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VIDEO Marseille : plongez dans la réplique de la grotte Cosquer

Sous la Villa Méditerranée, à Marseille, la réplique de la grotte Cosquer prend forme. Son ouverture est prévue pour juin 2022.

BTPBouches-du-Rhône Publié le ,

« Nous devons construire cinq écailles et en avons déjà réalisé deux et demi. Sur certaines parties du chantier de la grotte, nous sommes encore à l’ossature, quand sur d’autres nous avons commencé l’application des premiers bétons résinés ou sommes en train de les sculpter. Sur d’autres encore nous sommes bien plus avancés puisque les panneaux ornés ont déjà été posés et nous sommes en train de réaliser les patines autour », détaille Laurent Delbos, chef de projet sur la partie restitution de la grotte Cosquer chez Kléber Rossillon, société chargée de concevoir, réaliser et exploiter le centre d’interprétation archéologique dédié à cette grotte au sein de la Villa Méditerranée à Marseille.

Cliquez sur la vidéo pour découvrir notre reportage sur ce chantier 

Les travaux de la structure ont démarré en juin, la construction de la cage métallique en août - « une grosse partie du travail » souligne Quentin Giraud, conducteur des travaux de la grotte pour Eiffage Construction, mandataire du groupement concepteur-constructeur - et les projections fin août. Actuellement, quarante personnes travaillent quotidiennement sur la grotte. « C’est Atelier Artistique du Béton qui est en charge de la construction de la grotte, poursuit Quentin Giraud. Chez Eiffage, nous amenons l’ingénierie, le savoir-faire technique mais AAB sait comment construire une grotte puisqu’ils ont travaillé sur celle de Chauvet 2 en Ardèche. Ce sont eux qui ont les artistes peintre, les sculpteurs... » Les fameux pingouins, les bisons ou encore la « main de la découverte », celle qu’Henri Cosquer a vue en premier lors de son entrée dans la grotte, sont autant d’œuvres d’art pariétal qui ont été reconstituées en atelier par Gilles Tosello (Déco Diffusion) et Alain Dalis (Arc & Os), en charge respectivement de la reproduction des peintures préhistoriques et de la réalisation des panneaux ornés. A noter que des géologues passent également toutes les semaines pour vérifier que les travaux sont en adéquation avec la réalité de la grotte et réalisent des modifications si ce n’est pas le cas.

Le chantier, d'un montant de 24 millions d'euros, dont 8 millions de la Région Paca pour remettre en état le bâtiment, le reste étant financé par Kléber, doit être terminé fin mars. Viendra ensuite la partie technique avec notamment la mise en place des modules qu’emprunteront les visiteurs pour découvrir la grotte. En effet, pour gérer le flux dans cet espace contraint avec de nombreux éléments à observer, le choix a été fait de proposer des navettes électriques de six personnes afin de les transporter de salles en salles pendant une trentaine de minutes. Un audioguide se déclenchera au moment où les visiteurs passeront devant les œuvres et pour recréer une exploration à la lampe frontale, le chemin s’allumera progressivement. C’est la société 8'18 qui est en charge de cette scénographie. L’ouverture du lieu est prévue pour juin 2022, respectant ainsi le calendrier annoncé.

Grotte Cosquer : une phase d’étude complexe

Laurent Delbos l’affirme : « La phase d’étude a été la plus complexe. » Plusieurs challenges ont dû être relevés. A commencer par la question de la temporalité. Le marché a été attribué par la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur, propriétaire de la Villa Méditerranée, à Kléber Rossillon en octobre 2019, pour une livraison en juin 2022. Soit deux ans et demi de travaux, phases d’études comprises. « Nous avons donc rencontré quelques superpositions entre les études – qui viennent d’ailleurs de se terminer – et la partie chantier », note Laurent Delbos. « Chez Kléber, nous savons faire les grottes puisque nous avons réalisé celle de Chauvet 2. Mais, les études de restitution ont mis plusieurs années et quand la décision a été prise de construire une réplique, elles étaient déjà faites. » 

D’autant qu’il a aussi fallu faire rentrer « la boite dans la boite ». Autrement dit faire rentrer la grotte Cosquer dans la Villa Méditerranée et plus précisément au R-2, un espace de 1 750 m2. « Dans les autres cas de figure, on a fait la grotte puis le bâtiment autour », illustre le chef de projet. « On ne pouvait pas restituer la vraie grotte puisqu’elle est penchée et qu’elle donne sur une cheminée gigantesque et un puit qui descend à 24 mètres de profondeur. Il a fallu qu’on adapte », explique Sylvain Depitout, responsable commercial et communication de la Grotte Cosquer. Laurent Delbos rembobine : « On a essayé de réduire la grotte et en 2D elle rentrait à 0,89 %, ce qui n’était pas satisfaisant puisque cela déformait la grotte et la taille des dessins n’était pas conforme. Nous avons donc choisi une autre solution : nous avons appliqué le plan de 2D pour voir ce qui dépassait et avons enlevé les galeries inaccessibles et nous avons essayé de faire des rotations mais cela ne rentrait toujours pas. » D’où l’idée finale de mettre à plat la grotte, de la découper en cinq écailles différentes et de créer un tunnel de 220 mètres de long « qui respecte l’ordre de découverte de la grotte ». Un travail de conception méticuleux et primordial. Pour Quentin Giraud, « c’est simple : ce chantier était impossible à réaliser sans le BIM car à certains endroits on passe au centimètre. »

Le centre d’interprétation archéologique dédié à la grotte Cosquer ne comprendra pas seulement la réplique de la grotte. Le 3e étage, dans le porte-à-faux symbolique de la Villa Méditerranée, accueillera sur 1 150 m2 le centre d’interprétation, avec la reconstitution d’un habitat préhistorique, la recomposition d’un décor de calanque, un théâtre optique ou encore un bestiaire de la grotte Cosquer. L’accent sera donc mis sur la préhistoire mais aussi sur la sensibilisation à la montée des eaux. « Mis à part l’escalier qui a dû être refait, les travaux consistent surtout en du cloisonnement et de l’aménagement technique comme la mise en place de vidéos ou de l’éclairage. Ce ne sont pas de gros travaux de structure », indique Frédéric Prades, directeur du centre. Un chantier qui nécessite une quinzaine de personnes actuellement.
Corinne Vezzoni (Crédit : R. Poulain)

L'agence Corinne Vezzoni et associés a été mandatée pour travailler sur la « manière dont on intervient sur un bâtiment existant contemporain, comment ne pas le dénaturer et installer un nouvel usage à l’intérieur », détaille l'architecte Corinne Vezzoni. « Le public ne devait pas descendre dans ces niveaux-là et quand on est enterré sous l’eau et sous la terre, il faut pouvoir les évacuer en cas de feu. Il faut donc que tout soit géré - la ventilation, le désenfumage, le traitement de l’air - sans que cela ne se voit afin de conserver ce sentiment d’être dans une grotte. » Le bâtiment étant par ailleurs « truffé de poteaux », « notre travail a consisté à les faire disparaître visuellement ». Le choix a également été fait de conserver l’amphithéâtre, d’une grande qualité acoustique, ce qui a rajouté une difficulté supplémentaire au moment de faire rentrer la grotte.

« Pour nous, architecte, c’est atypique de faire du décor car c’est ce que nous combattons. Par contre, cela fait sens de créer un lieu qui réponde à l’évolution de l’histoire de l’humanité », complète Corinne Vezzoni.

 

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