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Marseille : le logement aux urgences

Les participants de la première journée des Etats généraux du logement à Marseille ont appelé à l’union sacrée pour sortir de la crise du mal logement. Un appel qui révèle la réalité des retards de la deuxième ville du pays.
Première journée des Etats Généraux du logement à Marseille
Robert Poulain - Première journée des Etats Généraux du logement à Marseille

TerritoiresBouches-du-Rhône Publié le ,

Quatre après le drame de rue d’Aubagne, la crise du logement était au coeur des premiers Etats généraux du logement organisés par la ville de Marseille à la friche de la Belle de Mai ce lundi 28 novembre. Devant une assemblée de professionnels et d’acteurs de la chaîne de l’habitat, Benoît Payan a pris des accents graves pour introduire ces deux jours mixant tables-rondes et ateliers.

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« Ce drame du 5 novembre 2018 est la conséquence la plus terrible de l’inertie, du renoncement de la puissance publique qui, année après année, a laissé à Marseille un parc immobilier vétuste, des milliers de logements indécents, indignes, des logements qui mettent en danger au quotidien trop de marseillaises et de marseillais », a lancé le maire de Marseille. Malgré la mobilisation qui s’en est suivie, « cette épée de Damoclès oscille toujours dangereusement au-dessus de nos têtes. Chaque mois, chaque semaine, nous sommes obligés d’évacuer des immeubles », a soupiré l’édile.

Benoit Payan, le maire de Marseille aux Etats Généraux du Logement. (Photo Robert Poulain.)

Logement à Marseille : les clignotants rouges

Le diagnostic reste alarmiste. Invité à prendre la parole après le maire, Christophe Mirmand, le préfet du département a brossé un état des lieux inquiétant de la situation de l’habitat dans la deuxième ville du pays : inflation des prix qui complique l’accès au logement d’une partie de plus en plus grande de la population, parc HLM dégradé et insuffisant en nombre pour répondre la demande, taux de rotation du parc privé quasi frictionnel, parc de logements indignes aux mains d’une armée de marchands de sommeil qui fait son beurre sur la misère des citoyens les plus précaires, production insuffisante, manque d’anticipation dans la mise en place d’une politique foncière, retard dans la planification urbaine... Tous les clignotants sont au rouge selon le représentant de l’Etat. « L’enjeu du logement est le plus grand défi pour les pouvoirs publics », a-t-il résumé.

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100 000 marseillais mal logés

Comment agir ? « On ne peut rester dans cet état de sidération... », a enjoint Emmanuelle Cosse. Pour la présidente de l’Union sociale pour l’habitat (USH), tous les ferments de la crise étaient déjà là lorsqu’elle était ministre du logement en 2016 : « J’avais eu sur mon bureau le rapport Nicol. Et je n’oublie rien des refus de la municipalité d’alors de se saisir des outils que l’Etat était prêt à mobiliser », a-t-elle cinglé. « En 2016, l’ORCOD-IN était sur la table et la municipalité n’a pas bougé... ».

Emmanuel Cosse aux Etats Généraux du Logement à Marseille. (Photo Robert Poulain.)

Six ans, huit victimes et des milliers de délogés plus tard, Marseille reste une ville malade de son mal logement. « 100 000 Marseillais vivent dans un logement potentiellement indécent. 40% vivent sous le seuil de pauverté contre 28% ailleurs. Pour sortir de l’ornière, il faut changer de braquet. Il y a besoin d’une stabilité des engagements publics et d’une union sacrée des acteurs », a estimé la présidente de l’USH. Et d’en appeler à une nouvelle méthode de travail avec la municipalité « qui privilégie une vision d’ensemble... car on n’arrive à rien en en revenant sans cesse sur les projets validés, en avançant permis par permis ... ».

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Car les bailleurs sont dans les starting blocks, « prêts à construire dans Marseille et dans les 91 autres communes de la métropole, y compris et surtout dans les communes carencées ». Pour l’ancienne ministre du logement, « On ne gagnera pas la bataille du logement à Marseille si on ne la gagne pas l’échelle de sa métropole ».

Logement : Marseille ville chère

Les leviers existent. Il suffit de les actionner. « Mais nous ne sommes pas encore en capacité de répondre à l’urgence », a tempèré le préfet. Et de pointer « la baisse de la production » qui atteint ici « des niveaux paroxistiques ». Les chiffres sont cruels : seulement 12 200 logements ont été autorisés dans la métropole Aix-Marseille-Provence en 2021. Et 2 500 dans la seule ville de Marseille contre plus de 5 000 en 2016. Conséquence : les prix du neuf flambent, dépassant les 6 300 euros/mètre carré dans l’aire métropolitaine. Marseille n’échappe pas à la hausse.

Le marché immobilier maintient le cap, mais jusqu’à quand ?

« Elle devient une ville chère. La quatrième plus chère de France », selon Christophe Mirmand. « Sans logements neufs, inutile d’espérer voir avancer les projets de renouvellement urbain », a prévenu le représentant de l’Etat. D’ores et déjà, le bilan 2022 s’annonce sous de mauvais auspices : « le nombre d’agréments de logements sociaux sera encore en déçà des objectif ». Et l’horizon est bardé de cumulonimbus. Des nuages qui ont pour nom augmentation des coûts de construction, hausse des taux d’intérêt... Bref, pas de raison d’être optimiste selon le préfet.

Christophe Mirmand, Préfet de Région aux Etats Généraux du Logement à Marseille. (Photo Robert Poulain.)

Des PLUi plus constructifs ?

Dans ce contexte, la hausse du nombre des logements neufs autorisés dans Marseille au cours des douze derniers mois viendra-t-elle contredire le perssimisme ambiant. « Espérons que ce ne soit pas qu’un sursaut conjoncturel », a imploré Christophe Mirmand. Pour que la reprise soit durable, il faut changer de logiciel et « adopter une stratégie urbaine plus constructive ». Un changement qui passe aux yeux du préfet par la mise en place de plan locaux d’urbanisme intercommunaux (PLUi) moins malthusiens. Et par le vote impérieux du programme local de l’habitat métropolitain (PLH).

Un besoin réel de 6 250 logements
La ville de Marseille souhaite produire 4 500 neufs par an a indiqué Patrick Amico, l’adjoint délégué au logement de la ville de Marseille. Un objectif qui devrait figurer sur la feuille de route du PLH a confirmé David Ytier. Mais qui impliquera un sérieux coup de collier « car la production est en deçà de ce chiffre », a insisté le vice-président d’AMP délégué à l’habitat. Pour changer de braquet, « il faudra faire évoluer le document d’urbanisme ». Et alléger le maquis des régles qui freine la construction. « Tout le monde est d’acord pour construire. Mais les régles s’empilent, plaçant les maires devant des injonctions paradoxales », plaide l’élu salonnais. Autre frein : la pression sur les finances locales. « Pour accueillir de nouveaux habitants, il faut produire de nouveaux équipements. Or, sans taxe d’habitation, les communes se retrouvent aujourd’hui privées des moyens d’être ambitieuses », témoigne David Ytier. Il y a encore loin de la coupe aux lèvres. D’autant que l’objectif de 4 500 logements par an est un minimum. « Pour répondre véritablement aux besoins, il faudrait construire 6 250 logements chaque année », avance Patrick Amico. La marche est donc extrêmement haute. Attendu demain mardi en clôture de ces Etats généraux, le ministre du logement Olivier Klein devra tracer les pistes pour gravir cet Everest marseillais.

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La politique de logements à Marseille


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