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Laurent Bécard, urbaniste pur et dur

Invité tête d'affiche des Ateliers métropolitains de l'architecture, urbaniste renommé et nouvel associé du groupe MAP, Laurent Bécard, fort de son expérience, plaide pour des quartiers écolos, actifs et populaires. Rencontre.
Laurent Bécard, urbaniste pur et dur
F. Delmonte - L'urbaniste Laurent Bécard était invité des Ateliers métropolitains de l'architecture

Urbanisme Publié le ,

Jusqu'à présent, LaurentBécard, qui se revendique urbaniste « pur et dur » bien qu'il soit architecte de formation, affichait à son parcours des références essentiellement urbanistiques. Désormais intégrée au groupe MAP de l'agence d'architecture phocéenneéponyme, son agence parisienne rebaptiséeBécardmap (ex-Bécard & Palay) partage aujourd'hui ses nombreuses réalisations principalement urbaines avec celles de ses nouveaux partenaires marseillais plus foncièrement architecturales, elles.

L'art du plan de masse

« C'est un autre métier, une matière distincte qui a autant à voir avec l'architecture qu'avec les transports, l'économie, la sociologie… », explique-t-il en effet à propos de son savoir-faire.

« Le temps long de la ville change tout. La construction d'un bâtiment prend trois ans en moyenne et une seule photo peut en rendre compte tandis que l'élaboration d'un quartier, son évolution, ça n'a pas de fin, ça vit en permanence. Enfin, si l'urbanisme influe sur l'espace, c'est à une toute autre échelle, celle des grands territoires. Un programme de renouvellement urbain oblige ainsi à avoir une vision globale toujours plus vaste, à court, moyen et long terme. Ça nécessite notamment de travailler très en amont, ajoute-t-il, prolixe sur sa discipline, et ça ne demande pas d'ego. En tant qu'urbaniste, on ne bâtit pas une œuvre. Nous sommes avant tout au service d'un projet municipal et du bien public. Nous nous devons d'apporter des choses vraiment utiles aux gens. »

Ce professionnel de l'urbanité, dans les deux sens du terme, qui dit encore que rendre pimpant un ghetto ne suffit pas, sait de quoi il cause. Cela va faire bientôt quarante ans qu'il défend son approche pluridisciplinaire de l'urbanisme dans tout l'Hexagone et même outre-mer et à l'étranger.

N'hésitant pas à citer et à collaborer avec des sociologues, l'éminent urbaniste compte bien des études de programmation, de quartiers à bâtir et/ou à réhabiliter, de villes nouvelles et de ZAC*, à son actif. Ce spécialiste des grands ensembles n'a pas attendu la naissance de l'Anru** et des programmes nationaux de renouvellement urbain (PNRU1 et NPNRU***) pour se lancer dans la partie. A Massy par exemple, il opérait déjà dans cet esprit avant que ne soient entreprises sous l'égide de l'Anru toutes les grandes opérations actuelles et à venir. Dans ce cadre, Laurent Bécard est intervenu et intervient encore à Strasbourg, Reims, Beauvais, Sarcelles, Rosny-sous-Bois, Corbeil-Essonnes …

Une approche sans tabou

On lui doit aussi l'une des plus importantes rénovations urbaines de ce type menées en France, celle conduite à partir de 2005, à la fois sur Clichy-sous-Bois et Montfermeil, deux communes concernées pour 650 M€ d'investissement au total. Dix ans de recomposition urbaine, et ce n'est pas fini ! « Reste encore à aménager la grande place centrale et à y faire venir tram et métro, ce qui est prévu », précise-t-il. Sinon, espaces publics, espaces verts, des milliers de logements détruits, d'autres milliers reconstruits, des distributions urbaines revues et corrigées, des logements sociaux à bout de souffle et de grandes copropriétés dégradées revitalisés : la métamorphose est spectaculaire, mais demeure néanmoins insuffisante aux yeux du spécialiste.

« Si l'on ne veut pas que se reproduisent les émeutes comme celles qu'on a connues il y a dix ans, il faut réussir la mixité sociale, le grand raté du premier acte du renouvellement urbain », estime en particulier Laurent Bécard. Et d'applaudir dans ce sens ce que lui-même préconise depuis de nombreuses années, à savoir l'interdiction, dans le nouveau programme, de reconstruire au même endroit au profit d'un plus large essaimage et de plus de diversification sociale.

« Il ne suffit pas de changer le cadre, insiste-t-il. Il faut aussi plus de concertation avec les habitants eux-mêmes, ce qui là encore a manqué, et surtout des emplois, et pour cela, donner envie aux entreprises de venir dans ces quartiers rénovés. »

D'où sa plaidoirie à l'occasion du NPNRU qui démarre en faveur d'écoquartiers actifs et populaires.

* Zone d'aménagement concerté.
** Agence nationale pour la rénovation urbaine.
*** Programme national pour la rénovation urbaine 1 ; Nouveau programme national de renouvellement urbain.

Retrouvez l'intégralité de notre dossier consacré aux débat Ateliers métropolitains de l'architecture dans le numéro 1108 de TPBM.

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