AccueilTerritoires« La priorité de l’OPH 05 demeure la réhabilitation thermique du parc »

« La priorité de l’OPH 05 demeure la réhabilitation thermique du parc »

Christophe Aloisio vient de prendre ses fonctions à la tête de l'OPH 05, principal bailleur social des Hautes-Alpes. Il décrit sa vision du métier, la politique qu'il entend mener et ses projets.
Depuis le 1er janvier, Christophe Aloisio est le nouveau directeur général de l'OPH 05.
M.-F. Sarrazin - Depuis le 1er janvier, Christophe Aloisio est le nouveau directeur général de l'OPH 05.

TerritoiresHautes-Alpes Publié le , Propos recueillis par Marie-France SARRAZIN

TPBM : Comment avez-vous pris la tête de l'OPH 05 et quelles ont été vos motivations ?

Christophe Aloisio : L'ADMR, dont j'étais le directeur général, était partenaire de l'OPH 05 sur un projet de résidence senior, pour potentiellement en devenir le futur gestionnaire. Un jour, Marie-Jeanne Pastor m'a annoncé qu'elle allait prendre sa retraite et quitter son poste de directrice générale de l'OPH 05. Elle m'a demandé de prendre sa suite et voulait pouvoir former son successeur. J'ai dit oui, elle m'a convaincu. C'est une très belle entreprise, un nouveau challenge et une réelle évolution pour moi. Ce qui est nouveau dans mon parcours, c'est le logement social. Mais autour, il y a ce travail en partenariat avec les maires, en réseau avec les collectivités, en lien avec les services de l'Etat, la stratégie forte en termes d'aménagement du territoire et cet aspect social.
Je suis rentré le 5 janvier 2021. A partir de ce jour-là, on ne s'est plus jamais quittés avec Marie-Jeanne. Je la suivais partout. Elle m'a enseigné tout ce qu'elle avait appris en 34 ans. Elle m'a présenté les équipes – on a une centaine de collaborateurs –, les partenaires. Je suis très content qu'elle ait pu m'offrir ces deux années.

Après 31 ans à la tête de l'OPH 05, Marie-Jeanne Pastor tire sa révérence

Quelle politique entendez-vous mener ?

J'aurais pu dire : je vais innover tout de suite, tout révolutionner. Eh bien non, je vais y aller avec beaucoup d'humilité, car c'est mon tempérament. Je vais m'inscrire dans la continuité de ce qui a été tracé depuis une trentaine d'années car c'est une base solide et saine. Progressivement, j'y mettrai ma touche, enrichie par mon parcours, ma sensibilité à la jeunesse et au vieillissement. On a construit des résidences senior à Embrun et à Briançon et elles se sont tout de suite remplies. J'estime qu'il faut amplifier le mouvement. Quand on réalise de nouvelles résidences, les logements sont adaptés. Quand on réhabilite, on rend accessible ; il y a une nuance. Quoi qu'il en soit, on favorise les mutations en interne de manière générale : on va prioriser la recherche d'une personne de notre parc pour aller vers un logement adapté.
Ce qui marche le mieux, ce sont les T3 et T4, mais nous sommes un peu à la traîne sur les petites typologies ; il faut les intégrer dans les productions. Nous logeons des familles, mais aussi des mamans solos et des étudiants. On ne les oubliera pas à l'avenir. Il y a des besoins non assouvis aujourd'hui. J'espère un jour une résidence jeune à Gap.

Quel est votre sentiment par rapport à la volonté de saupoudrer les logements sociaux dans les petites communes rurales ?

On l'a toujours fait. On est présents de Rosans à Villar d'Arêne. On n'a pas de problème de vacance sur ces résidences. Quand on travaille en lien étroit avec les mairies, on arrive à remplir nos logements. Il y a une vraie politique d'aménagement du territoire. Il ne s'agit pas de ramener tout un département rural vers la ville centre. Il y a en jeu tout le développement économique derrière. Bien sûr, il y a des endroits moins dynamiques que d'autres. L'axe de la Durance est le plus attractif. En général, quand on construit une nouvelle résidence en dehors de la ville centre, on étudie la demande. On ne s'est pas trompé pour l'instant. On travaille à un projet dans le Valgaudemar avec la mairie de Saint-Firmin. Il y a des besoins.

Quelle est votre politique en matière d'adossement à des programmes portés par des promoteurs privés ?

Quand on crée de nouveaux logements, en réalité on les achète en Vente en l'état futur d'achèvement (Vefa). C'est plus simple pour nous. Les promoteurs viennent nous voir pour introduire dans leur programme de la mixité sociale. La démarche aboutit, ou pas. C'est une question de tarif. Il faut qu'on arrive à sortir un loyer environ 30 % en dessous des prix du marché.

Notre priorité demeure la réhabilitation thermique de notre parc et nos équipes sont concentrées sur cet objectif, même si elles sont capables d'assurer la maîtrise d'ouvrage, comme ce fut le cas sur l'Ehpad de Briançon. J'ai conscience qu'on ne doit pas perdre la main. Mais il faudrait largement augmenter la capacité de nos équipes pour mener de concert réhabilitation et maîtrise d'ouvrage directe pour de la construction.

L'OPH 05 assume 86 % du coût global du renouvellement urbain du Haut Gap. (Crédit : M.-F. Sarrazin)

Quel est l'état du parc ?

Nous possédons 6 600 logements pour environ 15 000 locataires. Nous logeons plus de 10 % de la population des Hautes-Alpes. Les Haut-Alpins pouvant prétendre à un logement social en termes de revenus sont majoritaires, c'est une particularité du département.
Notre parc a une quarantaine d'années d'âge. Au fur et à mesure, nous réduisons cet âge moyen à travers la production de nouveaux appartements (environ 70 à 80 par an).
Depuis 2019, nous investissons beaucoup en réhabilitation. Une grande part de notre parc en a besoin. Je connais mes priorités pour les cinq prochaines années. Quand nous le faisons, nous travaillons sur la sécurité, l'accessibilité et l'énergie. Nous tâchons de gagner du confort et de l'étiquette énergétique dans l'intérêt du locataire. Tout ça sans augmenter les loyers encore aujourd'hui. Tant qu'on peut le faire, on le fera.

D'autant plus que les charges sont amenées à s'alourdir...

Nous sommes en train de renouveler notre marché d'électricité et nous espérons tirer le meilleur prix dans notre malchance. Si nous obtenons le double, nous serons plutôt satisfaits parce qu'il y a quelques mois la facture semblait devoir être multipliée par neuf ! Ce qui est tout simplement impossible. Nous allons essayer de limiter la casse.
En plus de mener des réhabilitations lourdes sur notre patrimoine, nous conduisons des opérations uniques de transformation d'énergie. Nous arrêtons progressivement le fuel. Quand cela est possible, nous nous raccordons à une chaufferie bois. Sinon, nous passons au gaz. L'électricité n'a pas eu notre préférence. Il n'y a pas forcément mieux aujourd'hui. Les installations gaz pourront, à l'avenir, aisément accueillir le méthane et l'énergie bois.

Les 72 logements de Super Gap vont faire l'objet d'une réhabilitation lourde. (Crédit : M.-F. Sarrazin)

Quelle a été l'incidence de la crise d'approvisionnement et de l'inflation de manière générale ?

Ça a eu une incidence financière et ça en aura une à l'avenir. Nous la prévoyons au budget.
Du point de vue des délais, ça va mieux, mais nous avons vécu une année compliquée avec des retards importants, voire des structures qui détenaient un marché et qui ont préféré abandonner. Ce qui, pour nous, signifie repartir pour dix mois de procédure.
Autre phénomène : la difficulté à trouver des entreprises. Il y a celles qui ne répondent pas et les petits qui ne savent pas répondre car le procédé est trop complexe. Et pourtant, nous aimerions faire travailler ce tissu économique local, ces artisans. Nous les voyons sur les contrats de maintenance, mais pas sur les marchés publics. Sur certaines opérations, nous avons dû relancer deux fois un marché pour trouver un menuisier, ce qui nous a pris deux ans. Jusqu'à présent, nous lancions des marchés par corps de métier. Si l'un manque à l'appel, ça déstabilise l'intégralité de l'opération. C'est ce qui s'est produit pendant la Covid et juste après. Ce qui nous a conduits à passer par une entreprise générale du bâtiment.

L'OPH 05 engage 25,5 M€ de travaux de réhabilitation énergétique en 2021-2022

Où en est le projet de renouvellement urbain du Haut Gap ?

C'est un projet structurant pour les trois prochaines années qui aboutira à un très beau quartier à terme. Il consiste en la démolition de 132 appartements, la réhabilitation lourde de 142 logements et la reconstruction sur site de quelques logements pour un coût total prévisionnel de 29 M€. Nous sommes l'investisseur principal et assumons 86 % du coût global de l'opération. Nous intervenons sur notre patrimoine et la collectivité sur la voirie.

Le relogement a démarré il y a quelques mois. L'opération prend du temps car nous ne voulons pas de relogement contraint pour les 132 familles concernées. Nous attaquons les démolitions par le Forest d'Entrais 2. Les années suivantes, nous détruirons deux autres bâtiments. En parallèle, nous engageons les réhabilitations.

Quel avenir envisagez-vous pour le foyer-logement de Bellevue à Gap, à l'abandon depuis plusieurs années ?

C'était le projet sur lequel l'ADMR était positionné pour y faire une résidence senior à loyer modéré, mais ça n'a finalement pas abouti.
Nous ne souhaitons pas que le site reste en l'état. En 2023, il y aura une solution de trouvée. Des porteurs de projet nous ont contactés et nous sommes en discussion avec eux pour trouver une destination à ce site.

Qui est Christophe Aloisio ?

Né en Meurthe-et-Moselle, il arrive à Tallard à l'âge de 12 ans. Il suit des études d'économie à Aix-en-Provence puis obtient un DESS développement économique et gestion des collectivités locales à Marseille.

Christophe Aloisio commence sa carrière comme chargé de mission dans une association d'insertion par l'emploi dans le milieu sportif, Profession sport 05. En 2001, il est recruté comme directeur des services à la mairie de Tallard. Il intègre le Département des Hautes-Alpes en 2008. Pendant trois ans, il travaille au cabinet du président Jean-Yves Dusserre où il s'occupe de la thématique jeunesse et vie associative, puis devient chef de service vie associative, jeunesse et sport. Avant de devenir directeur général adjoint de l'OPH 05 en 2021, il occupe le poste de directeur général de la fédération départementale de l'ADMR (Aide à domicile en milieu rural) pendant huit ans.

Les investissements de l'OPH 05

  • Production de logements : 295 édifiés depuis cinq ans pour 39 M€ TTC.
  • Gros entretien et remplacement des composants (comme les menuiseries, par exemple) : 16,4 M€ TTC de 2018 à fin 2021.
  • Réhabilitations lourdes : ces cinq dernières années, l'OPH a rénové 503 logements pour 20,5 M€ TTC, subventionnés à hauteur de 3,2 M€.
    En cours pour livraison en mars 2023 : Les Iris à Laragne-Montéglin (82 logements, 3,183 M€ dont 902 000 € du plan de relance) ; Fontchaude à La Saulce (8 logements, 352 000 € dont 88 000 € du plan de relance).
    A venir : La Galaude à Tallard (36 logements), La Plaine à Laragne-Montéglin (52 logements), Super Gap à Gap (72 logements), Les Garcins 2 à Briançon (12 logements), Le Rochasson neuf à Gap (19 logements).

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