AccueilTerritoiresJulie Arias : « Lançon-Provence ne doit pas dépasser les 10 000 habitants »

Julie Arias : « Lançon-Provence ne doit pas dépasser les 10 000 habitants »

Devenue maire de Lançon-Provence en décembre 2020, Julie Arias remet de l’ordre et des convictions dans l’aménagement d’une commune en pleine transformation. Tour d'horizon des projets : logements sociaux, zones d'activités, voirie, piscine, écoles.
Julie Arias est maire de Lançon-Provence et conseillère métropolitaine et départementale.
Jean-Christophe Barlat - Julie Arias est maire de Lançon-Provence et conseillère métropolitaine et départementale.

TerritoiresBouches-du-Rhône Publié le , Propos recueillis par Jean-Christophe BARLA

TPBM : Quels dossiers vous ont le plus surprise ?

Julie Arias : L’état financier de la commune et les engagements pris en matière d’urbanisme. Sous Michel Mille, Lançon a été la première commune des Bouches-du-Rhône à signer un "contrat de mixité sociale" avec la Préfecture. Je n’y étais pas à l’époque favorable. Il faut des logements à prix modérés pour des personnes en difficulté, mais nous obliger à sortir 200 logements sociaux tous les trois ans, ce n’était pas concevable à mes yeux. Pour en livrer 200, il faut en construire au minimum 400 à 500 pour garantir la mixité de chaque programme ! Un premier contrat avait été signé pour 2014-2016. Le deuxième sur 2017-2019 nous imposait de rattraper les objectifs non atteints du premier et de refaire encore 200 logements pour le plan triennal à venir. Faute d’avoir respecté cet engagement, Lançon a été lourdement sanctionnée par l’Etat.

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Quelles ont été les conséquences ?

Nous avons perdu le droit de préemption jusqu’en 2023, supporté près de 130 000 euros d’amende et perdu notre contingent d’attribution de logements sociaux ! Nous ne pouvons donc même plus positionner les Lançonnais qui nous réclament un logement ! En avril 2021, j’ai donc annoncé que je ne signerai plus de contrat de mixité sociale car il est impossible de tenir les objectifs assignés et d’en assumer les conséquences pour adapter nos routes, nos équipements, nos écoles, à la croissance de la population. Je tiens à ce que les Lançonnais, anciens et nouveaux, apprécient leur cadre de vie, qu’ils s’y sentent en sécurité. Ce choix me confronte à des propriétaires de terrains engagés avec des promoteurs. Je m’évertue à leur en expliquer les motivations. Ce travail commence à porter ses fruits. A Val-de-Sibourg, un programme prévoyait 44 logements. Il n’y en aura plus que 14, une bâtisse avec quatre logements sociaux à l’intérieur et dix parcelles de 400 m2 pour des maisons individuelles. La mairie perd un peu dans l’immédiat sur le plan financier, mais elle y gagne sur la durée. Pour privilégier un aménagement urbain plus harmonieux, nous incitons les propriétaires fonciers à opter pour de la division parcellaire, à raison de 400 m2 minimum par parcelle. Nous l’expliquons aussi aux promoteurs. Sur un autre projet, nous avons fait diviser de moitié un programme de 40 logements pour en réaliser 20 dont 10 sociaux.

Si de nouvelles résidences continuent d’émerger sur son territoire, comme Belle Ombre et ses maisons, la commune de Lançon ne veut pas dépasser les 10 000 habitants. (Crédit : Jean-Christophe Barla)

Votre rapport d’orientations budgétaires annonce que Lançon ne doit pas dépasser 10 000 habitants. Pourquoi ?

Lorsque je calcule le surplus de subventions que je pourrais espérer et tout ce qui me coûtera plus cher, la commune sera perdante. Elle n’a pas la capacité financière de le supporter.

Sur quelles priorités concentrez-vous l’action municipale lorsque vous évoquez une remise à niveau ?

Nous avons engagé la réfection de voiries. Sur la sécurité, nous recrutons pour renforcer notre police municipale et nous déployons une nouvelle phase de caméras de vidéosurveillance. Les caméras mobiles, en service depuis l’an dernier, ont un effet dissuasif en détectant des incidents et incivilités. Nous allons lancer les marchés pour poursuivre l’équipement en caméras en 2023. En procédant par tranches, nous étalons les dépenses mais la sécurisation avance.

La restructuration de la zone d’activités des Sardenas, sous l’égide de la Métropole Aix-Marseille-Provence, devait être lancée mais la procédure a été annulée. Quand peut-elle être espérée ?

Je préfère parfois prendre plus de temps sur des dossiers et respecter les engagements pris. Sur les Sardenas, le lauréat de l’appel à projets [Axtom Promotion, NDLR] a voulu réaliser un projet différent de celui initialement présenté qui n’avait plus rien à voir avec un concept de village d’entreprises. Quand on bâtit, c’est pour la vie. Mieux vaut perdre un an et construire le projet dont la commune et les entrepreneurs ont vraiment besoin. Le nouvel appel à projets, finalisé avec les services de la Métropole début juillet, sera lancé dans la foulée. A l’automne, nous devrions pouvoir annoncer qui l’a remporté. Au regard de ce qui s’est passé l’an dernier, je doute que les candidats osent n’en faire qu’à leur tête ! Les maires doivent savoir se faire respecter. D’autant plus quand l’élu est une femme. Je l’ai expérimenté.

Sur cette zone, l’implantation de l’usine de fabrication de coques de piscines, Arion, actuellement à La Fare-les-Oliviers et qui veut s’agrandir, suscite des tensions. Les riverains craignent qu’elle engendre des pollutions. Plusieurs maisons, certaines avec piscine, ont en effet été construites dans cette zone pourtant dédiée à de l’économie. A l’heure où l’on parle de la nécessité de réindustrialiser la France, n’y-a-t-il pas un paradoxe à tenter d’empêcher une PME de se développer sur le territoire ?

Nous essayons qu’Arion ne s’installe pas à Lançon. Un particulier lui a vendu son terrain. Lorsque nous avons appris cette vente, nous avons voulu faire préempter, mais le propriétaire a annulé la vente et décidé de louer son terrain. Légalement, je n’ai pas le droit de m’opposer à une location. En parallèle, Arion a déposé un permis de construire pour un hangar pour peindre ses coques de piscines et aménager des bureaux. Je ne pouvais pas refuser ce permis, dès lors qu’il était conforme, au prétexte que l’activité ne m’intéressait pas, c’était m’exposer à être retoquée par le contrôle de légalité. En tant que maire, j’instruis de l’urbanisme, pas du développement économique. Mais comme Arion ne pouvait plus disposer des soutiens bancaires nécessaires pour investir sur un site loué, le terrain a été remis à la vente. Nous avons tenté à nouveau de le faire préempter par l’Etablissement Public Foncier Provence-Alpes-Côte d'Azur qui a raté, pour la 1ère fois de son histoire, sa préemption dans les délais. J’ai demandé à la Métropole de racheter le terrain au prix demandé par l’entreprise, compte tenu des dépenses qu’elle a déjà engagées. Elle a accepté, Arion a compris qu’il valait mieux éviter le bras de fer, mais veut qu’on lui trouve un autre terrain. La recherche est en cours avec les services de l’Etat et de la Métropole, les professionnels de l’immobilier… Quant aux maisons édifiées par le passé sur la zone, elles sont là maintenant. On explore donc toutes les solutions. Rien n’est jamais facile.

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Qu’en est-il de la zone d’activités de la Coudoulette, en bordure d’autoroute où des projets avaient été annoncés mais où rien ne bouge ?

Cette zone est régie par une réglementation particulière qui empêche de la céder par parcelles. Elle doit être vendue en totalité, à charge pour l’investisseur qui l’achèterait, de financer tous les réseaux nécessaires ! Il y en aurait pour 3 M€ et c’est sans compter les travaux à engager sur le pont au-dessus du canal qui n’est pas adapté à la circulation des poids lourds. De plus, il devrait la flécher, au vu du Plan local d'urbanisme (PLU), pour une utilisation particulière. Il faut donc attendre la révision du PLU qui devrait être finalisée en 2027 pour sortir de ce fléchage. En attendant, nous travaillons avec la Métropole pour trouver comment en faire quelque chose car elle coûte de l’argent chaque année. C’est un travail de longue haleine.

Face à la mairie, un autre dossier traîne depuis des années sur l’ancienne cave coopérative. Avez-vous réussi à progresser ?

Un appel à projets sera lancé en septembre prochain. Un investisseur privé devra assurer le réaménagement du bâti existant avec des commerces en bas, des professions libérales en haut, pour que le lieu vive la journée, et quatre logements pour l’équilibre financier de l’opération. Début 2023, nous devrions pouvoir dévoiler aux Lançonnais l’avenir de ce site.

1) L’appel à projets pour la restructuration de l’ancienne cave coopérative en commerces, bureaux et logements sera lancé en septembre
L’appel à projets pour la restructuration de l’ancienne cave coopérative sera lancé en septembre prochain. (Crédit : Jean-Christophe Barla)

Le collège, attendu depuis des décennies, ouvrira à la rentrée, mais les écoles maternelles et élémentaires saturent. Qu’envisagez-vous pour améliorer ces lieux d’éducation ?

Nous discutons avec l’Education Nationale pour que l’école maternelle des Cigalouns, enclavée au milieu de maisons, fusionne avec l’école élémentaire Marie Mauron pour en faire un groupe scolaire à part entière, avec des travaux de rénovation, à la fois pour générer des économies de coûts par la mutualisation et rendre service aux parents qui pourront déposer leurs enfants dans un même lieu. Nous sécuriserons le trafic. La vente du terrain des Cigalouns contribuerait à financer le projet…

L’un des "gros dossiers" concerne la réfection ou pas de la piscine municipale, actuellement fermée. Le restera-t-elle ?

Je comprends les Lançonnais qui voudraient la préserver et la réhabiliter, ils y ont des souvenirs d’enfance comme moi. Mais la proximité de la base aérienne de Salon réduit les possibilités. Il faudrait refaire l’intégralité des réseaux, les pompes, les bassins, le bâtiment existant, prévoir un accès aux personnes à mobilité réduite, créer une régie pour la billetterie… La réglementation ayant évolué, nombre d’aménagements sont maintenant interdits. La refaire en l’état exigerait 1,5 à 1,7 M€. Est-ce une priorité quand les voiries et les trottoirs sont dégradés, qu’il faut mettre des pistes cyclables, apporter de l’apaisement par la sécurité, créer un préau à l’école pour protéger les enfants du soleil, financer les assistants scolaires pour les enfants en situation de handicap que l’Etat n’assurera plus à partir de la rentrée ? De plus, si on détruit l’existant pour reconstruire un équipement neuf, la réglementation nous empêche d’aller au-delà d’un mètre à partir du sol, voire 80 centimètres à certains endroits ! Nous n’avons pas le droit de le refaire à l’identique. Tout ça, il faut l’expliquer à la population… Gérer, c’est faire des choix. Si les ménages y sont contraints avec la hausse du coût de la vie, la collectivité aussi !

Lançon-Provence se prépare au chantier du futur collège

Est-ce qu’un nouveau contrat départemental d’aménagement et de développement doit être signé avec le Département ? Il a déjà apporté une aide substantielle pour boucler le budget du gymnase à côté du collège que la commune s’était engagée à financer…

Le Département a en effet porté sa contribution à 80 % en 2021, c’est exceptionnel… Et heureusement ! Lançon avait 400 000 euros de trésorerie et 1,6 M€ à sortir ! Nous finalisons un contrat départementaL de développement et d’aménagement (CDDA), avec le département pour les trois prochaines années, notamment pour les voiries. Mais nous allons rester humbles pour agir seulement à la hauteur de nos capacités d’autofinancement des projets. Le Département nous apporte aussi son appui au financement des études sur la restructuration de l’école Marie Mauron pour évaluer le coût global du projet de transformation en groupe scolaire. Nous continuons par ailleurs de discuter pour sécuriser encore mieux les abords et la circulation autour du futur collège, du gymnase et de sa plaine sportive. Et là encore, tout n’est pas possible, l’axe étant référencé pour le passage des convois exceptionnels !

Retrouvez l'intégralité de cette interview dans l'édition de TPBM en date du 27 juillet 2022.
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