AccueilTerritoiresLa Société du canal de Provence adapte son modèle au réchauffement climatique

La Société du canal de Provence adapte son modèle au réchauffement climatique

La Société du canal de Provence a adopté sa feuille de route. D’ici 2027, elle prévoit d’investir 400 M€ dans la modernisation et le développement du réseau. Une stratégie qui se décline notamment à travers plusieurs projets d’énergie renouvelables.
Quatre ombrières photovoltaïques seront posées sur des tronçons du canal de Provence situés à Venelles (Bouches-du-Rhône), Rians (Var) et Signes (Var).
D. R. - Quatre ombrières photovoltaïques seront posées sur des tronçons du canal de Provence situés à Venelles (Bouches-du-Rhône), Rians (Var) et Signes (Var).

Territoires Publié le , William ALLAIRE

Quatre cents millions d’euros : c’est le montant des investissements programmés d’ici 2027 par la Société du canal de Provence (SCP) dans son nouveau contrat d’objectifs (2022-2027). Près des deux tiers de cette dépense, seront injectés dans le déploiement de nouveaux réseaux (250 M€), un engagement qui marquera un doublement de l’investissement par rapport à la période précédente (2016-2021) et permettra d’irriguer 6 000 hectares de surfaces supplémentaires. Le solde (150 M€) sera consacré aux travaux de rénovation des infrastructures hydrauliques, soit un rythme d’engagement de 30 millions par an. « Cette montée en puissance de l’investissement sera structurée autour de trois piliers : sécuriser, compenser et préserver », avance Fabienne Joly, la présidente de la SCP. « Sécuriser l’alimentation et l’accès à l’eau des territoires pour tous les usages, compenser les effets du changement climatique et préserver la qualité de l’eau gérée par la société et les ressources locales », décrypte l’élue varoise.

Paca : 22,5 M€ d’investissements pour préserver la ressource en eau

Alors que la sécheresse frappe de plus en plus souvent la Provence, la SCP adapte son modèle : « On doit rendre la ressource la plus efficiente possible pour la préserver à l’aune du réchauffement climatique », enchaîne Jean-Luc Ivaldi. D’ici 2050, les prévisions des scientifiques tablent sur une baisse de 20 % la ressource en eau. Une chute qui contraste avec l’envolée des besoins de 20 % sur la même période. « Si on ne fait rien, on sera en grande difficulté », prévient le directeur de la SCP.

Innovation

Ces perspectives alarmistes poussent les dirigeants de la société d’économie mixte à miser sur l’innovation. Un engagement qui passe par le développement des Agritech, des solutions digitales qui permettent d’optimiser l’irrigation au plus près des besoins. La SCP va ainsi amplifier le déploiement de compteurs connectés qui permettent aux agriculteurs d’ajuster l’irrigation au plus près des besoins. « Ce programme, qui impliquera de renouveler les prises d’irrigation, mobilisera 12 M€ d’investissement sur dix ans », explique Franck Sanfilippo, directeur du service de l’eau de la SCP. « C’est la clef pour réussir à imposer un modèle de développement plus résilient pour irriguer des cultures comme la vigne et l’arboriculture qui n’en avaient pas besoin jusqu’à présent », avance Fabienne Joly.

Cet engagement se décline également à travers une offensive dans les énergies renouvelables. « L’ambition est de multiplier par quatre notre production, de 15 à 65 GWh d’ici cinq ans, afin de devenir une société à énergie positive qui produit plus d’énergie qu’elle n’en consomme (40 GWh) », précise Fabienne Joly. La démarche est initiée depuis plusieurs années avec les projets de déploiement decentrales hydroélectriques en partenariat avec les collectivités et les Associations syndicales autorisées d’irrigant (ASA). La SCP prépare l’installation d’une centrale hydroélectrique à Châteauroux-les-Alpes, dans les Hautes-Alpes. Le projet ? Créer une microcentrale haute chute (400 mètres) turbinant les eaux du torrent du Rabioux. D’une puissance de 2,2 MW, cette unité devrait produire 7 GWh par an en moyenne. Le devis d’un montant de 7,6 M€ sera financé dans le cadre d’un Groupement d’intérêt économique (GIE) réunissant la commune (15 %), l’Union des ASA de Châteauroux-les-Alpes (40 %) et la SCP (45 %).

Une centrale solaire flottante va être installée au Vallon du Dol
La réserve du Vallon Dol. (Crédit : D.R.)

Une centrale solaire flottante sur la réserve du Vallon Dol

La SCP pousse par ailleurs les feux sur le photovoltaïque. Après le prototype Canalsol (ombrières posées sur le canal) déployé à Rians (Var) en partenariat avec le CEA (Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives), la société lancera en 2023 les travaux d’installation d’une centrale solaire flottante sur le plan d’eau de la réserve du Vallon Dol (16 ha), nichée sur le flanc sud du massif de l’Etoile, au-dessus des quartiers nord de Marseille. Cette réserve d’eau potable contient trois millions de mètres cube, soit deux fois la capacité du Vieux-Port.« Ce projet, mené en partenariat avec EDF Renouvelables, a reçu le feu vert de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses). Il consiste à mettre en place une installation flottante de panneaux couvrant 10 à 12 hectares du plan d’eau pour une puissance de 12 MWc », détaille Bruno Grawitz, directeur de l’ingénierie de la SCP. « Ce seul projet, dont le coût est estimé à une dizaine de millions d’euros, devrait permettre de produire autant d’électricité que dix microcentrales », ajoute l’ingénieur.

Marseille : une centrale solaire flottante sur le Vallon Dol

Hors Marseille, la SCP prévoit d’installer quatre nouvelles ombrières photovoltaïques sur son réseau à Venelles (Bouches-du-Rhône), Rians (Var) et Signes (Var). Au total, la longueur équipée sera de 5 420 mètres avec une production totale estimée à 19 GWh. Pour piloter le déploiement de ces nouvelles centrales solaires, la SCP s’est associé avec Sergies, filiale de Sorégies (Poitiers, Vienne), société d’économie mixte spécialisée dans la production d’énergies renouvelables en Nouvelle-Aquitaine. Les projets seront développés, financés et exploités conjointement par Énergies renouvelables et développement territorial, une société ad hoc détenue à parité par Sergies et la SCP.

Agrivoltaïsme

Autre terrain d’innovation : l’agrivoltaïsme. « Cette pratique en pleine expansion, qui consiste à déployer des centrales photovoltaïques au-dessus des terrains agricoles en maintenant leur gisement arable, permet de contribuer aux objectifs de production d’énergie renouvelable inscrits dans le Schéma régional d’aménagement, de développement durable et d’égalité des territoires (Sraddet) de la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur » explique Bruno Grawitz. Après un premier site expérimental mis en place au-dessus des vignes à Rians (Var) avec Ombrea, une jeune pousse basée au Technopôle de l’Arbois (Aix-en-Provence, Bouches-du-Rhône), la SCP poursuit son engagement avec Agriteos, co-entreprise associant SCP-Energies renouvelables et développement territorial (SCP-ERDT) et Ombrea créée en octobre 2020. Cette société portera de nouveaux projets sur d’autres sites agricoles de la région.

Nouvelles adductions

Sur le plateau de Valensole (Alpes-de-Haute-Provence), la SCP prépare deux projets de modernisation de son infrastructure : le renforcement de l’adduction en direction de Valensole et la création d’une grande réserve de 20 000 mètres cube à Mégis. L’élément phare de ce programme sera la rénovation de la station de pompage de Pradelles. Un aménagement, dont le coût est estimé à 60 M€, qui doit permettre de multiplier quasiment par trois la surface irriguée au sud du plateau : de 3 200 ha aujourd’hui à 8 800 ha demain (+ 5 600 ha).

Hautes-Alpes : 54 M€ pour gérer la ressource en eau du Drac amont et ses usages

Dans le Var, la société a livré les travaux de modernisation de l’adduction de Cuers. Un chantier prélude à l’aménagement hydraulique de la plaine de Cuers/Pierrefeu-du-Var (500 ha).

Autour de l’étang de Berre (Bouches-du-Rhône), la société planche sur deux opérations phares. Tout d’abord, le doublement de l’adduction existante pour augmenter la capacité de transfert vers la rive occidentale de l’étang de Berre. La SCP travaille également avec la Métropole Aix-Marseille-Provence pour étudier l’alimentation de ses infrastructures du pourtour de l’étang de Berre avec de l’eau du Verdon depuis les branches de Marseille via la réserve du Vallon Dol.

La Société du canal de Provence exporte son expertise

En marge de sa mission de gestionnaire du réseau hydraulique régional, la SCP exporte son savoir-faire à l’international. Un déploiement qui repose sur l’accompagnement en ingénierie de pays en butte aux enjeux d’alimentation en eau. La société dispose d’agences à Haïti, au Cambodge, en Tunisie, à La Réunion, au Sri Lanka, au Cameroun et au Sénégal. Des têtes de pont qui lui permettent de piloter des projets d’adduction dans ces régions en manque d’infrastructures hydrauliques. « En s’adossant aux grands bailleurs de fonds comme la Banque mondiale ou l’Agence française de développement (AFD), on se concentre sur des pays en développement qui ne figurent pas de champ de radar des majors. Et on saisit les opportunités ailleurs avec l’ambition de doubler la part du chiffre d’affaires à l’international en 2027 », précise Jean-Luc Ivaldi. Ce rayonnement, la SCP l’assure en propre ou à travers des filiales comme Oshun qui déploie des kiosques de traitement d’eau autonomes dans les zones rurales d’Afrique de l’Ouest.

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