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Marseille : après le deuil, le projet urbain du quartier Noailles

Quatre ans après le drame de la rue d’Aubagne, la Ville de Marseille a présenté les grands axes du projet de reconquête urbaine du quartier Noailles : restauration immobilière, logement social, réaménagement d’espaces publics, équipements publics...
Mathilde Chaboche, adjointe à l’urbanisme et au développement harmonieux de la ville de Marseille et Sophie Camard, maire des 1er et 7e arrondissements.
W. Allaire - Mathilde Chaboche, adjointe à l’urbanisme et au développement harmonieux de la ville de Marseille et Sophie Camard, maire des 1er et 7e arrondissements.

UrbanismeBouches-du-Rhône Publié le ,

Quatre ans après le drame de la rue d’Aubagne, « il est temps de sortir de la phase de deuil et de se projeter ensemble pour faire de Noailles un quartier désirable où il fait bon vivre » : face à la presse, ce 25 octobre, aux côtés de Sophie Camard, maire des 1er et 7e arrondissements, Mathilde Chaboche, l’adjointe à l’urbanisme de la ville de Marseille a décrit l’ambition du plan de reconquête urbaine de ce quartier du centre-ville frappé en plein cœur, le 5 novembre 2018. Au delà des huit victimes ensevelies sous les ruines de leur habitation, l’effondrement des deux immeubles de cette artère populaire a révélé l’ampleur du mal logement dans la deuxième ville du pays. Dans la panique qui a suivi la tragédie, 5 000 personnes ont été évacuées et relogées, expulsées de leur logement par les dizaines d’arrêtés de péril pris par les pouvoirs publics.

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170 à 200 signalements par an

Passée l’urgence, le rythme des évacuations se maintient à un niveau relativement soutenu : « A raison de 170 à 200 signalements par an, on recense encore une dizaine d’immeubles évacués chaque mois », révèle Sophie Camard. Derrière la froideur de ces chiffres qui traduisent le mauvais état du bâti, se jouent des drames humains : « Tous les mois, environ 15 ménages sont évacués de leur logement. Sur un an, cela représente plus de 150 ménages. Mais les chiffres se stabilisent », soupire l’édile. Grâce à l’accompagnement déployé par la ville, l’an dernier, 170 ménages délogés ont retrouvé un logement décent dans les parcs privé et social. Et un demi-millier de familles, soit 1 230 personnes, sont relogées par la Ville dans le parc relais mobilisé par Soliha, Adoma et les bailleurs sociaux.

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Pour gérer cette crise larvée, la municipalité a musclé ses équipes. « Auparavant, l’habitat indigne était géré par la direction de prévention et de la gestion des risques, en lien avec les Marins pompiers. Désormais, sous la houlette de Patrick Amico, la municipalité dispose d’une véritable direction de la lutte contre l’habitat indigne », précise Mathilde Chaboche. Ce service ad hoc s’occupe de l’accompagnement social des propriétaires occupants et des locataires. Et il déploie des inspecteurs de la salubrité et des techniciens qui suivent les travaux d’office. « On n’est plus dans la gestion de l’urgence mais dans la mise en œuvre d’une véritable politique publique », insiste l’adjointe.

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Sur l’emprise des 63-65 rue d'Aubagne, décor du drame, la Ville de Marseille a fait inscrire au PLUi un pré-emplacement réservé pour développer un équipement public. (Crédit : Mathilde Colin)

Maîtrise foncière

Aux abords du site, la crainte de l’effet domino a entraîné l’évacuation d’une dizaine d’immeubles de la rue d’Aubagne. Dans la foulée, les pouvoirs publics se sont attelés au travail de maîtrise foncière, une mission compliquée confiée à l’Etablissement public foncier (EPF) de Provence-Alpes-Côte-d’Azur. L’instrument a acquis à l’amiable 80 % des immeubles situés entre les numéros 69 et 83 de la rue. Déclarés inhabitables, ces derniers sont aujourd’hui vacants. « Il ne reste plus que deux dossiers devant le juge chargé des expropriations. On attend les jugements », affirme Sophie Camard. La ville a préparé la suite en instaurant un secteur de mixité sociale pour tout ce quartier dans la deuxième modification du plan local d’urbanisme intercommunal (PLUi). « Ce dispositif impose la réalisation de 70 % de logements locatifs sociaux dans tout le périmètre », précise Mathilde Chaboche.

Pour accélérer, la maire des 1er et 7e arrondissements aimerait simplifier le millefeuille administratif en récupérant le droit de préemption aujourd’hui dans les mains de la métropole Aix-Marseille Provence. « Actuellement, toute préemption implique des allers-retours entre services qui ralentissent l’avancement des opérations. Si on gérait en direct, cela irait plus vite... », râle Sophie Camard. « On aurait également une veille foncière plus active sur les îlots », renchérit l’adjointe à l’urbanisme. Un rôle de vigie qui permettrait à la Ville « de poser les jalons d’une vraie stratégie foncière opérationnelle ».

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Un îlot prioritaire du PPA

Noailles est l’un des cinq secteurs prioritaires du projet partenarial d’aménagement (PPA), vaste arsenal curatif déployé par l’Etat et les collectivités en 2019 sur les 1 000 hectares du centre-ville. Une ilot démonstrateur au chevet duquel va se pencher la société publique locale d’aménagement d’intérêt national (SPLA-IN). « Lors du prochain conseil municipal, on votera la cession d’une trentaine d’immeubles à la SPLA-IN », précise l’adjointe. Et le 15 décembre la métropole Aix-Marseille Provence lui confiera la concession d’aménagement sur l’ensemble du quartier.

Sans attendre ce sésame administratif, la SPLA-IN a commencé son travail de terrain en organisant des permanences pour aiguiller les propriétaires dans le maquis des aides publiques. « Il s’agit de simplifier les procédures. La SPLA-IN centralise les dossiers de demande de subventions auprès de l’agence nationale de l’habitat (ANAH) », explique Sophie Camard. Cet accompagnement technique s’avère indispensable car la puissance publique ne pourra pas porter toute l’œuvre de rénovation immobilière. « L’engagement des propriétaires privés est indispensable », rappelle Mathilde Chaboche. Leur mobilisation constitue un enjeu clef de la réussite du PPA. Dans le cas des copropriétés, il faudra obtenir l’accord majoritaire des syndicats, en démêlant l’écheveau qui croise petits propriétaires occupants, propriétaires impécunieux, bailleurs, marchands de sommeil, SCI, héritiers... Le tout dans un contexte de fébrilité juridique post 5 novembre 2018. « Il est par exemple difficile de trouver des assureurs acceptant de couvrir les copropriétés de la rue d’Aubagne », relate Sophie Camard.

Eviter la tabula rasa

Ausculté par les experts du centre scientifique et technique du bâtiment (CSTB), l’état du bâti ne présente plus de péril grave et imminent. Les immeubles des numéros 69 et 71 qui jouxtent le site des effondrements avaient ainsi été frappés d’arrêtés de déconstruction. « Après la réalisation de travaux d’urgence, le CSTB a autorisé la levée de ces arrêtés », ajoute l’édile des 1er et 7e arrondissements. Cette lueur d’espoir vient conforter la municipalité dans sa volonté de privilégier la reconstruction à la tabula rasa. « On est dans un secteur classé “Site Patrimonial Remarquable“ (SPR) qui impose de respecter au maximum le patrimoine bâti », souligne l’adjointe à l’urbanisme.

Pour le parc immobilier de la rue sous maîtrise publique, l’échéancier est fixé. « Une fois la maîtrise foncière bouclée, on lancera des études de programmation. La SPLA-IN, de son côté, lancera un appel à manifestation d’intérêt (AMI) auprès des bailleurs sociaux », déroule Sophie Camard.

Sur l’emprise des 63-65, décor du drame, la Ville a fait inscrire au PLUi un pré-emplacement réservé pour développer un équipement public. « La contribution citoyenne a fait émerger l’envie de conserver les traces du passé sans pour autant créer un sanctuaire. Le temps a fait son office. Il y a une volonté de faire revenir la vie », décrypte l’élue du 1er secteur. Le 20 novembre, acteurs publics, habitants et associations sont invités à esquisser la programmation du projet lors d’un atelier participatif. Ce rendez-vous qui a pour mot d’ordre « Noailles Autrement » bénéficiera du soutien de la Fondation de France.

La ville va racheter le théâtre Mazenod

A l’échelle de Noailles, la ville compte déployer un maillage d’équipements publics. « Il s’agit de remettre du commun dans le quartier », résume Mathilde Chaboche. La Ville va ainsi racheter au diocèse le théâtre Mazenod, dont l’écrin est celui d’une ancienne église désacralisée nichée en haut de la rue d’Aubagne. « Un marchand de biens s’était positionné pour acquérir le bâtiment auprès du diocèse. Nous avons décidé de préempter », avance l’adjointe. La destination future du lieu n’est pas encore arrêtée. « Différentes options sont à l’étude : culture ? sport ? Mais ce sera un équipement public », martèle l’élue.

A deux pas de l’ancienne église, un autre écrin attend de connaître son futur : le domaine Ventre. Cet ancien lieu spécialisé dans le travail du bois est enserré dans la trame bâtie du quartier. « On souhaite installer une maison pour tous dans le bâtiment abandonné au centre du domaine », indique Mathilde Chaboche. Le projet implique que la copropriété voisine accepte d’aménager un accès pour les services de secours. « On avait pensé scinder le site. Mais il suffit que la copropriété réalise quelques travaux », ajoute l’adjointe. Les discussions se poursuivent...

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« On souhaite installer une maison pour tous dans le bâtiment abandonné au centre du domaine Ventre », indique Mathilde Chaboche. (Crédit : Mathilde Colin)

Piétonnisation du quartier Noailles

Dernière pièce de cette reconquête : l’espace public. « Il faut sortir du coup par coup qui a longtemps fait office de stratégie. Le quartier a besoin de retrouver un vrai contour », pose Sophie Camard. Cette ambition passe par la piétonnisation. Début 2023, huit bornes barrant l’accès aux véhicules seront déployées dans un quadrilatère entre la rue Papère, le marché des Capucins, la rue d’Aubagne et la placette du 5 novembre. « On souhaite faire de Noailles un quartier vitrine de la résilience sociale et climatique », résume, lyrique, Mathilde Chaboche.

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La piétonnisation sera le prélude au retour du végétal dans un centre ville très minéralisé. Avec seulement 1,8 m2 d’espace vert par habitant, le cœur de Marseille est un creuset d’îlots de chaleur urbain. Loin du ratio de 12 m2 prescrit par l’organisation mondiale de la santé (OMS). Une étude réalisée en 2017 montrait que le mercure sur le pavé de Noailles grimpait jusqu’à 60° l’été. « Si on ne fait rien, ce sera 90° en 2050 », alerte l’adjointe. Pour éviter de transformer l’espace public en cocotte minute, il faut donc planifier le retour de la nature en ville. Un cœur, certes. Mais entouré de poumons verts...

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