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Marseille : 550 millions d'euros pour lutter contre le logement indigne

Mathilde Chaboche, adjointe de la Ville de Marseille, et David Ytier, vice-président de la Métropole AMP, évoquent les détails du projet partenarial d'aménagement mis en place pour lutter contre le logement indigne dans le centre-ville de Marseille.
Marseille : 550 millions d'euros pour lutter contre le logement indigne
Frédéric Delmonte - Le logement insalubre dans le centre-ville de Marseille fait l'objet d'un plan Marshall.

UrbanismeBouches-du-Rhône Publié le , Propos recueillis par William ALLAIRE

Un tandem en première ligne dans la lutte contre l’habitat indigne dans le centre de Marseille. Depuis plus d’un an, Mathilde Chaboche, adjointe à l’urbanisme et au développement harmonieux de la Ville de Marseille et David Ytier, vice-président de la Métropole Aix-Marseille Provence (AMP) délégué au logement et à l’habitat indigne, assurent le co-pilotage du projet partenarial d’aménagement (PPA), le grand plan Marshall mis en place par l’Etat, les collectivités et les partenaires de la chaîne du logement pour s’attaquer au chantier herculéen de l’éradication des taudis dans les 1 000 ha de l’hypercentre de la deuxième ville du pays. Un arsenal dont la ministre du Logement, Emmanuelle Wargon est venue vérifier la mise en orbite ce 31 janvier à Marseille. Un comité de pilotage où les partenaires du PPA ont dévoilé sa feuille de route.

Au lendemain de cette étape clef, les deux élus ont accepté de venir dans les locaux de notre journal pour présenter le calendrier de la première phase de cette opération de régénération urbaine dont l’ampleur n’a d’égale que la complexité. Propos choisis.

Quatre îlots démonstrateurs

David Ytier: « La feuille de route du PPA s’inscrit dans la durée, sur le temps long. On a défini une première phase à quatre-cinq ans selon deux axes : l’habitat et les équipements publics. L’intervention sur le logement sera centrée sur les quatre îlots démonstrateurs. Au sein de ces périmètres, il s’agira de tester la méthode de renouvellement urbain appelée à être étendue demain à tout le périmètre du PPA. On partira des outils existant comme l’OPAH-RU qui sera prolongée. Et la SPLA-IN entrera en action en missionnant des équipes pour intervenir sur le bâti. La société mettra en place un référent pour chaque immeuble. Ces personnes ressources iront voir dans chaque copropriété pour comprendre les raisons pour lesquelles les travaux d’entretien et de rénovation ne sont pas réalisés. Ces référents suivront les assemblées générales de copropriété afin évidemment de prévenir les dérives éventuelles, mais surtout d’accompagner les copropriétaires dans le montage des dossiers de financement des travaux sur les parties privatives. L’arsenal des aides est important. On aidera les propriétaires à les mobiliser. Cet engagement des propriétaires est crucial car la puissance publique ne pourra pas tout traiter. 70 % des immeubles du centre-ville resteront dans le giron de la sphère privée. Les 30% restants sont les points durs : ce sont les immeubles détenus par des propriétaires impécunieux ou non vertueux. Pour ceux-là, nous irons chercher l’argent de l’Anru [Agence nationale pour la rénovation urbaine, NDLR] et mobiliserons les procédures lourdes comme les déclarations d’utilité publique (DUP). Grâce à ces épées de Damoclès juridiques on pourra préempter des biens pour les rénover. De premières DUP sont lancées. D’autres sont sur le point de l’être. C’est un processus de longue haleine qui prendra trois à quatre ans... »

Soixante-sept immeubles pour le relogement dans le diffus

David Ytier : « Toute cette politique de rénovation immobilière est conditionnée par le relogement. La majorité des immeubles dégradés du centre-ville sont occupés. Pour les remettre à niveau, il faudra reloger les habitants. Cela passe par une stratégie de recyclage foncier multisites. C’est là qu’entrera en action un cinquième îlot. Ce "5e élément" regroupe 67 immeubles disséminés dans le diffus qui représentent un gisement de quelque 350 logements. Ce sont des adresses identifiées pour leur insalubrité qui sont aujourd’hui maîtrisées par des acteurs publics : l’établissement public foncier régional (EPF Paca), les concessionnaires d’opérations de résorption de l’habitat insalubre (RHI), etc. Ces immeubles vacants vont être rapidement restructurés avec des financements de l’Anru et de l’Anah [Agence nationale de l'habitat, NDLR] afin de permettre de reloger les occupants des autres îlots dégradés nécessitant des travaux de rénovation lourde. »

Mathilde Chaboche et David Ytier ont accepté de venir dans les locaux de notre journal pour présenter le calendrier de la première phase de cette opération de régénération urbaine. (Crédit : R. Poulain)

Un gisement de 1 200 logements

David Ytier : « La première phase du PPA concerne 181 immeubles : 116 dans les quatre îlots démonstrateurs plus les 67 du "5e élément" dans le diffus. Un gisement foncier qui représente un potentiel de 1 100 à 1 200 logements à l’horizon 2025/26. Leur réhabilitation devrait mobiliser une enveloppe de 200 millions d’euros HT. Un engagement qui sera inscrit dans le dossier que nous présenterons au comité d’engagement de l’Anru début mars. Nous solliciterons une participation de l’agence à hauteur de 135 millions d’euros. Le solde sera pris en charge essentiellement par les aides de l’Anah. Il servira à accompagner les propriétaires privés.

D’ici cet été, l’EPA Euroméditerranée et la Métropole confieront des concessions d’aménagement à la SPLA-IN pour lui permettre d’entrer en action sur ces cinq îlots [chaque îlot fera l’objet d’une concession, NDLR]. Dès la signature des premiers contrats, la société sera musclée avec le recrutement d’une quarantaine de techniciens et d’experts afin d’assurer sa mission de portage foncier et de maîtrise d’ouvrage. Et en amont, la SPLA-IN lancera les premiers marchés de travaux. Cette accélération bouscule le cadre de l’orthodoxie budgétaire : on est sur une ligne de crête avec des dépenses qui anticipent les recettes. C’est la seule solution pour faire bouger les lignes. En restant arc-bouté sur un calendrier où les dépenses ne s’engagent que s’il y a des recettes en face, on risque de ne pas avancer. Ou, à tout le moins, d’avancer trop lentement compte tenu des enjeux. Dans cette démarche qui déverrouille le système, nous avons la chance d’être soutenus par Emmanuelle Wargon. Elle nous l’a rappelé hier lors du comité de pilotage. »

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Laboratoire à ciel ouvert

Mathilde Chaboche : « Le PPA est un laboratoire à ciel ouvert. Nous allons y expérimenter des solutions qui pourront ensuite être dupliquées ailleurs. Il ne s’agira pas de réinventer la roue mais de mobiliser l’ingénierie indispensable pour s’attaquer à ce défi immense de l’éradication de l’habitat indigne. Nous avons mis en place un comité scientifique pour réfléchir à tous les aspects du projet. Sans tabou. Oui, c’est compliqué. Mais si l’on parvient à sortir le centre-ville de l’ornière, Marseille pourra être fière de son engagement. Pour mener ce plan de bataille, il nous fallait une machine de guerre : ce sera la SPLA-IN. Elle travaillera avec tous les intervenants dans une approche transversale : foncière, financière, patrimoniale, architecturale, urbanistique, etc. Je sais que l’ensemble des acteurs de la fabrique de la ville, les opérateurs privés, les architectes, les urbanistes, les bailleurs sociaux... sont prêts à nous accompagner. Si le centre-ville redevient attractif, in fine, chacun y gagnera. Il faut assumer l’audace du projet. La réhabilitation du cœur de la deuxième ville du pays est un enjeu national. L’objectif est tellement hors norme que chacun aura envie d’y apporter sa pierre. »

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200 M€ pour les équipements publics

Mathilde Chaboche : « La Ville a établi la liste de la quarantaine d’équipements qu’elle s’engage à réaliser dans le périmètre du PPA. Ce plan sera à la fois dans une logique de rattrapage, comme dans le cas des équipements scolaires, que dans le déploiement d’ouvrages constitutifs de la vie quotidienne d’une ville : des stades, des gymnases, des bibliothèques, etc. Son coût est estimé à 200 millions d’euros que nous espérons voir financé aux trois-quarts par l’Anru (146 M€). Tous ces équipements seront inscrits à la programmation du plan pluriannuel d'investissements (PPI) que nous voterons au mois d’avril. »

550 M€ d’aides publiques pour la phase 1 du PPA

David Ytier : « En additionnant les interventions sur l’habitat, les équipements publics et les copropriétés dégradées, on arrive à un montant d’engagement de 550 millions HT pour la première phase du PPA. Un investissement qui devrait être pris en charge aux deux-tiers par l’Anru au titre la solidarité nationale (360 M€). Le solde (190 M€) sera apporté par les collectivités locales. Il s’agit d’un effort colossal. »

Lire notre compte rendu complet de ces échanges de le n°1430 de TPBM à paraître le 16 février 2022. Cliquez ici pour plus d'informations sur nos offres d'abonnement, à partir de 20 €/an.
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