AccueilTerritoiresMartin Malvy, président de Sites & Cités remarquables de France : « La périurbanisation et l’automobilité montrent leurs limites »

Martin Malvy, président de Sites & Cités remarquables de France : « La périurbanisation et l’automobilité montrent leurs limites »

Ce 8 décembre, Aix accueille la 2e rencontre régionale « Patrimoines et revitalisation des territoires », organisé par l’association Sites & Cités remarquables de France, en partenariat avec l’Aupa et la Semepa. Les explications de Martin Malvy.
L’ancien ministre et président de la région Midi-Pyrénées, Martin Malvy, est aujourd’hui président de l’association Sites & Cités remarquables de France.
D. R. - L’ancien ministre et président de la région Midi-Pyrénées, Martin Malvy, est aujourd’hui président de l’association Sites & Cités remarquables de France.

Territoires Publié le , Propos recueillis par William ALLAIRE

TPBM : Quel est l’objet de l’association Sites & Cités remarquables de France ?

Martin Malvy : L’association a été créée en 2000 à l’initiative de parlementaires et d’élus locaux [Michel Bouvard, Yves Dauge, Martin Malvy et Jean Rougé, NDLR] pour regrouper les villes et pays signataires de la convention « Ville et Pays d’art et d’histoire » et les villes et leurs groupements porteurs d’un secteur protégé aujourd’hui appelé « Sites patrimoniaux remarquables ». A l’origine, il s’agissait de regrouper les communes confrontées aux mêmes enjeux de préservation et de valorisation de leur patrimoine. Celles-ci trouvaient dans l’association un lieu d’échange sur les politiques publiques croisant patrimoine et urbanisme. Au fil du temps, elle a créé un centre de ressources et de conseils pour accompagner les collectivités dans la définition de leurs politiques patrimoniales. L’association, que j’ai l’honneur de présider, compte aujourd’hui plus de 300 adhérents, un réseau qui rassemble environ 2 200 communes de toute taille, de Paris au petit village de 300 habitants qui a une église classée sur son territoire.


En grandissant, Sites & Cités est devenue un interlocuteur privilégié des instances nationales pour renforcer le cadre législatif, juridique et financier de la protection et de la valorisation du patrimoine, de l’architecture et de l’urbanisme. Elle a ainsi noué des conventions avec le ministère de la Culture et le Quai d’Orsay.

Enfin, l’association développe des partenariats avec les autres acteurs du patrimoine : Régions de France, l’Association des petites villes de France (APVF), l’Unesco, l’Association des maires de France (AMF), la Fondation du patrimoine, l’Agence nationale de la cohésion des territoires

Cette rencontre aixoise aura pour fil rouge le lien entre patrimoine et revitalisation des centres-villes. Comment conjuguer préservation des vieilles pierres et attractivité économique ?

La périurbanisation et son corolaire, l’automobilité, montrent leurs limites. Les cœurs de villes ont longtemps souffert de ce phénomène centrifuge. Le gouvernement souhaite inverser la tendance avec les programmes « Action cœur de ville » et « Petites villes de demain ». Pour les villes qui ont un centre historique, l’équation est complexe : il faut revitaliser le centre en réhabilitant à la fois l’espace public et le bâti, tout en essayant de faire revenir les habitants. Cette stratégie met en jeu plusieurs politiques urbaines : le traitement de l’espace, l’habitat, la mobilité, l’économie, la culture… Des outils existent qu’il suffit de mobiliser avec méthode. Cela implique de bien connaître l’arsenal réglementaire et opérationnel. C’est l’objectif de journées comme celle qui se déroulera à Aix ce 8 décembre.

La première rencontre régionale « Patrimoines et revitalisation des territoires » s’était tenue en novembre 2019 dans la salle des Etats de Provence de l’hôtel de ville d’Aix-en-Provence. (Crédit : Robert Poulain)

Soixante ans après, la loi Malraux reste en vigueur. Preuve de sa pertinence ?

Il est rare qu’une loi porte le nom de son auteur soixante ans après son vote. C’est parce qu’elle correspond à l’esprit français. Alors qu’on sortait de la période reconstruction, ce texte a rebraqué les feux sur le patrimoine. Dans les années 70, Michel Péricard rencontrait un énorme succès avec son émission « La France défigurée ». La loi a institué les Plans de sauvegarde et de mise en valeur du patrimoine (PSMV). Un cadre réglementaire précis qui a ensuite été assorti d’un outil fiscal : le « Malraux », qui permet de défiscaliser une partie des travaux dans les secteurs sauvegardés. L’arsenal réglementaire ne doit pas être détricoté au nom de préoccupations passagères… Le patrimoine est éternel. Il faut le transmettre aux générations futures.


Si le corpus réglementaire est aujourd’hui encore pleinement efficient, le dispositif fiscal doit évoluer. Le « Malraux » est en effet utilisé dans les villes où le rendement de la pierre est le plus élevé. En juin dernier, un rapport de la Cour des comptes a pointé un effet incitatif insuffisant des mesures fiscales dans les centres anciens dégradés et en difficulté. Dans certaines communes moins favorisées, la préservation du patrimoine n’est pas une priorité pour les habitants dont le niveau de revenus est situé hors de la mire des carottes fiscales. Il faudrait recentrer le dispositif vers les territoires qui en ont le plus besoin, mais aussi moduler l’aide fiscale en fonction du loyer proposé.

Pour un élu d’une ville dotée d’un centre historique à haute valeur patrimoniale, comment éviter le syndrome de la ville musée et son corollaire, la sur-fréquentation touristique ?

Tout est question de mesure. La France accueille près de 90 millions de touristes étrangers chaque année. La moitié vient pour découvrir son patrimoine exceptionnel : ses monuments, ses vieilles pierres, ses paysages… Le tourisme représente 7 à 8 % du PIB national, soit autant que l’industrie. C’est une chance que nous envient de nombreux pays. Le seul bémol vient de la concentration de cet engouement sur deux ou trois régions : Paris, la Provence et la Côte d’Azur.

La commune varoise d’Hyères, la cité des palmiers, est l’une des signataires régionales de la convention « Ville et Pays d’art et d’histoire ». (Crédit : O. Réal)

Le surtourisme est un enjeu dans certaines villes qui ne sont pas préparées à l’accueil de centaines de milliers de visiteurs. Dans des cités comme Dubrovnik (Croatie), classées au Patrimoine mondial de l’humanité, les élus ont décidé de mettre en place des dispositifs pour réguler l’accès à leur centre historique. D’autres villes comme Venise (Italie) réfléchissent à des péages. L’engouement affecte également le marché de l’habitat. Le développement des locations saisonnières prive le marché locatif d’un stock de logements destinés aux habitants. En même temps, les centres anciens voient la vacance de leur parc résidentiel augmenter. Cette dérégulation complique l’accès au logement d’une partie de la population de ces villes et contribue par là même à dévitaliser leur cœur. Les habitants permanents sont remplacés par des touristes de passage. Il faut donc trouver une juste mesure. Des instruments de régulation existent, qui peuvent être mobilisés par les communes.


Une des solutions passe aussi par une meilleure répartition de la clientèle touristique. La France, ce n’est pas que Le Mont-Saint-Michel (Manche) ou Versailles (Yvelines)… Notre pays compte de nombreux sites et cités dotés d’un patrimoine remarquable qui méritent d’être visités. Souvent, ces pépites n’ont pas les moyens de se faire connaître, éclipsées qu’elles sont par les grands monuments qui assurent le rayonnement international de l’Hexagone. Il convient de rééquilibrer l’offre. C’est l’un des objectifs de la campagne de promotion que nous avons lancée avec Atout France. Nous multiplions les actions, comme un guide Michelin que nous avons co-édité en 2020 et l’exposition itinérante « Patrimoines, l’histoire en mouvement », présentée sur les grilles du palais du Luxembourg à Paris, qui va maintenant voyager dans une centaine de villes en France et à l’étranger.

TPBM est partenaire presse de cette rencontre régionale « Patrimoines et revitalisation des territoires ».
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