AccueilTerritoiresMathilde Chaboche : « Le retour de la nature en ville est un enjeu de santé publique »

Mathilde Chaboche : « Le retour de la nature en ville est un enjeu de santé publique »

Pour lutter contre le réchauffement climatique des villes, Mathilde Chaboche, adjointe à l’urbanisme et au développement harmonieux de Marseille, revient sur « l'urgence » de penser l'aménagement urbain de manière transverse.
Mathilde Chaboche : « Le retour de la nature en ville est un enjeu de santé publique »
R. Poulain - Mathilde Chaboche, adjointe à l’urbanisme et au développement harmonieux de la ville de Marseille.

TerritoiresBouches-du-Rhône Publié le , Propos recueillis par William ALLAIRE

TPBM : Comme ses homologues, Marseille est confrontée au changement climatique. Comment la ville s’adapte-t-elle ?

Mathilde Chaboche : La canicule précoce que l’on vient de subir rappelle l’urgence : si on ne veut pas que les villes se transforment en cocottes-minute l’été, il faut repenser tous les flux qui irriguent leur territoire. Car la chaleur ne s’arrête pas aux frontières administratives.
Il faut changer de paradigme, arrêter de travailler en silo pour penser l’aménagement de manière transverse, en intégrant habitat, urbanisme, mobilité, économie, loisir, etc. Le tout dans une logique de développement durable qui pense des réponses frappées au coin du bon sens plutôt que des solutions technos... Si l’habitat est bien conçu dans une approche bioclimatique, avec des logements traversants bien orientés, dénués de grandes baies vitrées au sud, vous n’avez pas besoin de climatisation qui fait grimper la température globale de la ville. De même, si l’espace public est plus résilient, en faisant la part belle au végétal, avec plus d’arbres que de bitume, vous réduisez le phénomène des îlots de chaleur urbains (ICU).

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En 2020, la Ville et la Métropole ont réalisé une étude [l’étude « Marseille Cœur historique en transition » a été réalisée par le groupement piloté par Inddigo et plusieurs bureaux d’études : Domene, Soleneo, IFTechnologie, Oceanide..., NDLR] sur le périmètre de l’Aire de mise en valeur de l’architecture et du patrimoine (AVAP) qui couvre le centre-ville. Cette étude inédite qui bénéficiait du programme investissement d’avenir "PIA 2 Ville durable" avait pour ambition de poser les bases d’une culture commune entre différents acteurs ou secteurs d’expertises : urbanisme, architecture, patrimoine, environnement, associations de citoyens... A partir d’un zoom sur trois quartiers du centre-ville - Noailles, Porte d’Aix et Puget -, nous avons esquissé plusieurs axes de transition pour adapter le coeur historique aux défis du changement climatique. Si on ne fait rien, l’étude montre que la température au sol dans le quartier de Noailles passera de 60° à 90° en 2050 lors des épisodes de canicule.

Mathilde Chaboche : « L'urbanisme ne se décrète pas ! »

Comment faire revenir du végétal dans un climat qui se réchauffe ?

L’organisation mondiale de la santé (OMS) a fixé un ratio d’espaces verts par habitant de 12 mètres carrés accessibles à moins de 300 mètres. Sur l’ensemble de la ville de Marseille, nous en sommes à 4,6 mètres carrés par habitant. Et sur ce sujet-là, la fracture entre le nord et le sud est criante : dans le sud, chaque habitant dispose en moyenne de 5 mètres carrés d’espaces verts quand c’est moitié moins dans le nord (2,5 mètre carré). Et dans le centre-ville, c’est pire : le ratio est de moins de 1,8 mètre carré par habitant. Quand on est pauvre à Marseille, c’est la double peine : on vit dans des petits logements qui sont des passoires thermiques et on n’a pas ou très peu accès à des jardins publics.
Sur le périmètre des 472 ha de l’AVAP, on compte seulement deux parcs de plus de 5 ha : le parc Longchamp avec 12,7 ha et le parc Emile Duclaux (Pharo) avec 5,7 ha. En 75 ans, le centre-ville a perdu la moitié de son patrimoine arboré. Au XIXe siècle, le cours Lieutaud était bordé par des alignements de platanes. Il faut reconstruire un écosystème propice au végétal. C’est crucial car l’été un arbre adulte apporte la fraîcheur fournie par cinq climatiseurs.
L’étude montre que l’urbanisation du centre-ville a été réalisée en contrariant la topographie, sans tenir compte de la géographie, emmaillotant ou supprimant les arbres au profit de la circulation des voitures et des réseaux. Et le sous-sol a été très fortement remanié pour accueillir des réseaux ainsi que des infrastructures enterrés. Lors des épisodes d’orages cévenols, l’imperméabilisation des sols provoque des ruissellements urbains violents.
Arrêtons de penser le paysage comme un truc cosmétique. Le retour de la nature en ville est un enjeu de santé publique. C’est d’ailleurs l’un des objectifs posés dans la charte de la construction durable que nous avons mise en place l’an dernier. Un principe auquel on pourra donner force réglementaire dans la prochaine révision du Plan local d’urbanisme intercommunal (PLUi). A l’instar de ce qui été mis en oeuvre par d’autres grandes villes, on devra tendre vers un PLUi bioclimatique imposant un ratio de surfaces d’espaces verts par surface de logement et d’équipement.

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