’information pilotés par l’IRAA permettent d’envoyer des alertes sur des parties particulièrement fragiles ou remarquables au Service régional d’Archéologie et à la maîtrise d’œuvre. Leurs équipes peuvent alors rectifier le plan d’intervention établi en 2015 pour améliorer les travaux de restauration et appliquer des protocoles plus adaptés. « Ces outils nous sont d’une grande aide pour connaître exactement la nature de l’intervention sur chaque élément », souligne Jean-Marc Mariani, dirigeant de l’entreprise éponyme, spécialisée dans la restauration du patrimoine. Cette phase comprend également la couverture par du plomb des parties supérieures sujettes aux infiltrations d’eau de pluie.

Révélations

La campagne actuelle permet également de connaître la vie du Théâtre depuis sa construction au premier siècle avant notre ère et l’ensemble des modifications subies jusqu’à aujourd’hui. Le fait qu’il fut un quartier de la ville depuis le XVIe siècle est avéré par les documents d’archives. « Des datations au carbone 14 sur des échantillons de bois pris dans les maçonneries nous apportent la preuve d’une occupation du théâtre au XIIIe siècle et la confirmation de maisons installées contre le front de scène au XIVe siècle », reprend Sandrine Dubourg. Au XIXe siècle, l’architecte Augustin Caristie le vida de ses maisons. Jean-Camille Formigé (père) et Jules Formigé (fils), architectes, réalisèrent dès fin du XIXe siècle aux années 40, les premières grandes rénovations, des grottes, galeries, éléments du front de scène et la quasi-totalité des gradins dont reste d’origine antique que le "repose pied" et les quatre premiers niveaux. Après l’installation de couvertures en tuiles sur les basiliques, un toit vint recouvrir le front de scène et la scène en 2005, le mur, plus haut, étant déjà protégé par des plaques de zinc.

Le montant de la campagne actuelle s’élève à 7,35 M€. La Ville d’Orange finance 40 % des travaux, tout comme la Drac, accompagnés par la Région Paca (10 %), le Département de Vaucluse (8 %) et les services de l’Etat dans le Vaucluse (2 %). Plus de 2 000 ans après sa construction, le grand mur dévoile encore certains de ses secrets.

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