AccueilTerritoiresLe Laboratoire mécanismes d’accidents met de la science dans la mobilité

Le Laboratoire mécanismes d’accidents met de la science dans la mobilité

Implanté à Salon-de-Provence, le LMA (Laboratoire mécanismes d’accidents) a pour mission d’étudier, comprendre et expliquer les causes d’accidents et la part qu’ont pu jouer l’être humain, le véhicule ou l’environnement pour qu’ils se produisent.
Grâce à son simulateur voiture, le LMA peut recueillir et analyser une multitude de données, même sur les effets de l’alcool au volant.
J.-C. Barla - Grâce à son simulateur voiture, le LMA peut recueillir et analyser une multitude de données, même sur les effets de l’alcool au volant.

TerritoiresBouches-du-Rhône Publié le ,

Sur la Métropole Aix-Marseille Provence, aucune journée ne s’écoule sans qu’un accident ne vienne entraver la circulation automobile. Heureusement, la grande majorité se limite à des dégâts matériels. Mais lorsqu’un accident corporel survient, dans un rayon d’une quinzaine de kilomètres autour de Salon-de-Provence, les secours et la police ne sont pas les seuls à se déplacer en urgence. Des experts du Laboratoire mécanismes d’accidents (LMA) de Salonsont alertés parallèlement aux pompiers et peuvent se dépêcher sur place pour analyser tous les éléments susceptibles d’en expliquer la cause et l’ampleur, qu’ils proviennent du conducteur et de ses passagers, du véhicule ou de l’environnement (qualité de la route, visibilité, météo, signalétique, présence de commerces, éclairage…). Cette équipe de terrain associe un psychologue pour entendre les personnes impliquées et un technicien pour évaluer les traces sur le bitume, les positions des véhicules, l’aménagement de la chaussée et de ses abords, l’état des ouvrages…


Anciennement IFSTTAR (Institut français des sciences et technologies des transports, de l’aménagement et des réseaux), le LMA relève désormais de l’université Gustave-Eiffel, née de la fusion le 1er janvier 2020 de l’IFSTTAR et de sa trentaine de laboratoires avec l'université
Paris-Est de Marne-la-Vallée et quatre écoles d’ingénieurs en France. Une particularité qui en fait à titre d’expérimentation la 1ère université nationale. « Nous travaillons en complémentarité avec les universités territoriales dont Aix-Marseille Université [l’université Gustave-Eiffel partage notamment avec AMU l’unité mixte de recherche LBA à Marseille, Laboratoire de biomécanique appliquée, au sein de la faculté de médecine, NDLR] sur toutes les questions relatives à la transformation de la ville et aux mobilités », indique la directrice, Frédérique Hernandez, chercheuse en aménagement et urbanisme. « Les spécificités de chaque laboratoire (trafic, accidentologie, biomécanique, ouvrages…) sont mobilisées sur la sécurité routière en général et sur l’une ou l’autre de ses phases : primaire qui porte sur toutes les actions mises en œuvre pour éviter l’accident, secondaire pour protéger au maximum durant le choc, par exemple airbags, ceintures de sécurité, et tertiaire, pour prendre en charge le plus rapidement possible les blessés de l’accident, pour réparer et éviter qu’il se reproduise à l’avenir », explique Thierry Serre, directeur adjoint et chercheur.

Frédérique Hernandez, directrice du LMA, et Thierry Serre, directeur adjoint, combinent leurs expertises pour faire avancer les connaissances sur les mobilités. (Crédit photo : J.-C. Barla)

Combinaison de raretés

Lorsqu’il réalise des « études détaillées d’accidents » (plus de 1 200 depuis 1992, une étude pouvant compter une centaine de pages), le LMA n’a pas vocation à rechercher les responsabilités, ce qui appartient à la police ou la gendarmerie.

« Notre laboratoire se caractérise par une recherche qualitative sur les phénomènes d’accidents, c’est-à-dire étudier ce qui s’est produit précisément et toutes les interactions entre hommes, véhicules et environnement, poursuit Frédérique Hernandez. Il faut savoir qu’un accident reste rare. »

Même si les radios énoncent aux heures de pointe les carambolages à l’origine de bouchons, cette hauteur de vue s’explique : à l’échelle du trafic global quotidien, le choc entre deux véhicules ou plus relève effectivement de l’exceptionnel. « Un accident survient à un conducteur normal, avec une voiture normale et sur une route normale. Il découle plus d’une combinaison de raretés que du fait d’un délinquant. Et il est toujours multifactoriel », précise Thierry Serre.


Pour l’Etat, la Métropole ou le Département des Bouches-du-Rhône, le LMA est donc un éclaireur potentiel lorsque se profilent des travaux d’aménagements, mais sans empiéter sur les plates-bandes des bureaux d’études missionnés.

« Nous allons détecter des situations critiques, des "zones grises" pouvant entraîner une accumulation d’incidents, et nous essayons de trouver des solutions », confie le chercheur.

Constats surprenants

Le laboratoire s’est ainsi interrogé sur les effets des politiques de mobilité durable sur l’accidentalité après l’adoption de Plans de déplacements urbains (PDU) conçus pour réduire la place de l’automobile au profit de modes alternatifs actifs et doux. « A l’époque des premiers PDU, les édiles s’attendaient à réduire les accidents du fait de la réduction du nombre de voitures. Le "bon sens" s’est révélé contreproductif. En contraignant la voiture en ville, on a pu observer un développement des deux-roues motorisés, dont on connaît bien le caractère dangereux tant pour ses utilisateurs que pour les piétons. Le vélo et la trottinette sont également des modes à risque. Ce constat a permis de repositionner les priorités des PDU sur la sécurité des usagers les plus vulnérables. »

L’amélioration des technologies des smartphones peut désormais les transformer en enregistreurs de données sur la route. (Crédit : J.-C. Barla)

« L’interdisciplinarité fait la force de notre démarche », ajoute Thierry Serre. Le LMA compte une trentaine de collaborateurs (chercheurs, ingénieurs, techniciens, administratifs, doctorants, CDD, apprentis, stagiaires…) amenés à s’investir sur ses projets de recherche. En moyenne, il effectue 90 sorties par an et réalise une trentaine d’études détaillées. Ses partenariats sont des plus variés entre collectivités, Cerema (Centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement), industriels (Michelin, Toyota…), sociétés de services comme BlaBlaCar, start-up dédiées à la mobilité, Prévention routière, Mutuelle des motards

« Nous étudions, par exemple, si le covoiturage influe sur le comportement du conducteur puisqu’il est observé et noté par son ou ses passagers. On peut imaginer qu’il n’osera pas consulter son portable au volant alors qu’il pourrait s’y laisser aller s’il est seul, souligne Frédérique Hernandez. Nous regardons aussi comment la création d’un tramway modifie la lisibilité d’un environnement ou encore comment les aménagements de pistes cyclables ont compliqué l’espace public. »

La liste des projets est détaillée sur son site Internet.

L’essor sur la voie publique des moyens de transport électriques, de la gyroroue à la voiture, en passant par le vélo, la trottinette, le scooter ou la moto, a ouvert au LMA de nouvelles pistes d’investigation où la vision de ses experts s’enrichit des données d’équipements de pointe (voir encadré). Nul doute qu’il n’a pas fini d’en faire le tour. Et la voiture 100 % autonome ou volante n’a pas encore débouché dans nos rues…

Des équipements pour mieux comprendre

Le LMA (Laboratoire mécanismes d’accidents) dispose de plusieurs équipements technologiques à Salon, comme un simulateur de conduite, avec un véhicule instrumenté (capteurs, logiciels, caméras, enregistreurs de données…), écran géant de projection de scènes routières, son en quadriphonie pour reproduire les bruits du trafic et ceux du véhicule… Le laboratoire détient même l’autorisation biomédicale d’expérimenter les effets de l’alcool sur le comportement des personnes qui s’installent au volant de ce simulateur. Il possède aussi des « enregistreurs de données routières », sortes de boîtes noires (avec GPS, accéléromètre, gyromètres…) baptisées EMMA (Enregistreur embarqué des mécanismes d’accidents), un dispositif connecté mis au point au sein de l’université Gustave-Eiffel. Une moto est également instrumentée. La flotte s’est enrichie d’une gyroroue électrique, de trottinettes, de vélos électriques… « Un simple smartphone peut collecter beaucoup de données pour étudier les comportements », indique Thierry Serre, directeur adjoint du LMA. Une application sera prochainement proposée à des volontaires dans le cadre d’une étude.

Partager :
Abonnez-vous
  • Abonnement intégral papier + numérique

  • Nos suppléments et numéros spéciaux

  • Accès illimité à nos services

S'abonner
Journal du 28 septembre 2022

Journal du28 septembre 2022

Journal du 21 septembre 2022

Journal du21 septembre 2022

Journal du 14 septembre 2022

Journal du14 septembre 2022

Journal du 07 septembre 2022

Journal du07 septembre 2022

S'abonner
Envoyer à un ami
Connexion
Mot de passe oublié ?