AccueilEconomiePrix régional Fibois Sud : construction bois, toute une filière à bâtir

Prix régional Fibois Sud : construction bois, toute une filière à bâtir

Fibois Sud et le Croa Paca ont organisé une journée dédiée à la filière forêt-bois régionale. L’objectif : réfléchir à son développement, promouvoir les initiatives du territoire et désigner les lauréats du prix régional de la Construction Bois.
Une centaine de participants se sont interrogés sur les défis à relever pour développer la filière en région Provence-Alpes-Côte d’Azur.
H. Saveuse - Une centaine de participants se sont interrogés sur les défis à relever pour développer la filière en région Provence-Alpes-Côte d’Azur.

EconomieAlpes-de-Haute-Provence Publié le ,

Aller du bois de la forêt à la construction bois, c’est en synthèse le but que s’étaient fixés l’interprofession régionale Fibois Sud et le Conseil régional de l’ordre des architectes Provence-Alpes-Côte d’Azur (Croa Paca) en organisant, le 29 septembre dernier dans les Alpes-de-Haute-Provence, une grande journée dédiée à la filière bois régionale.


Un moment de rencontre essentiel entre tous les acteurs de la filière qui a démarré dès le matin, avec une visite dans la forêt domaniale de Pélicier à Manosque.

« Le principe de cette journée est de dresser un état des lieux de la filière bois en région en partant de l’origine, la forêt, pour aller jusqu’à la fin du process, les projets architecturaux. Les acteurs de la filière doivent savoir ce qu’il est possible de faire, comment le faire, avec qui et bien sûr avec quels bois », assure Claire Harmand, prescriptrice bois construction pour Fibois Sud.

Avant de poursuivre : « La visite de l’Ecocampus de Sainte-Tulle en tout début d’après-midi, commentée par Bernard Brot, l’un des deux architectes à l’origine du projet avec Elisabeth Leteissier, est le second temps fort de la journée. Cette déambulation devrait permettre aux participants de voir ce qu’il est possible de faire avec un maximum de bois local et d’innovations. » Et avant que ne soient mis en lumière cinq projets régionaux dans le cadre de la remise du prix régional de la Construction Bois, tous les participants ont été invités à s’interroger, autour d’une table ronde, sur leurs capacités à intégrer plus de bois dans leurs projets.

Une filière à structurer, quels enjeux ?

Le double défi : comment augmenter la capacité de production de la région Paca et comment comprendre que la seconde région la plus boisée de France, avec 1,63 million d’hectares de forêt, n’estaujourd’hui classée que septième en volume de bois prélevés, avec seulement 122 millions de mètres cubes produits ? La première explication avancée est bien sûr la difficulté d’accès à la ressource, avec des pentes prononcées rendant une exploitation difficile. Mais là n’est pas le seul frein. « Il est de plus en plus difficile de faire des coupes, l’acceptation sociale est compliquée », lance un participant représentant les propriétaires forestiers sylviculteurs privés. Une situation bien réelle qui contraste cependant avant le constat qu’en fait Julien Bochet, chef du service bois de l’agence des Alpes-de-Haute-Provence de l’Office national des forêts (ONF), qui souligne que seuls « 25 à 27 % de l’accroissement de la forêt sont récoltés ».


Outre l’accès difficile à la ressource, la filière bois régionale manque de maillons techniques.

« Tous les acteurs travaillent au développement des premières étapes de transformation. Il faut des installations capables de produire plus de volumes. Il faut des scieries plus importantes, des scieries 4.0, mais sans laisser de côté les petites structures artisanales. Nous voulons ajouter de la valeur ajoutée et pas de la marge, pour ne pas impacter les prix », souligne Olivier Gaujard, le président de Fibois Sud.

Aujourd’hui, la filière bois en région Paca représente 11 500 emplois et 3 000 établissements dont une majorité de TPE et de PME volontaristes qui souhaiteraient s’équiper mais… « l’accès au matériel est difficile nous le savons. Toutes les scieries se modernisent, du coup, c’est difficile de trouver des machines », temporise-t-il.

Une ressource difficilement accessible, des unités de transformations en cours de modernisation, la filière bois régionale accumulent les handicaps, à quoi s’ajoutent les contraintes liées à l’usage même du bois. « Avec le bois local, le pin d’Alep par exemple, il y a des contraintes de gabarit. Tous ceux qui souhaitent construire avec des bois locaux doivent bien garder en tête qu’il faudra anticiper sur le séchage du bois et que nous disposons de bois imparfaits, courts, mais qui sont néanmoins tout à fait indiqués pour la construction », note Julien Bochet. Pour développer la filière, il propose notamment aux architectes et aux bureaux d’études d’arrêter d’imaginer des projets construits en bois blancs, en admettant volontiers un déficit de connaissance et de communication sur l’état de la ressource.

Cinq des 40 projets déposés dans le cadre du prix régional de la Construction Bois ont été primés. (Crédit : H. Saveuse)

Quelles solutions ?

Du côté des solutions, Olivier Gaujard entrevoit une valorisation possible des bois locaux via le développement du lamellé-collé, unique procédé, à ses yeux, capable de contrecarrer les imperfections des bois locaux. D’autre part, pour tous les maîtres d’ouvrage qui butent sur la constitution des appels d’offres, il conseille de scinder le marché en deux. « Le premier peut concerner l’approvisionnement et le second la charpente. Il faut se tourner vers des Assistants à maîtrise d’ouvrage (AMO) formés », tance-t-il.


« Le bois est un excellent matériau pour les constructions de bâtiments, mais l’est aussi pour l’aménagement des espaces publics extérieurs », prône à son tour Sandrine Cosserat, maire de Volonne et présidente des Communes forestières des Alpes-de-Haute-Provence.

Avant d’ajouter que les communes sont à la source de l’usage, « d’autant qu’il existe une bonification de la DETR [Dotation d’équipement des territoires ruraux, NDLR] pour la construction en Bois des Alpes. Pour 2022, les projets de construction et de rénovation intégrant une part significative de Bois des Alpes pourront bénéficier d’une bonification allant jusqu’à 10 % du coût du projet dans trois départements en Provence-Alpes-Côte d’Azur », assure-t-elle.

Ce taux, déjà appliqué dans les Hautes-Alpes depuis trois ans, a été revalorisé pour 2022 dans les Alpes-de-Haute-Provence sur décision de l’Etat et de la commission d’élus compétents. De la même façon en Vaucluse, les collectivités pourront bénéficier pour la première fois de cette bonification.

Et Maryline Chevalier, la présidente du Croa Paca, de conclure : « Construire en bois français, c’est bien, mais en bois local, c’est mieux. »

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