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MATERIAU La pierre sèche remonte la pente !

Après des décennies de dédain, cette maçonnerie de moellons de pierre-tout-venant sans liant, faite d'un matériau naturel, sain, de réemploi ou extrait à proximité, est aujourd'hui source d'inspiration.
La pierre sèche remonte la pente !
Claire Cornu - Un collectif transdisciplinaire a produit la reconnaissance de la technique et du savoir-faire autour de la pierre sèche.

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Fin des années 90, une dynamique partie depuis le Vaucluse s'est progressivement étendue à toute la France. Un collectif transdisciplinaire a produit la reconnaissance de la technique et du savoir-faire autour de la pierre sèche. A ce jour, la pierre sèche bénéficie à l'échelle nationale de six thèses de doctorat d'ingénieurs, de règles écrites et de diplômes pour les muraillers qui la mettent en œuvre, et, à l'échelle internationale, de deux distinctions pour ses valeurs patrimoniales et de développement durable : celle de l'Unesco et celle de la Convention européenne du paysage du Conseil de l'Europe.

Il ne reste plus aux responsables de gestion des paysages, de l'entretien des chemins, des ouvrages d'art routiers ou des berges de rivière, qu'à prendre conscience des valeurs de cet héritage comme pratique écologique et économique pour l'avenir des territoires. Pour passer à l'action, commandez le règles de l'art et téléchargez les arguments (cf. rubrique Ressources : www.professionnels-pierre-seche.com).

« Sur l'ensemble de la vie d'un ouvrage, la maçonnerie de pierre sèche est performante sur tous les indicateurs d'une Analyse de cycle de vie (ACV) : l'argent investi dans les travaux développe l'emploi local et la résilience du territoire, elle est d'une grande sobriété d'entretien et bien plus simple à réparer comparée à un mur en béton, le réemploi des pierres en fin de vie de l'ouvrage est optimal. Cette technique est appréciable à la fois pour sa robustesse et sa durabilité mais aussi son esthétisme. Sa disparition du catalogue des techniques contemporaine est paradoxale ! », souligne Anne-Sophie Colas, docteur en génie mécanique, auteure de la 2e thèse de doctorat sur la pierre sèche en 2009, directrice de recherches à l'université Paris-Est.

Thierry Bourceau, directeur technique de chantier

TPBM : Quel intérêt de construire en pierre sèche ?
Thierry Bourceau : C'est transformer un tas de cailloux en ouvrage d'art, tout en se basant sur des preuves scientifiques et en faisant appel à un savoir-faire. Lorsque l'on construit en pierre sèche, toutes les pierres sont utilisées et ont leur utilité, de la plus grosse à la plus petite. Ce matériau géosourcé est un nid à vie qui permet le développement de la biodiversité. Il y a une relation entre l'ouvrage et le végétal, et le mur est amené à évoluer au fil des années, sans fissuration. De plus, un mur en pierre sèche permet une bonne évacuation de l'eau, pas besoin de faire de barbacane.

Comment avez-vous intégré la pierre sèche dans vos travaux pour la commune de Saignon (Vaucluse) ?
Pour un soutènement routier, nous sommes partis d'un vieux mur existant depuis 200 ans. Nous l'avons purgé, nettoyé et démonté. Toutes les pierres ont trouvé leur fonction dans le mur de soutènement routier : gravette, ouvrage, pierre de fondation ou de calage… De plus, la commune stocke les pierres de tous les murs qui disparaissent, elles ont donc eu une deuxième vie. Nous avons assemblé le tout pour refaire le mur, sans intervention mécanique, en tenant compte de la nature du sol, le type de terre, l'inclinaison et l'angle du talus. Avec ces données, on définit scientifiquement la dimension de l'ouvrage. On bâtit rang après rang, tout en créant une zone tampon pour le talus. Quand le mur en pierre sèche est fini, tout est en place avec lui.

Propos recueillis par Isabelle Cambos

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