AccueilTerritoiresLionel Royer-Perreaut : « La fin des territoires relève du bricolage »

Lionel Royer-Perreaut : « La fin des territoires relève du bricolage »

Elu député de la 6e circonscription des Bouches-du-Rhône sous la casaque Renaissance (ex LREM), Lionel Royer-Perreaut a dû abandonner son mandat de maire du 5e secteur de Marseille et les présidences de 13 Habitat et de la Soleam.
Lionel Royer-Perreaut est député des Bouches-du-Rhône.
Robert Poulain - Lionel Royer-Perreaut est député des Bouches-du-Rhône.

Territoires Publié le , Propos recueillis par William ALLAIRE et Frédéric DELMONTE

TPBM : A peine élu au palais Bourbon, vous avez intégré la Délégation aux collectivités territoriales et à la décentralisation. Pourquoi ce choix ?

Lionel Royer-Perreaut : Cette délégation créée lors de la précédente mandature se saisit de tous les sujets en lien avec les collectivités territoriales. Elle met également en place des missions "flash" sur les questions relatives aux finances locales ou à l’organisation des collectivités comme à l’occasion de la préparation du projet de loi 3DS. Il ne s’agit évidemment pas de concurrencer le Sénat qui reste la chambre des collectivités mais de compléter son travail.

L’actualité de cet été est justement marquée par l’entrée en vigueur de la loi 3DS qui a notamment supprimé l’échelon des conseils de territoire de la métropole Aix-Marseille-Provence. Une mesure dénoncée par de nombreux maires. Et par vous ?

La fin des territoires relève du bricolage. On ne peut pas assoir l’organisation institutionnelle d’Aix-Marseille sur un texte rédigé à la hussarde dans un contexte préélectoral. Le volet marseillais de la loi est le produit d’un accord politique boiteux plutôt que d’une réflexion de fond sur la nécessaire réforme. La loi 3DS apporte quand même des améliorations. Je pense en particulier au droit à la différenciation qui acte le fait que l’organisation institutionnelle ne peut pas être la même partout. Toutes les zones urbaines ne sont pas confrontées aux mêmes enjeux. Le principe de la différenciation va donc dans le bon sens même si ce n’est pas le droit à l’expérimentation.

Le fait métropolitain est pourtant une réalité.

Il y a un consensus pour partager l’ambition métropolitaine pour combler les retards en matière de mobilité ou de développement économique. Mais il manque un esprit métropolitain. La métropole Aix-Marseille-Provence (AMP) et son territoire XXL existent depuis plus de cinq ans... et on n’a toujours pas réussi à définir l’intérêt métropolitain. Donnons-nous du temps ! On n’est plus à trois mois près. Alléger le millefeuille est indispensable. Mais il faut que cette réforme soit pérenne pour éviter ce yoyo incessant qui nuit à la continuité des politiques publiques. On ne peut pas dire aux agents de la Ville de Marseille qu’ils vont changer de statut en passant dans le giron métropolitain et puis cinq ans plus tard leur dire qu’ils vont repartir à la Ville.

Etes-vous favorable à la fusion métropole/département ?

Non. Il vaudrait mieux étoiler les compétences vers les collectivités en fonction de leur rôle de chef de file. Les grandes politiques publiques comme l’aménagement du territoire, l’environnement, l’économie, les transports... nécessitent une vision à grande échelle. Les politiques de proximité en revanche doivent rester ou redescendre dans le giron communal. Car les maires "canada dry", ça ne marche pas ! Je vais plus loin : à Paris, Lyon et Marseille, les maires d’arrondissement devraient avoir plus de pouvoirs qu’aujourd’hui. Cela impliquerait de revoir la loi PLM. Mais ne nous berçons pas d’illusion : le sujet ne se limite pas aux institutions. Imaginer que le transfert de la voirie ou de la propreté de la métropole à la mairie centrale réglera tous les problèmes est une chimère !

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Vous allez quitter la présidence de la Soleam. Comment voyez-vous son futur ?

Avec la Scet et les collaborateurs, nous avons organisé une série d’ateliers de réflexion pour conforter son positionnement central et stratégique à l’échelle d’AMP, voire au-delà. Il faut plus de souplesse et d’agilité. Aujourd’hui, quand la Soleam veut travailler à Roquefort-la-Bédoule, elle doit faire sortir une commune de son capital pour permettre à Roquefort d’y entrer afin d’avoir le droit d’y intervenir. Le statut in house a des avantages mais il est rigide. Dans un monde hyper concurrentiel on ne peut pas fonctionner comme ça. La Soleam a des compétences et une expertise avérées, qu’elle est prête à mettre au service de la résilience des villes.

Quid de 13 Habitat ?

La maison a été remise dans le droit chemin après les critiques émises par l’Ancols (Agence nationale de contrôle du logement social). Les attributions sont désormais transparentes ; le service de la commande publique été professionnalisé ; nous avons réduit la voilure des agences et augmenté le taux de recouvrement des impayés ; enfin, j’ai réglé le contentieux avec l’ancien directeur général [Bernard Escalle qui contestait son licenciement effectué sous le mandat de Christophe Masse, NDLR]. J’ai un regret : ne pas avoir pu terminer la réforme du métier de gardien d’immeuble qui a été stoppée nette par la crise sanitaire.

13 Habitat démolit le Saint-Norbert à Salon-de-Provence

La production reste en souffrance...

En six ans, nous avons produit 2 200 logements sans procéder à d’augmentation des loyers, grâce au soutien du département. C’est moins que prévu mais plutôt satisfaisant compte tenu des vents contraires qui soufflent depuis trois ans. Et la situation ne s’arrange pas avec la flambée des coûts de construction et la hausse du taux du livret A. Mais je ne crois plus aux grandes annonces. Arrêtons de fixer des objectifs inatteignables et des injonctions paradoxales. Je doute que l’on parvienne à respecter l’objectif du programme de renouvellement urbain qui vise à démolir 4 000 logements à Marseille. A Salon, il nous a fallu plus de six ans pour raser les 200 logements de la résidence Saint-Norbert. Et comment construire plus quand on nous impose le zéro artificialisation nette (Zan) ? Levons plutôt les verrous en replaçant le maire au centre de la politique du logement. Il pourrait par exemple récupérer la gestion d’une partie du contingent Dalo.

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