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Marseille : la vieille dame (de l'habitat) indigne

le - - Urbanisme

Marseille : la vieille dame (de l'habitat) indigne
F. DELMONTE - Derrière le drame de la rue d'Aubagne, le problème de l'habitat indigne à Marseille.

Le drame de la rue d'Aubagne met en lumière l'urgence d'une action d'ampleur contre l'habitat indigne dans le centre-ville de Marseille. Une lutte qui implique un portage politique fort. Et de longue haleine.

Vingt-cinq jours après le lancement du plan « Initiatives Copropriétés » lors du congrès de l'Union sociale pour l'habitat à Marseille, l'actualité est venue tragiquement rappeler l'urgence d'une intervention publique lourde sur le parc d'habitat indigne de la seconde ville du pays. Ce 5 novembre, à 9h00 du matin, un immeuble insalubre muré de la rue d'Aubagne, une ruelle de Noailles, quartier populaire proche de la Canebière s'est effondré comme un château de cartes entraînant dans sa chute les deux immeubles voisins. Deux jours après le drame, les corps de six victimes ont été retrouvés sous l'imposant amas de gravas qui jonche la chaussée.

40 000 logements insalubres

Alors que la polémique enfle sur l'inertie des pouvoirs publics, le rapport de l'inspecteur général de l'équipement Christian Nicol résonne cruellement : selon ce document remis au gouvernement en mai 2015, Marseille compte près de 40 000 logements insalubres, soit 13% du parc... un parc décati qui menace la santé ou la sécurité de 100 000 habitants de la ville. Un an plus tôt, un diagnostic de l'agence d'urbanisme de l'agglomération marseillaise (Agam) recensait quelque 6 000 copropriétés en situation de fragilité, situées pour la plupart dans le centre-ville et les quartiers Nord.

Dans un communiqué en forme de réquisitoire, l'association « Un Centre-ville pour tous » (CVPT) qui se bat depuis des années contre la gentrification de l'hyper centre de Marseille rappelle que depuis la fin du programme de restauration immobilière (PRI) en 2009 « 50 % des immeubles du secteur de Noailles n'ont toujours pas été traités ».

« Le danger de l'immeuble du 63, propriété de la Ville de Marseille, était connu depuis des années. C'est le troisième immeuble insalubre qui s'effondre dans le 1er arrondissement depuis cinq ans », cingle l'association.

Un protocole... un peu trop protocolaire

Mise au banc des accusés, la ville dément être rester les deux pieds dans le même sabot. Fin 2017, elle avait instigué un plan de bataille en paraphant avec la métropole Aix-Marseille-Provence (AMP) et l'Etat deux conventions relatives à la lutte contre l'habitat indigne et les copropriétés dégradées.

Les deux protocoles portaient essentiellement sur l'ingénierie. Celui relatif à la lutte contre l'habitat indigne était doté d'une enveloppe maigrichonne de 8,8 millions d'euros (Agence nationale de l'habitat : 3,45 M€, AMP : 2,9 M€, ville : 1,5 M€ et EPA Euroméditerranée : 710 000 euros) destinée au financement du dispositif de pilotage des travaux.

Ce dispositif était censé accompagner l'action plus opérationnelle engagée par la ville. Le plan d'éradication de l'habitat insalubre (EHI) piloté par la Sem Marseille Habitat depuis une décennie. Ce travail de fourmi affiche des résultats qui semblent dérisoires au regard de l'ampleur du chantier.

« Sur les 70 immeubles dont elle a récupéré la gestion, Marseille Habitat en a réhabilité 50, soit en direct soit par le truchement des propriétaires privés. Au total, ce sont près d'un demi-millier de logements qui ont été remis à niveau. Et onze immeubles sont en travaux, quand dix autres le seront prochainement », égréne Arlette Fructus, l'adjointe déléguée au logement.

Ambition centre ville après les PRI

La Soleam (société locale d'équipement et d'aménagement de l'aire marseillaise), de son côté, s'est vue confier en 2010 la concession d'aménagement du vaste programme de revitalisation du centre-ville. Successeur des PRI dont les résultats avaient été épinglés par la chambre régionale des comptes, cette opération d'abord baptisée « Grand Centre-Ville » avant d'être renommée « Ambition Centre-Ville » a pour objectif de requalifier une grande partie du tissu bâti dégradé qui maille le cœur de la cité phocéenne. D'ici 2020, la ville espérait la production de 1500 logements neufs (accession, logements étudiants et HLM) et la réhabilitation de 2 000 logements du parc privé. Cette régénération devait s'accompagner de la création d'environ 20 000 mètres carrés d'équipements et locaux d'activité.

Ces objectifs se déclinaient sur un périmètre de 1 000 hectares qui va de Saint-Mauront (3e) à Castellane (6e), englobant les secteurs clefs d'Euroméditerranée et de la Zus (zone urbaine sensible) centre-ville, conventionnée par l'Agence régionale de la rénovation urbaine en 2009. Au total, le territoire englobe 26 quartiers dans lequel la municiaplité a repéré « 35 pôles de projet », des friches ou des îlots d'habitat vétuste qui regroupent 3 400 immeubles, soit un potentiel de 16 000 logements. Et dans le lot, on trouvait de nombreux immeubles restés en souffrance dans les PRI pilotés jusqu'à la fin 2009 par la Sem Marseille Aménagement, sœur aînée de la Soleam.

Lenteur des procédures

Le drame de la rue d'Aubagne vient jeter une ombre sur l'efficacité de l'action engagée. Arlette Fructus met en avant la complexité des procédures.

« Marseille Habitat a mis près de dix ans pour récupérer la pleine propriété de l'immeuble du 63 de la rue d'Aubagne, freiné par la procédure judiciaire engagée par le propriétaire du commerce au rez-de-chaussée. Il a fallu attendre avril 2017 et une déclaration d'utilité publique pour qu'il soit exproprié », se désole l'élue.

Cette lenteur qui a pour fondation la sacralisation du droit de propriété serait l'un des symptômes des difficultés de l'œuvre de régénération. Mais d'autres écueils existent : la mise en œuvre des chantiers de rénovation lourde des immeubles vétustes implique de reloger au préalable les habitants. Des locataires contraints de vivre dans ces conditions indignes faute de dégoter une place dans le parc social. Alors que plus de deux marseillais sur trois sont éligibles à une HLM, le parc de logement social de la cité phocéenne est de 20,3%. Soit à peine un logement sur cinq. Le décalage ralentit évidemment toute opération, même transitoire, de relogement.

Retrouvez prochainement, dans l'édition papier de TPBM, un dossier spécial sur la problématique de l'éradiction de l'habitat indigne à Marseille et dans la région.



William Allaire
Journaliste

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