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Saint-Martin-de-Crau : Claude Vulpian se donne le temps

Élu depuis 1971 - premier adjoint, puis maire - Claude Vulpian va fêter les 90 ans de sa commune. Avec discrétion.
Saint-Martin-de-Crau : Claude Vulpian se donne le temps
M. Deuff - Claude Vulpian est élu depuis 1971 comme premier adjoint de la commune avant d'en devenir maire.

TerritoiresBouches-du-Rhône Publié le ,

Il ne faut pas se fier aux apparences. Saint-Martin-de-Crau est une ville plus active et plus dynamique qu’il n’y paraît à première vue. Créée en 1925 « par distraction » de la commune d’Arles, c’est l’une des plus étendues de France. Soit un quadrilatère d’environ 35 km par 20 km où se mêlent l’agriculture, la logistique, l’industrie et les loisirs. Une Camargue hétéroclite. Savoir précisément ce qui se passe d’un bout à l’autre est un défi permanent. Récemment, ce sont des munitions abandonnées - héritage d’une société liquidée en 2006 - qui ont interpellé les élus. Quelques années auparavant, la décharge d’Entressen (située en réalité sur la commune de Saint-Martin) faisait parler d’elle. Interrompre son activité tout en trouvant des solutions acceptables pour les déchets, n’a pas été une mince affaire. Tout comme l’équilibre essentiel entre agriculture labellisée et la logistique ; entre le cadre de vie et l’industrie.

Claude Vulpian est élu depuis 1971 comme premier adjoint de la commune avant d’en devenir maire. En septembre prochain, sa commune va fêter ses 90 ans d’existence ; ce qui n’est déjà pas si fréquent. Plus exceptionnel, trois maires seulement s’y sont succédé. Avoir le temps de l’action : celui de réfléchir, de débattre avec les administrés, de trouver les financements et de bâtir... Tous les élus en rêvent. Lui a eu la chance de le faire. Fils d’agriculteur et agriculteur lui-même (« j’ai seulement mon certificat d’études »), Claude Vulpian n’avait pas de prédestination particulière à ces responsabilités. Une première expérience dans le syndicalisme agricole, puis une proximité avec le milieu d’éducation populaire des Maisons des jeunes et de la culture (MJC), vont en décider autrement.

L’essor exceptionnel de l’activité logistique

« J’ai été choisi comme premier adjoint au moment de la construction de Fos. Un bouleversement inimaginable face auquel nous étions totalement démunis, très mal informés et pas préparés. » À l’époque, le préfet veut bâtir des milliers de logements autour de l’étang des Aulnes, situé à plus de 7 kilomètres du cœur historique de la commune. « Une erreur qui aurait été fatale sur le plan urbanistique », dit-il. Sans compter le saccage environnemental et archéologique d’un site majestueux et comportant des ruines du Néolithique. Claude Vulpian va s’y opposer de toute force. L’argument sur les conflits d’intérêts (certains élus étant propriétaires des terrains à bâtir) lui permettra d’obtenir gain de cause. Et Saint-Martin-de-Crau gardera son âme. « Vingt-cinq ans après, le Conseil général a racheté le terrain et c’est un magnifique lieu de loisirs et de festivals », dit-il en souriant.

Pour les non-initiés, l’essor exceptionnel de l’activité logistique est une énigme. Alors que deux majors régionaux (Clésud et Distriport) ont peiné à sortir de limbes, celle de Saint-Martin-de-Crau s’approche du million de mètres carrés bâtis. « C’est en chantier partout », résume un habitant de la commune, pas fâché que son fils y ait trouvé un emploi.

« Un peu de chance, un peu de bon sens et des espaces appropriés, résume Claude Vulpian. C’est l’Ugap [l’Union des groupements d’achat public, une centrale d’achat publique, ndlr] qui est venue nous voir au début des années 80. Ce jour-là, j’étais disponible pour recevoir le directeur ; sinon, ça se serait sans doute fait ailleurs. »

D’un premier essai réussi, la commune étend le concept, ce qui a fait grincer quelques dents. Deux associations ont entamé une bataille juridique au motif que la logistique rognerait sur les terrains agricoles. « C’est faux ! Nous avons utilisé des terrains qui étaient déclassés. »

Une des plus grandes fermes photovoltaïques d’Europe

Parallèlement, la commune a mis en place un réseau de transport en commun intercommunal parfaitement maillé et obtenu le classement de la gare SNCF marchandises en gare pour voyageurs. « Sur un territoire aussi étendu que le nôtre, les frais de transport sont conséquents », explique le maire. Même démarche concernant l’habitat social :

«​ Toutes nos opérations comprennent 50% de logements sociaux ; mais nous avons un léger retard sur la norme administrative ».

Un casse-tête compte tenu de la rareté du foncier disponible.

Décidée en 1999, la réalisation d’une ferme éolienne communale a été un sacré challenge. Huit ans d’une bataille juridico-administrative à n’en plus finir. Mais l’élu a tenu bon et les 9 éoliennes rendent la commune presque autosuffisante en énergie. « Refaire la même chose aujourd’hui serait presque impossible », dit-il avec un brin d’amertume. Il en oublierait presque la ferme photovoltaïque (inaugurée en 2014) de 150.000 panneaux et qui était à l’époque la plus grande d’Europe. En revanche, il est fier d’avoir accompagné les agriculteurs dans leur engagement environnemental. « Les 20.000 hectares classés Natura 2000 Crau, ce sont eux qui l’ont fait ! », dit-il. L’une des conséquences est que le foin de la Crau s’expédie jusqu’au Japon et dans les Émirats du Golfe. La question des ressources en eau préoccupe l’élu. « La nappe de la Crau dépend de l’activité agricole, via l’usage du canal de Craponne », précise t-il.

Son modeste bureau est une ancienne salle de classe qu’il a d’ailleurs fréquentée comme élève. S’il paraît calme et avenant, ses collaborateurs le décrivent comme un hyperactif. Lui veut rester discret, accessible et ne prétend pas s’incruster dans son fauteuil de maire.

« Je vais laisser ma place avant la fin du mandat », assure-t-il.

Et lorsqu’on lui demande comment il va s’occuper, il répond simplement « j’aime peindre ».

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