AccueilEconomieMécénat d'entreprise : l'art et la manière

Mécénat d'entreprise : l'art et la manière

Dans le Var, l'union patronale (UPV) est entrée en scène depuis la fin de la décennie précédente afin d'encourager les initiatives, de montrer l'exemple et de faire du mécénat un levier de développement économique tout en affirmant les valeurs d'entreprises au service de l'intérêt général. Cette (r)évolution culturelle favorisée par la loi, pouvant impacter la stratégie de communication des sociétés et permettre aux artistes de continuer à exister, est d'autant plus nécessaire au regard de la baisse continue des fonds publics.
Mécénat d'entreprise : l'art et la manière

EconomieVar Publié le ,

La loi du 1er août 2003 relative au mécénat, aux associations et aux fondations, a amené sur le devant de la scène, sous l’impulsion du président Jacques Chirac et de son ministre Jean-Jacques Aillagon, une possibilité inédite jusqu’alors de financement de la culture, permettant d’impliquer la société dans son ensemble : particuliers, entreprises, associations, fondations, collectivités. Un véritable vent de fraîcheur et de générosité a soufflé comme jamais sur notre pays qui n’avait pas cette culture et a su la développer à sa façon.

Loi Aillagon

Lors du 10e anniversaire de la loi Aillagon, en novembre 2013, à l’occasion d’une manifestation de prestige au Grand Palais, à Paris, la notion de « prophilanthropie » évoquée pour définir l’exception française dans ce domaine avait marqué Régis Vian des Rives, délégué du Club Orféo des mécènes de l’Opéra de Toulon, qui représentait l’agglomération Toulon Provence Méditerranée (TPM) dont il est conseiller technique en mécénat et partenariat. Un oxymore assemblant profit et philanthropie qui résume parfaitement l’état d’esprit dans lequel le mécénat se pratique chez nous. A savoir une relation qui dépasse largement l’aspect défiscalisation pour les entreprises dont l’implication participe au rayonnement local.

25.000 entreprises mécènes

D’après les données fournies par le ministère de la Culture et de la Communication à l’occasion de ces 10 ans, la France semble en effet avoir changé de paradigme culturel et le mécénat connaît une montée en puissance exponentielle. Avant la loi, en 2002, il représentait sur le plan global (culture, solidarité, environnement) 343 millions d’euros, quelque 1.735 entreprises, un peu plus de 500 fondations, 1 milliard d’euros de dons. A comparer aux 2,1% de PIB aux Etats-Unis (10 milliards d’euros), aux 10.000 fondations en Allemagne, aux 3.000 « Charity Trust » en Grande-Bretagne… En 2013, on comptait dans notre pays plus de 25.000 entreprises mécènes et 5 millions de foyers fiscaux utilisaient les dispositions de la loi au profit d’œuvres et d’organismes d’intérêt général à hauteur de 3,2 milliards d’euros. La part du culturel étant estimée au quart du mécénat global des entreprises.

Jacek, artiste à retrouver sur le stand de TPBM. (Photo O. R.)

Contribution de l’entreprise à l’art…

Sous l’impulsion de l’UPV, le Var se révèle petit à petit, depuis une dizaine d’années, comme une terre fertile en mécénat d’entreprise, touchant l’art contemporain, les spectacles vivants, le patrimoine naturel et culturel, le sport. Des disciplines directement concernées par le fonds de dotation Artmonia, créé justement par l’Union patronale du Var afin de soutenir tout projet d’intérêt général entrant dans ce champ et dans le cadre de l’article 200 du code général des impôts. Une structure en cours de développement, visant à booster et organiser les financements participatifs en la matière, y compris sur des plates-formes en ligne parmi les (res)sources.

Dans son discours de rentrée du Club Orféo, dont l’UPV est membre fondateur, le président Gérard Cerruti rappelait en septembre dernier à quel point « le mécénat est un moyen très concret de rapprocher le monde de l’entreprise du monde associatif. C’est toute la stratégie de communication des entreprises qui peut être impactée. Cela peut être aussi un formidable élément de cohésion interne en associant les salariés à la démarche. C’est un engagement, une implication du monde entrepreneurial sur des champs nouveaux dont les perspectives enrichissent son développement. Le mécénat n’est pas un simple message de communication, publicitaire ou commercial, ni pas un simple parrainage, il nécessite une forte notion de responsabilité et de discrétion. Il a aussi ses règles juridiques strictes et particulières qu’il convient de respecter pour éviter tout débordement et requalification fiscale. »

Malgré un contexte économique défavorable, qui n’est forcément pas sans impact sur les sommes que les entreprises peuvent donner, les statistiques de la Fondation de France livrées par le président Cerruti ont confirmé l’engagement important des PME et cassé certaines idées reçues.

« Près de 80% des mécènes sont des entreprises de 20 à 200 salariés. Le mécénat n’est donc pas réservé qu’aux entreprises du CAC 40 mais concerne tout le tissu économique, de la plus petite à la plus grande entreprise. On assiste également de plus en plus à un développement du mécénat croisé où la culture s’associe à d’autres actions éducatives ou socioculturelles. De plus, 69% du mécénat d’entreprise s’orientent vers des initiatives locales ou régionales. C’est un corollaire à l’implication des PME qui préfèrent agir à l’échelle de leur commune, de leur agglomération, de leur région pour renforcer de fait l’attractivité du territoire et compenser la désaffection des collectivités qui ont de moins en moins de moyens. »

Cette affirmation des valeurs d’entreprise et de leurs dirigeants par leur inscription dans cette démarche globale collective apparaît ainsi comme une « véritable communication par la preuve d’un engagement, d’un soutien, de leur contribution à l’intérêt général… ».

… et de l’art à l’économie

La meilleure preuve à l’épreuve du terrain est Base’Art, la biennale du mécénat et de l’art contemporain de Fréjus, initiée et organisée depuis 2009 par la délégation locale de l’Union patronale du Var, avec le soutien logistique de la ville. Un pari fou - et qui reste unique en France - de réunir 100 entreprises mécènes de 100 artistes durant 4 jours dans un espace gigantesque de 6.000 m2.

La réussite est à la hauteur des ambitions puisque la 5e édition (3 au 5 juin) attend à nouveau 12.000 visiteurs et la manifestation est devenue très prisée des mondes économique et artistique, apportant une forte contribution à l’attractivité du territoire. « Pas si fou si l’on prend le problème de façon modeste avec un investissement raisonnable de la part des entreprises et si l’on facilite toutes les conditions d’un échange riche, partagé, permettant à la culture de s’exprimer dans un modèle viable », affirme Bernard Lecat, vice-président de l’UPV, président de la délégation de Fréjus et créateur de Base’Art. Toute l’économie locale profite ainsi de retombées largement supérieures aux 150.000 euros de budget.

A ce propos et contrairement à une autre idée reçue, le rapport britannique The contribution of the arts faisait état en 2013 d’un rendement économique de la culture supérieur à son coût, représentant 0,4% de PIB européen (14,7 milliards d’euros) contre 0,1% de PIB d’investissements publics, soit un rapport plus avantageux que la vente en gros et en détail ou les services aux professionnels par exemple…

Au-delà de cette nouvelle ère en marche qui donne du souffle, incarnée notamment dans le Var par Base’Art, Orféo, les mécènes du Théâtre Liberté de Toulon, la Fondation du patrimoine et nombre d’initiatives privées, petites ou grandes, qui pallient le manque de fond(s) public(s) de plus en plus visible, de nouveaux comportements ont émergé de la loi, générant une relation de proximité entre les mondes de l’entreprise et de la culture. Un grand dessein à la française dont le cadre permet de compléter le tableau.

Retrouvez l'intégralité de notre dossier consacré au mécénat d'entreprise et au salon d'art contemporain de Fréjus Base'Art dans le numéro 1131 de TPBM (parution le 25/05/2016). Cliquez ici pour plus de renseignements sur nos offres d'abonnements (à partir de 20€/an.

Partage
Envoyer à un ami
Connexion
Mot de passe oublié ?