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L'eau de la Durance, une ressource à épargner

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L'eau de la Durance, une ressource à épargner
H. Saveuse - L'ensemble des aménagements de la chaîne Durance-Verdon nécessite un entretien constant et des investissements importants.

A la voir dévaler, puissante et rapide, dans son lit naturel ou concentrée dans le canal EDF, on la croirait inépuisable. La Durance, qui alimente en eau potable les Marseillais, irrigue les terres agricoles de Paca et génère 2 000 mégawatts en dix minutes, soit l'équivalent de deux centrales nucléaires, pourrait connaître un phénomène important d'évapotranspiration allant jusqu'à + 50 mm/an d'ici 2050, entraînant une réduction des débits d'étiage estivaux, de l'ordre de 20 m3/s sur le débit moyen au mois d'août à Cadarache. La faute au réchauffement climatique ? Pas seulement.

Conviés à une seconde session d'échanges avant même que ne soit créé officiellement le think tank* bas-alpin (prévu pour le courant du mois de septembre), les acteurs économiques du territoire ont planché, dans la salle de l'Ermitage de Digne-les-Bains, sur la gestion de la ressource en eau, principalement celle de la Durance qui a fait l'objet d'un projet scientifique par l'Irstea**, l'étude R2D2-2050 (comprenez Risque, Ressource en eau et gestion Durable de la Durance d'ici à 2050).

Quels enseignements tirer de R2D2-2050 ?

Quels que soient les scenarii, que présente le docteur Eric Sauquet, auteur de l'étude qui tiendra lieu de fil rouge aux échanges, une seule constante se dégage : la gestion de l'eau doit être améliorée pour éviter la pénurie. « Le projet R2D2-2050, qui répondait à un appel d'offres du ministère de l'Environnement, a été terminé en 2014. Son objectif était d'évaluer les impacts des évolutions anthropiques et climatiques sur la gestion de l'eau à l'échelle de la Durance en se focalisant sur l'équilibre de l'offre et de la demande en eau, des territoires sécurisés par les réserves hydrauliques de la Durance et du Verdon, à l'horizon 2050. »

Et Eric Sauquet de préciser : « Nous avons envisagé plusieurs scenarii, dont un "tendanciel" qui jauge l'évolution de la ressource si l'on ne change rien, un autre intitulé "investissement" qui modélise la ressource en eau dans le cadre d'une dynamique de ré-industrialisation, et l'un dit "écolo" ». Avant de poursuivre :

« En conclusion, les résultats ont pu montrer que la part d'incertitude sur le niveau de pression sur la ressource portée par le développement économique joue à part égale avec celle portée par le climat. D'autre part, les devenirs du territoire, qui incluent la poursuite de programmes d'économies d'eau, permettent de contenir, dans une certaine mesure, l'augmentation des sollicitations de la réserve agricole. Enfin, la production d'énergie est directement impactée par la baisse de la ressource naturelle. Concrètement, si l'on garde les débits prélevés aujourd'hui, il y aura nécessairement plus de jours de crise. »

Développement économique, une stratégie à revoir ?

En 1955, Electricité de France (EDF) construit et exploite le barrage de Serre-Ponçon, sécurisant ainsi la ressource en eau pour toute la Provence. L'entreprise crée une série d'aménagements destinés à stimuler l'économie rurale des Hautes-Alpes (05) et Basses-Alpes (04). La solution fonctionne, elle dépasse même tous les espoirs. Les industriels s'installent sur les bords de la Durance et de nouveaux usages émergent, principalement dans le secteur du tourisme, liés, entre autres, aux activités en eaux vives dans les gorges du Verdon et dans la vallée de l'Ubaye. Mais aujourd'hui, ces nouveaux usages pourraient être remis en question à cause du risque de pénurie, freinant ainsi les projets de plusieurs collectivités dont le projet de développement économique est lié au tourisme et souvent à l'usage de la ressource en eau.

Dans la salle, la voix de Jacques Espitalier, maire de Quinson et vice-président du Parc naturel régional du Verdon, délégué à l'eau, aux milieux aquatiques et aux patrimoines naturels, se fait entendre. Il alerte : « Les lâchers d'eau représentent 700 000 m3 d'eau pour une journée de rafting, soit la consommation annuelle du Plateau de Valensole, irrigation des cultures et consommation incluses ». Et de poursuivre : « Nous avons conscience que l'eau est précieuse. Dans le Verdon, nous avons mis en place un Sage*** pour améliorer notre gestion de l'eau. »

Et Vincent Lambert, directeur de l'agence Durance Méditerranée EDF, d'intervenir : « En conservant un niveau haut pour les différentes retenues d'eau pour accompagner le tourisme, nous nous privons d'une production d'énergie considérable qui était, avec l'irrigation des terres agricoles, l'une de nos principales missions à la création du barrage de Serre-Ponçon. »

L'investissement comme solution ?

D'après l'étude menée par l'Irstea, la création d'ouvrages colossaux comme celui du barrage de Serre-Ponçon, a permis et permet toujours de sécuriser et de conserver la ressource en eau, et parallèlement, de favoriser le développement économique local. Pour autant, l'ensemble des aménagements de la chaîne Durance-Verdon nécessite un entretien constant et des investissements importants qui sont également sources d'inquiétudes pour le gestionnaire historique, comme le souligne Vincent Lambert : « Nous avons toujours fait les travaux nécessaires à leur fonctionnement mais comment résoudre l'équation face à laquelle nous nous trouvons en ce moment ? Les prix de l'énergie vont baisser, les recettes sont volatiles et pourtant, les entretiens vont continuer de courir. Aujourd'hui, nous sommes à la recherche de solutions pour détendre cette équation. Parmi les pistes que nous suivons, il y a des opportunités véhiculées par l'économie circulaire, par exemple, l'utilisation des sédiments transportés par la Durance qui pourraient être réutilisés pour créer du béton allégé. »

Dans tous les cas, EDF n'imagine pas ériger de nouveaux ouvrages pour améliorer la gestion de l'eau. « Aujourd'hui, nous ne pourrons plus construire des aménagements comme ceux qui l'ont été. Il y a d'abord un coût important et aussi de fortes oppositions populaires comme nous l'avons constaté pour le barrage de Sivens », indique Marie-Isabelle Fernandez, expert senior eau et énergie chez ‎EDF.

D'autres pistes pour conserver la ressource en eau, que ce soit pour les particuliers ou les collectivités, ont été relevées par Frédéric Esmiol, président de la Chambre d'agriculture, notamment la construction de retenues collinaires qui sécuriseraient localement la ressource en eau. Aujourd'hui, cinq projets d'études de ce type sont en cours sur les secteurs du Calavon et du Largue.

* Groupe de réflexion ou laboratoire d'idées.
** L'Institut national de recherche en sciences et technologies pour l'environnement et l'agriculture.
*** Schéma d'aménagement et de gestion des eaux.




Hélène Saveuse
Journaliste

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