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Hugues Parant, directeur général d'Euroméditerranée "Les réserves foncières d'Euroméditerranée nous laissent des marges pour agir"

Bouches-du-Rhône le - - Territoires

"Les réserves foncières d'Euroméditerranée nous laissent des marges pour agir"
C. Moirenc - Hugues Parant, directeur général d'Euroméditerranée.

L'établissement public d'aménagement Euroméditerranée (EPAEM) poursuit son oeuvre de régénération urbaine de la zone arrière-portuaire de Marseille. Au sortir des deux mois de confinement, l'EPAEM entend mettre les bouchées doubles pour se poser en moteur de la relance. Une ambition qui sera déclinée à travers une charte soumise au conseil d'administration cet automne. Une feuille de route qui aura pour décor principal les 169 ha de l'extension septentrionale de l'opération d'intérêt national (OIN). Explications avec Hugues Parant, directeur général de l'EPAEM.

TPBM : Quel impact la crise sanitaire a-t-elle eu sur Euroméditerranée ?
Hugues Parant : En vingt-cinq ans, Euroméditerranée a posé des marqueurs longtemps restés dans l'ombre mais qui ont été mis en lumière par la crise sanitaire : la présence de la nature au cœur des îlots, les espaces partagés, les logements traversants dotés d'espaces extérieurs, les tiers lieux, les parcs urbains... Les deux mois de confinement sont venus souligner l'importance de cette stratégie d'aménagement durable adaptée au climat méditerranéen. Les nouvelles aspirations sociétales qui étaient sous-jacentes dans notre réflexion sur le développement des 169 hectares de l'Ecocité Euromed' II sont aujourd'hui légitimées.

Prenez le télétravail : sa généralisation imposée par le confinement a modifié notre rapport au bureau. Les outils numériques permettent désormais de travailler à distance. Le bureau va devenir un lieu où le salarié se rend pour des raisons précises, pas simplement parce que c'est la routine... Avec la visioconférence on peut toucher des gens que l'on croyait inaccessibles. C'est ce que nous avons expérimenté entre le 12 mars et le 11 mai au sein de l'établissement public en organisant des réunions Zoom ou Skype avec des personnalités expertes de l'aménagement et de la ville. Cette culture de l'échange renforce notre capacité d'innovation. Elle fait bouger nos lignes en matière de mobilité, de taille de bureaux ou de logements. On réfléchit à une réorganisation des horaires de travail. Cette question des temps de la ville est cruciale. Nous réfléchissons également à l'utilisation des toits des bâtiments. Vous avez là des espaces extérieurs qui ne sont pas exploités et dont l'utilité sociale a été mise en exergue par la crise sanitaire. Notre réflexion sera prochainement traduite dans un plan guide des toits. Enfin, les espaces capables en pied d'immeubles vont devenir la norme. Des espaces fluides, modulables, ouverts sur la ville où l'on pourra à la fois venir travailler, faire ses courses, se divertir, à pied ou en vélo...

Quelle part l'OIN compte-t-elle prendre dans le plan de relance gouvernemental ?
Nous avons envoyé notre copie à l'État et aux collectivités partenaires de l'opération (région Provence-Alpes Côte d'Azur, conseil départemental des Bouches-du-Rhône, métropole Aix-Marseille-Provence et mairie de Marseille). Nous allons tout mettre en oeuvre pour tenir les délais fixés avant le confinement. D'ici la fin 2021, 558 millions d'euros seront engagés dans des projets publics et privés inscrits dans le périmètre de l'OIN. Un quart de cette somme (148 M€) sera injecté par l'EPA dans des opérations d'aménagement d'espaces publics ou de requalification d'axes structurants comme le boulevard Gèze et la rue de Lyon. Le solde (410 M€) sera investi par des opérateurs privés dans des programmes de bureaux ou de logements : la résidence Adoma des Crottes, l'îlot Hoche Caire, la Porte Bleue (Constructa), le 2ème Elément (Quartus), Marsiho (Vinci Immobilier), etc. La porte d'Aix sera l'épicentre de plusieurs opérations appelées à être livrées à l'horizon 2023 : l'Institut méditerranéen de la ville et des territoires (IMVT), l'hôtel Toyoko Inn 2, l'immeuble de bureau Adriana (9 600 m2 de surface de plancher) développé par Cogedim, sans oublier l'îlot sur le parc, autre programme de Cogedim où seront expérimentées des formes bâties alternatives et de nouveaux usages citadins avec des tiers lieux, des jardins partagés, des espaces d'activités collaboratifs ouverts à tous, etc. De notre côté, une fois que le gros oeuvre du projet immobilier de Cogedim sera réalisé, nous aménagerons la seconde tranche du parc qui irriguera ce nouveau campus urbain. Fin 2023, tous ces projets achèveront la restauration complète de ce quartier jadis asphyxié par le terminus de l'autoroute.

L'an prochain, marquera également le lancement d'importants projets sur Euromed II comme le nouveau siège régional de RTE ou Smartseille 2 (Eiffage) et les premiers programmes de logements des Fabriques (Bouygues Immobilier et Linkcity).

La liste de ces opérations n'est pas exhaustive car le projet peut être amendé, amplifié. Notre faible endettement et nos réserves foncières nous laissent des marges pour agir. Et même si Bercy veille au grain, la dynamique de l'OIN sécurise les partenaires publics et privés sur les enjeux de financement. L'effet levier joue à plein : un million d'euros investi par Euroméditerranée génère jusqu'à 12 millions d'investissements privés.

L'industrie, le tourisme dépendent de la conjoncture mondiale, alors que le BTP constitue un formidable moteur de relance de l'économie locale. Nous pouvons actionner ce booster sur le périmètre de l'opération. Nous sommes garants d'une qualité urbaine et environnementale, de la présence d'équipements, de transports publics... Nous bénéficions également d'un consensus des collectivités locales et de l'État, avec une visibilité sur dix ans. Autant de garanties qui comptent pour un investisseur.

Quid d'Euromed II ?
Cet automne, nous présenterons au conseil d'administration de l'établissement public une charte qui fixera les grandes orientations de l'extension de l'OIN. Cette feuille de route sera déclinée en référentiels qui formeront l'armature des appels à projets que nous serons amenés à lancer sur les 169 hectares de l'Ecocité. L'idée est la suivante : « Vous venez chez nous ? » : « Voilà le projet ! ». On dressera la liste des prérequis que nous souhaitons voir mis en oeuvre sur le périmètre : la nature en ville, la notion de « quartier-village » structuré autour d'un rayon d'un kilomètre avec des services accessibles à pied, en vélo ou en transports collectifs. Dans le sillage de la manufacture collaborative « Ici Marseille », il s'agira également de poursuivre l'expérimentation de l'urbanisme transitoire que nous avons instiguée l'an dernier avec l'appel à projets « MOVE » (Massilia Open Village Experience) sur d'autres friches du quartier des Crottes comme les anciennes usines Kaïs et Romieu. En favorisant l'éclosion de projets innovants présentant une réelle plus-value économique, sociale, culturelle ou environnementale pour ces quartiers en déshérence, l'objectif est de préfigurer des usages et des activités qui pourraient prendre place dans les futures opérations immobilières. Cette dynamique inclusive doit permettre de faire émerger de nouvelles pratiques urbaines qui participeront au désenclavement et à l'interaction avec le reste de la ville.

Je crois beaucoup en ce concept qui à l'avenir conditionnera notre stratégie foncière. Notre devise, « la vie fait la ville », peut être complétée par « la vie avant la ville ». La stratégie de la table rase en attendant qu'émerge un projet urbain n'est plus la solution. Je crois en cette sédimentation de projets par des créateurs, startuppers, artisans, etc., inscrits dans le territoire. Cette démarche de recyclage foncier se déclinera aussi par la création de différentes plates-formes : il faudra par exemple que nous mettions en place une base pour le retraitement des terres de déblai du futur parc des Aygalades et une autre pour le traitement de la terre crue.

Nous allons par ailleurs amplifier la réduction de l'empreinte carbone avec le déploiement des deux boucles de thalassothermie et de centrales photovoltaïques qui doivent permettre d'atteindre 70% d'énergies renouvelables dans notre mix énergétique.

La charte rendra possible de nouvelles relations économiques centrées sur les notions de récupération, de réparation, de partage.

Nous souhaitons enfin promouvoir l'utilisation de matériaux géo-sourcés, travailler sur la conception d'immeubles rafraîchis le plus naturellement possible, sans recours à des technologies sophistiquées, réfléchir à un schéma de mobilités douces, parier sur la mixité des usages et des populations avec des projets intergénérationnels...

La crise sanitaire a eu un impact sur notre rapport au travail. Comment allez-vous intégrer cette nouvelle donne dans votre démarche de production d'offre tertiaire ?
Marseille connaît un taux de vacance des bureaux extrêmement bas : de l'ordre de 1,5%. Le manque d'offre fait que la ville est plutôt sous la menace d'une bulle locative. Cette situation tend à relativiser les discours alarmistes sur la désertification des locaux. Reste que je crois à une évolution du rapport au bureau : la crise sanitaire va accélérer la mutation avec l'émergence de tiers lieux offrant une large palette servicielle. Je souhaite qu'Euromed II soit la vitrine de ce changement sociétal avec la création d'escales de travail en pied d'immeubles. Nous exigerons des promoteurs de prévoir des rez-de-chaussée et des toits pouvant accueillir des activités partagées, à portée de marche ou de vélo. Cette capillarité travail/habitat/services est le ferment de la ville du futur. Chacun pourra venir se « plugger » avec son ordinateur pour travailler dans des espaces installés au pied des programmes résidentiels. Demain, il y aura toujours autant, sinon plus de bureaux. Mais ce seront des espaces collaboratifs ouverts et non plus des locaux fonctionnant en vase clos. Le bureau sera une escale, non plus une destination figée, immuable. Cette fluidité est le ferment de la ville du kilomètre, cette ville où l'espace et le temps font à nouveau cause commune.

L'EPA Euroméditerranée est impliqué dans la toute nouvelle société publique locale d'aménagement d'intérêt national (SPLA-IN) mise en place pour éradiquer l'habitat indigne dans le centre-ville de Marseille. Quel va être son rôle ?
L'établissement public porte la part de l'Etat au capital de la société [l'Etat détient 35% du capital, derrière la métropole Aix-Marseille-Provence actionnaire majoritaire avec 59% des parts et devant la Ville de Marseille 6%, NDLR]. Cette présence va nous permettre d'agir sans attendre sur l'îlot Hoche-Versailles, l'un des quatre sites prioritaires du projet partenarial d'aménagement (PPA) inscrit dans le périmètre de l'OIN. La SPLA-IN sera chargée d'acquérir les immeubles dégradés du parc privé afin de permettre leur réhabilitation.




William Allaire
Journaliste

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