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La SNCF ne rattrape pas son retard en Paca

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La SNCF ne rattrape pas son retard en Paca
W.A - 2014, année sombre pour la SNCF en Paca

Un train sur 5 en retard, près d'un sur 10 supprimé : après une année 2014 « catastrophique » pour les TER, la SNCF part en reconquête. Un grand plan baptisé « Rebond » doit permettre d'améliorer la fiabilité du service. Au programme : accélération des travaux, poursuite de la réorganisation du système de maintenance et amélioration de l'information aux voyageurs. Détails.

2014 annus horribilis pour les TER (Train express régionaux). « L'année a été catastrophique. La pire depuis la régionalisation du service des TER en 1998 », a constaté, amer, Jean-Yves Petit, vice-président de la Région délégué aux Transports et à l'Eco-mobilité, ce 6 janvier, lors d'un point-presse dans les locaux de la SNCF à Marseille. Un constat d'échec confirmé par Philippe Bru : « Nous n'avons pas été à la hauteur des attentes, les nôtres comme celles de nos clients », a reconnu le directeur régional de la SNCF Paca. Ce fiasco est illustré par une série de chiffres aussi démoralisants les uns que les autres. L'an dernier, la qualité de service des TER s'est dégradée, avec 18% de trains en retard de 5 minutes ou plus, et 8% d'entre eux carrément supprimés, contre des taux de respectivement 2% et 8% au niveau national.

« Il y a eu une vraie rechute, puisque nous sommes retombés à des niveaux comparables à ceux de 2010 », a ajouté Philippe Bru. Les raisons de ce recul ? Le cheminot en pointe quatre : tout d'abord, « les conflits sociaux, responsables de 5% des TER supprimés ». L'an dernier, la conflictualité a atteint des sommets en Paca avec 75 jours de grève. Ensuite, la réorganisation du centre de maintenance de La Blancarde : « Ce centre n'était plus adapté aux modes de production actuels, dépourvu d'organisation industrielle ». Au début de l'année 2014, la SNCF a voulu étendre les plages de fonctionnement de ce technocentre en instaurant le travail la nuit et le week-end.

Pour l'instant, le changement a fait un flop : « La réorganisation n'a pas produit les effets escomptés », admet, fataliste, Philippe Bru. Mais promis, la SNCF va poursuivre son effort : « Nous irons au bout de cette réorganisation, en poussant encore les curseurs sur la nuit et le week-end. Un dialogue social a été entamé sur le sujet. »
Autre frein : les travaux. « En 2014, nous avons investi 250 millions dans les travaux d'amélioration de l'infrastructure, soit près de trois fois plus qu'en 2010. » Cet activisme a été à l'origine de près d'un tiers des retards. « Lors de la modernisation de la voie Aix-Marseille, on avait interrompu le trafic. Aujourd'hui, les travaux se réalisent de nuit alors que les voies sont en service. C'est toute la différence. On a les inconvénients mais pas encore les bénéfices », argumente le directeur régional.
Derniers écueils : les causes externes, intempéries, actes de malveillance, suicides... à l'origine d'un retard sur six.

4 M€ de pénalités versées à la Région

Cette défaillance, le transporteur la paie au prix fort. En 2014, il a dû s'acquitter de 4 millions d'euros de pénalités auprès de la collectivité régionale pour non-respect du contrat de performance. Une manne inattendue dont Jean-Yves Petit se serait bien passé : « J'aurais préféré que la SNCF investisse cette somme dans l'amélioration de la qualité du service », lance l'élu. Premières victimes, les usagers bénéficieront d'un geste commercial : les abonnés annuels des TER pourront voyager gratuitement au mois de février, les abonnés mensuels bénéficiant quant à eux d'une réduction de 50 % sur le prix de leur carte en janvier.
Au banc des accusés, Philippe Bru préfère, quant à lui, voir le verre à moitié plein, évoquant « une crise de croissance » : « En sept ans, le trafic des TER a augmenté de 27%, tiré par la progression de l'offre décidée par la Région, notre autorité organisatrice (+23,8%) ».

Preuve de cet engouement pour le train : alors que la fréquentation des TER est nettement orientée à la baisse dans tout le pays, en Paca elle fait de la résistance, affichant une diminution infinitésimale de moins de 1%. Un boom que la SNCF a du mal à suivre : « Nous n'avons pas le nombre de rames suffisant pour transporter les 100.000 usagers quotidiens du réseau régional », avoue le directeur. A sa décharge, le transporteur n'a pas été par Bombardier. L'industriel canadien à qui la Région avait commandé 26 nouvelles rames a tardé à livrer le matériel promis. Les quatre premières rames de la gamme « Regio 2N » n'ont été mises en service qu'au second semestre 2014 sur la ligne Toulon-Marseille. Quatre autres sont annoncées pour le printemps 2015. Et la totalité du matériel sera mise en service « progressivement d'ici 2016 », annonce le directeur.

Un plan « Rebond »

Au-delà de ces rustines, le transporteur a échafaudé un énième plan d'attaque. Après « Booster », « PrioriT », place à « Rebond », un programme de reconquête articulé autour de trois priorités : « le matériel, les travaux et l'information voyageurs ». L'une des mesures les plus emblématiques concerne le matériel. Face au retard à l'allumage de Bombardier, la SNCF a ainsi décidé de louer six rames et d'en acheter une nouvelle à d'autres Régions de France. Dès cet hiver, les usagers devront se frotter les yeux : ils pourront emprunter des TER arborant les blasons des Régions Auvergne, Languedoc ou Nord-Pas-de-Calais...
La SNCF va également poursuivre la réorganisation du centre de maintenance technique de La Blancarde, avec l'instauration « de nouveaux processus de travail afin d'avoir en permanence 100% du matériel sur le pont ».
Sur l'infrastructure, le transporteur promet « un changement de braquet » : Philippe Bru annonce un surinvestissement sur les grands chantiers de maintenance permettant de traiter les points critiques comme le tunnel de Monte-Carlo (réduit à 1 seule voie jusqu'au 4 avril), la ligne des Alpes, la ligne La Pauline / Hyères (fermée jusqu'à l'été).
Même ambition pour l'information voyageurs : après « les vraies défaillances constatées en 2014 », le directeur régional annonce là aussi un changement de rythme avec le déploiement de nouveaux outils (alertes SMS aux voyageurs, outils de géolocalisation des trains). La mesure phare sera le lancement d'une radio TER, calquée sur le modèle de la radio d'infos autoroutières 107.7.


William Allaire

La troisième voie entre Aubagne et Marseille inaugurée

Avec la mise en service de la 3ème voie entre Aubagne et Marseille depuis le 14 décembre 2014, et inaugurée le 29 janvier, le nouveau service TER va être fluidifié. « Il y aura plus de trains et mieux de trains », résume Philippe Bru. En clair des trains moins bondés et plus fréquents puisque la nouvelle voie a engendré la création de 17 allers / retours supplémentaires par jour sur l'axe Marseille / Aubagne, et 11 TER de plus sur l'axe Marseille / Toulon.
« Cette augmentation de capacité de la ligne, complétée par la transformation des gares existantes en véritables pôles d'échanges multimodaux et par la création d'une nouvelle halte à La Barrasse, est la réponse apportée par les co-financeurs à une hausse importante et régulière du trafic voyageurs constatée sur cette ligne depuis plusieurs années. Cette infrastructure nouvelle permet également de réorganiser la desserte Marseille-Aubagne-Toulon tout en confortant la fiabilité du service » explique dans un communiqué RFF. Ce dernier précise que « l'offre mise en place en décembre 2014 n'est qu'une étape. Des travaux complémentaires « permettront d'atteindre à l'horizon de décembre 2015, l'offre visée de 25 allers-retours par jour (+5 allers-retours) pour les navettes entre Marseille et Aubagne, ou encore 3 trains par heure ».

13 km de voie nouvelle

En attendant ce chantier a donné du travail : pose de 13 km de voie nouvelle,réalisation de 20 ponts-rails, allongement de 27 ouvrages hydrauliques, suppression de 3 passages à niveau, création de 4 postes de signalisation… Inscrite aux Contrats de Plan et Projets État-Région 2000-2006 et 2007-2013, la création de la 3e voie représente un montant total de 252 millions d'euros, co-financé par l'État, la Région Provence-Alpes-Côte d'Azur, le Conseil général des Bouches-du-Rhône et SNCF Réseau (anciennement RFF). De plus, 18 millions d'euros ont été investis par l'État, la Région Provence-Alpes-Côte d'Azur, le Conseil général des Bouches-du-Rhône, la Communauté urbaine Marseille Provence Métropole, la Communauté d'agglomération du Pays d'Aubagne et de l'Etoile (CAPAE), la ville de Marseille, la ville d'Aubagne, la ville de La Penne-sur-Huveaune et SNCF pour la modernisation des gares existantes et la création de la halte à La Barasse.
En dépit des ratés des douze derniers mois, la Région ne compte pas relâcher la pression sur la SNCF. En 2015, la collectivité a demandé au transporteur d'« augmenter son offre de 5% de kilomètres-train par rapport à 2014, ce qui, en année pleine, équivaut à 8% (compte tenu des travaux en cours et de l'échelonnement des mises en service) », indique Jean-Yves Petit.




William Allaire
Journaliste

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