AccueilArchitectureRendez-vous d'archi : Nicolas Boythias conçoit bien et énonce clairement…

Rendez-vous d'archi : Nicolas Boythias conçoit bien et énonce clairement…

Géographe et urbaniste de formation, Nicolas Boythias a découvert l’architecture au sein de l’agence de Rudy Ricciotti. Il y a rencontré aussi son futur associé avec lequel il a fondé Huni Architectes, à Toulon et au Viêt-Nam.
Nicolas Boythias, architecte varois très attaché à l’environnement méditerranéen.
O. Réal - Nicolas Boythias, architecte varois très attaché à l’environnement méditerranéen.

ArchitectureVar Publié le ,

Dix ans déjà d’une belle aventure à travers Huni, contraction des deux prénoms des associés, Hung Duong Viet et Nicolas Boythias. Le premier déploie l’agence au Viêt-Nam avec un certain succès sur de grands projets (70 personnes sur place, dont de nombreux français), le second s’y emploie à distance tout en développant l’activité depuis Toulon (4 à 6 personnes).

Si l’on remonte le temps et le fil de l’histoire s’agissant de Nicolas Boythias, tout commence à la faculté de lettres d’Aix-en-Provence, à l’UFR des sciences géographiques et de l’aménagement du territoire, avec option politique de la ville en 4e année.

Cherchant un stage orienté culture, bâti, avec une appétence méditerranéenne déjà bien présente, le destin et des relations communes l’amènent dans l’agence de Rudy Ricciotti, dont l’aura atteint alors des sommets. Nous sommes en 2005, il sera grand prix national de l’architecture en 2006. « J’ai d’abord observé, puis bossé », se souvient avec beaucoup de plaisir Nicolas Boythias. « Rudy Ricciotti voulait développer un pôle urbain et j’ai travaillé à cela, y compris dans la rédaction de notes sur le sujet. Je me suis fait repérer par cette entrée en matière. Il m’a dit de finir mes études et qu’il était prêt ensuite à créer un poste d’urbaniste. Il a tenu parole, sans avoir besoin de moi sur le moment mais en anticipant l’avenir. L’échange a été bénéfique pour tout le monde. J’ai ainsi pu intervenir sur la création de zone d’activités en France dès 2006, notamment à Montpellier, ou sur le quai Freycinet de Dunkerque à réaménager, donnant un autre visage au lieu, entre autres exemples de cette époque. »

La salle polyvalente de Cannes signée Huni Architectes. (Crédit : D.R.)

Huni vers l’archi

Au fil du temps et de l’expérience, à force de participer à des projets d’archi dans un proche périmètre, l’envie d’en faire lui-même s’est dessinée, puis de concrétiser la pratique de la discipline par un diplôme. Il intègre pour cela l’Ensa Marseille (Ecole nationale supérieure d’architecture) pour 5 ans de formation continue très dense, tout en constituant un dossier d’œuvre auprès du ministère de la Culture, en vue d’une reconnaissance faisant équivalence. « J’ai envoyé cela comme une bouteille à la mer et à ma grande surprise j’ai reçu une convocation plusieurs mois après pour aller défendre ma demande auprès d’un jury d’une quinzaine de professionnels. Ils m’ont passé sur le gril durant une bonne heure… » Ah la bonne heure, justement, puisqu’il obtient la qualification et peut s’inscrire à l’Ordre des architectes, après seulement un an d’école !

Tout en demeurant chez Ricciotti avec lequel il aura collaboré 13 ans et chez qui il rencontre un autre archi, Hung Duong Viet, il crée avec ce dernier Huni Architectes en 2012, à moins de 30 ans. Ensemble, ils peuvent se prévaloir d’une large approche à l’échelle macro-géographique, du grand territoire à son aménagement, incluant le projet urbain. Du général au particulier également, avec une plus value de modernité dans la maitrise de la modélisation 3D (volet infographiste de l’archi exercé par l’agence conjointement pour le compte de confrères). Leurs bases sont toulonnaises, Nicolas est originaire du quartier du Pont du Las, et vietnamiennes par son associé. A la faveur de cette couverture publique/privée sur des marchés régionaux et internationaux, après avoir œuvré sur le national, le champ des possibles continue de s’élargir pour le varois. Si les réalisations portent sur des opérations de grande envergure en Asie au regard des attentes en offres architecturales de qualité, les projets de référence dans la région sont plutôt privés, à l’image de la réhabilitation et restructuration d’un château du XIXe et de ses dépendances, le site Rocabella au Pradet, en parfaite correspondance avec sa sensibilité.

Sur le volet public, Huni s’associe avec des confrères pour se positionner, sachant que la difficulté s’est accentuée ces dernières années compte tenu des critères requis et des spécificités imposées, comme TPBM l’avait évoqué en avril dernier avec le Syndicat départemental des architectes et l’Office du BTP du Var (TPBM n°1441). Un vrai problème pour nombre de professionnels.

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Tenue et retenue

Pour autant, Nicolas Boythias applique avec passion son inclination pour l’architecture méditerranéenne, les pieds bien tanqués, la tête aussi. « Cette inspiration est un point de départ, pas une limite », plaide-t-il, très respectueux de l’identité des territoires, ici comme ailleurs, très attaché aussi à l’idée de les rendre contemporains sans les brutaliser.

« Nous avons appris au contact de Rudy Ricciotti à décoder les lieux, à être à l’écoute des territoires, à se les approprier et à enrichir nos réflexions, par la critique, par l’expérience personnelle, par l’humilité dans la pédagogie aussi pour mieux construire et étayer la façon de concevoir puis de permettre l’appropriation. Cela passe par le paysage, par les matériaux employés, pérennes et de qualité afin de ménager l’existant, le futur aussi. Il faut de la tenue et de la retenue avec le souci de l’environnement proche et du lointain. Un bâtiment va être là pour plusieurs décennies, cela mérite plus qu’un geste gratuit. Des édifices du 18e ou du 19e, qui durent plus longtemps que certains bien plus récents, montrent la voie de la durabilité. Dans cet état d’esprit, il est intéressant de rembobiner plus loin pour comprendre. Le patrimoine est un travail de mémoire. »

Avec son associé, ils se situent dans une union de pensée comme les gardiens des territoires sur lesquels ils évoluent, et (surtout) pas comme les propriétaires, se posant notamment la question de l’empreinte de leur travail, dans l’espace et le temps. Plus souvent que de coutume, et à compétences égales, le recours au savoir-faire local est requis, concourant à un cercle vertueux d’économie de proximité et si possible circulaire.

Un attachement à son environnement, de vie et professionnelle, que Nicolas Boythias partage dans la transversalité avec les personnes qui contribuent à façonner le territoire sur un large spectre d’activités dans le monde de l’acte de bâtir, au sein du Club Immobilier Toulon Provence dont il est l’un des deux vice-présidents (avec Thierry Garbail, et Frédéric Leca à la présidence). « Architecte, on est responsable de tout, le sauveur comme l’homme à abattre selon la tournure des événements. »

Avec le Club, il partage des responsabilités pour faire découvrir des lieux, des pratiques, des techniques, des bonnes idées, des initiatives, valoriser des jeunes, ouvrir le réseau à chacun. Cela donne du sens et facilite la compréhension de tous. « Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement, et les mots pour le dire arrivent aisément », écrivait au 17e un autre Nicolas, Boileau, dans son Art Poétique…

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