AccueilArchitectureRendez-vous d'archi : Bresson Schindlbeck, pensée globale, actions frugales

Rendez-vous d'archi : Bresson Schindlbeck, pensée globale, actions frugales

Spécialistes de la reconversion et la réhabilitation de bâtiments, le duo d’architectes marseillaises Martine Bresson et Suzanne Schindlbeck revendique une approche contextuelle des projets alliée à une recherche de frugalité.
Martine Bresson (à gauche) et Suzanne Schindlbeck (à droite) sont associées depuis 2016.
D. R. - Martine Bresson (à gauche) et Suzanne Schindlbeck (à droite) sont associées depuis 2016.

ArchitectureBouches-du-Rhône Publié le ,

Le lancement, en 2018, du « Manifeste pour une frugalité heureuse » a certainement réjoui Martine Bresson & Suzanne Schindlbeck. Associées depuis 2016, après des collaborations ponctuelles (la seconde est intervenue sur des projets dont la première était mandataire), les deux architectes ont développé et mis en œuvre ce concept dans leurs réalisations bien avant qu’il ne soit théorisé par le trio à l’origine du manifeste. « L’attention donnée à la matière et à sa force poétique se traduit par une utilisation sincère des matériaux et des structures dans une quête constante de sobriété », résument Martine Bresson et son associée.

Cette frugalité, au cœur de leur démarche architecturale, commence par l’approche territoriale. « Les enjeux du projet se situent souvent en amont », note le duo qui s’emploie notamment à réduire l’emprise foncière lorsque c’est possible. « Nous privilégions le réemploi », précisent Martine Bresson et Suzanne Schindlbeck, autrement dit utiliser l’existant, en privilégiant la réhabilitation d’un bâtiment plutôt que sa reconstruction, dans un souci de sobriété.

Comment habiter les Alpes demain ?

Des solutions simples, low tech et vertueuses

« Nous intervenons avec l’ambition de mettre en valeur la matière existante et notre intervention, par un effet de contraste », détaille Suzanne Schindlbeck. Un des exemples emblématiques de cette démarche est le siège du Parc naturel régional des Alpilles, à Saint-Rémy-de-Provence, dont le projet présenté par l’agence - et retenu par le maître d’ouvrage - incluait la réhabilitation patrimoniale d’une bâtisse du XVIIIe siècle et la création d’une extension en ossature bois de 1 100 m2 dans le prolongement de l’édifice historique. Cette approche less is more se prolonge dans la conception du bâtiment et le choix des matériaux : « Nous pensons son enveloppe et son organisation de manière bioclimatique, en privilégiant des ressources biosourcées/géosourcées (bois, terre, paille, chanvre, brique…). »

Le confort d’utilisation est également pris en compte, avec l’objectif est de mettre en œuvre « des solutions simples, low tech et vertueuses » pour évacuer la chaleur en journée ou emmagasiner des frigories la nuit, par exemple. Une démarche à laquelle sont associés les usagers et les gestionnaires du lieu dès la phase de conception, « afin de définir (voire réduire) au plus juste les besoins réels en fonction de l’occupation, des usages, des effectifs ».

[Portrait d'archi] Bresson Schindlbeck, architectes associé-e-s

Une volonté de diversification

Outre la réhabilitation de bâtiments publics (reconversion d’une ancienne Poste en Centre de santé multisites, réhabilitation d’une salle polyvalente au Paradou, réhabilitation énergétique de l’office du tourisme de la communauté de communes Vallée des Baux-Alpilles), l’agence intervient pour des collectivités locales dans le cadre de la reconversion de friches industrielles ou de création de tiers-lieux. Une expérience qui s’inscrit dans « le travail sur le territoire, l’analyse urbaine et paysagère » mené par le duo, dans le cadre d’études de programmation, un des autres domaines d’expertise de l’agence avec celui du logement.

Concernant ce dernier point, plusieurs projets d’immeubles de logements neufs (en collectif, habitat groupé) sont actuellement en cours d’études ou en chantier à Marseille. « Nous avions envie de revenir sur ce type de projet. Et cela correspond à notre volonté de nous diversifier, pour ne pas rester confinées dans le seul registre de la commande publique », plaident Martine Bresson et Suzanne Schindlbeck.

chapelle bouc bel air bresson schindelbeck
La nouvelle entrée du centre culturel est masquée par deux parois en béton brut.
(Crédit : Quentin Besson Photographe)

La résurrection d’une chapelle œcuménique

Reconvertir et réhabiliter une chapelle œcuménique en centre culturel tout en conservant l’esprit du lieu, c’est le défi auquel se sont attelées Martine Bresson et Suzanne Schindlbeck.

Située à Bouc-Bel-Air, au cœur d’un lotissement des années 60, dans le quartier de la Salle, le bâtiment est positionné sur une petite colline plantée de pins et chênes, dans un site boisé classé. « Il s’agissait d’une commande de Louis Cottin, promoteur du lotissement », explique le duo d’architectes, qui avait été sollicité par la Ville de Bouc-Bel-Air.

L’ambition de cette dernière, après le rachat du lieu à la famille du constructeur, était de transformer l’édifice, fermé depuis de nombreuses années, régulièrement squatté et tagué, en équipement multiculturel de 200 places capable d’accueillir des concerts ou des spectacles. « Nous avons souhaité respecter l’architecture d’origine, avec ses façades de pierre soulignées par des soubassements de béton », résume Martine Bresson. Cette démarche de départ conduit les architectes à proposer une nouvelle séquence d’entrée, dans la continuité de l’escalier monumental en pierre existant.

Un parti pris de sobriété

« Notre proposition avait une double ambition : réorienter le bâtiment, désenclaver le site et le reconnecter à son environnement », détaille Martine Bresson. Pour respecter l’architecture d’origine, représentative du mouvement brutaliste, l’agence a choisi de « dérober » la nouvelle porte d’entrée derrière un « mur signal ». Sorte de grand pliage de béton brut, il accompagne le nouvel escalier et tranche avec le volume et les matériaux existants (pierre de Rognes pour les murs et béton grossier pour les soubassements).

Le duo a également opté pour un parti pris de sobriété avec « de grandes menuiseries extérieures et intérieures en bois, des tissus acoustiques conçus pour respecter et mettre en valeur les dispositifs d’origine, les volumes intérieurs et les matériaux (sols de marbre, murs intérieurs en pierres…) ». Les vitraux, brisés au fil des ans, ont pour leur part été refabriqués. Enfin, fidèles à leur volonté de privilégier le réemploi, Martine Bresson et Suzanne Schindlbeck ont intégré l’ancien autel en marbre de la chapelle dans le grand meuble multifonctionnel d’accueil.

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