AccueilTerritoiresPatrick Amico : « Sur l'habitat, la Ville de Marseille a un rôle à jouer »

Patrick Amico : « Sur l'habitat, la Ville de Marseille a un rôle à jouer »

Le drame de la rue d'Aubagne a jeté une lumière crue sur l'ampleur du mal-logement dans Marseille. Un défi dont la précédente municipalité n'avait pas pris la mesure. Un déni qu'elle a payé cash dans les urnes en juin 2020. Désormais en charge de la politique du logement et de la lutte contre l'habitat indigne dans l'équipe de Benoît Payan, Patrick Amico incarne le changement de cap.
Patrick Amico : « Sur l'habitat, la Ville de Marseille a un rôle à jouer »
Robert Poulain - Patrick Amico, adjoint au maire de Marseille en charge de la politique du logement et de la lutte contre l'habitat indigne.

TerritoiresBouches-du-Rhône Publié le ,

TPBM : La Métropole a en charge le plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) ou le programme local de l'habitat (PLH)... Quelle est la place de la Ville de Marseille dans ces documents stratégiques ?
Patrick Amico :
Même si la Métropole assume les prérogatives fortes en matière de politique de l'habitat, la Ville a un rôle à jouer. Nous avons demandé une modification du PLUi qui abaisse notamment le seuil à partir duquel 30 % de logements sociaux est imposé dans toute opération immobilière : de 80 à 30 logements pour tout programme d'au moins 2 000 mètres carrés. Ce seuil doit se prolonger avec la mise en place de servitudes de mixité sociale dans certains secteurs de la ville où l'offre HLM est déficitaire. Il s'agit de discuter le plus en amont possible avec les promoteurs qui portent des opérations d'au moins 30 logements sur l'organisation de la mixité urbaine et typologique. C'est un vrai travail de dentelle qui doit permettre d'assurer la parfaite insertion de l'offre locative sociale dans le tissu bâti. C'est à ce prix que l'on parviendra à rééquilibrer l'offre résidentielle sur tout le territoire communal. On compte travailler opération par opération, projet par projet avec les opérateurs, bailleurs sociaux comme promoteurs privés, mais aussi avec les grands aménageurs comme l'Etablissement public d'aménagement (EPA) Euroméditerranée.

Comment la Ville compte-t-elle s'appuyer sur les bailleurs sociaux dans sa politique ?
Nous avons un levier en matière de production HLM via les garanties d'emprunt aux organismes qui construisent sur la ville. Cette relance de la production sociale est primordiale car depuis trois ans, les agréments sont en chute libre : il y a en a eu 1 330 en 2017 (y compris les logements foyers), 761 en 2019 et 620 en 2020. Ce que l'on ne finance pas aujourd'hui, ce sont les logements qui ne seront pas livrés dans trois ou quatre ans. Rappelons que l'Etat souhaite que l'on produise 2 500 HLM par an. De notre côté, nous souhaitons pousser le curseur jusqu'à 3 000 d'ici la fin de la mandature en 2026.


Voir aussi : [Carte] Provence-Alpes-Côte d'Azur : 83 communes mauvaises élèves de la production HLM


Ce rattrapage doit permettre de mettre fin aux fortes disparités territoriales actuelles : dans certains arrondissements du nord de la ville, on recense plus de 40 % de logements sociaux quand d'autres dans le centre et le sud en comptent moins de 10 %. Songez que depuis 2017, on a produit en tout et pour tout que trois logements sociaux dans le 7e arrondissement et 68 dans le 1er. Le rééquilibrage est indispensable ! Il y a par exemple des gros besoins de logements à loyers modérés pour le personnel hospitalier dans les quartiers sud et centraux. Les aides-soignant(e)s et les infirmiers/infirmières ont du mal à se loger près de leur lieu d'exercice. Les confinements successifs ont montré l'importance d'une corrélation de l'offre d'habitat avec les lieux de travail pour ces « key workers ».

Il faut également tenir compte des différents types de logements HLM.
Effectivement, il convient également de rééquilibrer la typologie de l'offre : pendant trop longtemps on a privilégié les PLS [Prêts locatifs sociaux, les logements sociaux aux loyers les plus élevés, NDLR] aux PLAI [Prêts locatifs aidés d'intégration, les HLM les plus sociaux aux loyers les plus modérés, NDLR]. On doit avoir un étiage équilibré avec 50 % de PLUS [Prêts locatifs à usage social, les HLM standards, NDLR], et 25 % de PLS et de PLAI.

Comment encadrer les prix de cession des HLM ?
En mettant tout le monde autour de la table, on parviendra à éviter de tomber dans les surenchères foncières qui alimentent la hausse des prix des logements. Il faut s'inspirer des dispositifs qui existent ailleurs. A Nice, la Métropole a mis en place une charte partenariale public-privé qui a permis une certaine régulation des prix du marché immobilier social. Cette charte fixe un cadre de réalisation des logements en accession et donne aux opérateurs des règles qui leur permettent de négocier le foncier à un prix acceptable du point de vue de la mixité sociale. Enfin, elle définit des prix de sortie compatibles avec le contexte financier.

Qui pilotera le projet partenarial d'aménagement (PPA) du centre-ville de Marseille ?
Fin novembre 2020, lors de la visite d'Emmanuelle Wargon, ministre chargée du Logement, à Marseille, Martine Vassal, présidente de la Métropole Aix-Marseille Provence, et Michèle Rubirola [à l'époque maire de Marseille, NDLR] ont conclu un accord pour se partager le pilotage du PPA. Nous restons dans cette logique avec Benoît Payan avec l'ambition de travailler au plus proche du terrain, en associant les habitants des quartiers concernés et Sophie Camard, la maire des 1er et 7e arrondissements. Le PPA cible dans un premier temps quatre îlots prioritaires clairement identifiés selon des critères d'urgence. Parmi ces secteurs, on retrouve la rue d'Aubagne, dont une partie du tissu, les lots qui vont du numéro 69 au 83, sont à traiter en extrême urgence.

Ville et Métropole travaillent-elles ensemble sur le logement ?
La Métropole et la Ville sont condamnées à travailler ensemble. Mais Marseille, ville centre d'Aix-Marseille Provence (AMP) qui accueille près de 48 % de la population métropolitaine, mérite évidemment une attention particulière. Contrairement au Grand Lyon, AMP n'est pas une collectivité dont les représentants sont élus au suffrage universel direct, mais un établissement public dont les élus sont désignés par les communes. A ce titre, elle doit s'occuper des grands dossiers comme les transports qui impliquent une approche à l'échelle du grand territoire. Il ne lui appartient pas en revanche de décider quelle politique de l'habitat doit être mise en œuvre dans le 3e ou le 4e arrondissement de Marseille…
Je regrette à cet égard que le principal bailleur public de la métropole - l'Office public de l'habitat Habitat Marseille Provence - ne compte aucun représentant de la majorité municipale au sein de son conseil d'administration. Nous ne sommes pas non plus représentés au sein de la nouvelle Société coopérative de coordination (SAC) mise en place avec Pays d'Aix Habitat.

Retrouvez l'intégralité de notre Face à la rédaction avec Patrick Amico dans le n°1387 de TPBM paru le 21 avril. Cliquez ici pour plus d'informations sur nos offres d'abonnement à partir de 20€/an.

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