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Petit-déjeuner débat L'architecture durable au zénith à la Cité radieuse

le - - Architecture

L'architecture durable au zénith à la Cité radieuse
G. Majolet - Deux avocates et deux architectes ont évoqué les évolutions en matière d'obligations environnementales.

Une rencontre organisée par le barreau de Marseille, la Société marseillaise de crédit (SMC) et TPBM/LNP, en partenariat avec EnvirobatBDM, le Conseil régional de l'ordre des architectes Paca et la librairie Imbernon, a permis de faire le point sur les nouvelles obligations environnementales qui s'imposent dorénavant en matière de construction.

C'est dans le jardin d'hiver de la fameuse Cité radieuse, protégé du soleil d'un été indien finissant par les fameux brise-soleil verticaux en béton, l'une des marques de fabrique de son auteur Le Corbusier, que quatre spécialistes, deux avocates et deux architectes, ont été conviés le 5 octobre dernier, à Marseille, à présenter les dernières dispositions environnementales en matière de construction et de développement durable.

Un cadre propice pour évoquer le sujet. Monument historique classé au patrimoine mondial de l'humanité par l'Unesco (au titre de l'œuvre complète de Le Corbusier), l'immeuble sur pilotis et haut en couleur du boulevard Michelet reste en effet encore un exemple architectural et une source d'inspiration sur bien des points, même s'il ne répondrait sans doute pas aux normes actuelles.

Un réel progrès

« Il y a une préoccupation très forte des pouvoirs publics, notamment à travers la loi Pacte, pour accompagner les professionnels dans leur montée en compétence sur la qualité de la protection de l'environnement et la commande publique, 10 % du PIB, est à ce titre déjà un levier stratégique en la matière », a ainsi souligné d'emblée à ce propos l'avocate Catherine Barraquand du cabinet marseillais Maillet-Dosetto, l'une des deux intervenantes pour la profession de robe.

« Si dans les procédures d'appel d'offres, a-t-elle poursuivi, ces préoccupations n'apparaissent pas encore au niveau des candidatures, elles sont en revanche de plus en plus présentes dans la définition des besoins, les cahiers des charges et par rapport à la sélection des offres. La réforme des marchés publics d'avril 2016 et plus encore une ordonnance de 2015 permettent d'introduire aujourd'hui des contraintes environnementales et en particulier des critères de coût de cycle de vie et de performance environnementale. S'il existe un réel progrès de ce point de vue, avec un cadre contractuel propice au développement durable, tout cela reste essentiellement incitatif, et les contraintes budgétaires et la baisse des dotations des collectivités territoriales pèsent toujours autant », a cependant admis cette experte.

« Enfin, a fait remarquer Catherine Barraquand, il est délicat d'apprécier la performance environnementale et il y a donc un risque de contentieux à venir », a prévenu l'avocate. Last but not least*, « construire mieux, a-t-elle dit, c'est forcément construire un peu plus cher car il est nécessaire de tenir compte dans ce cas d'un travail de maîtrise d'œuvre beaucoup plus important. » Les deux architectes présents à ses côtés à la tribune ne l'ont pas contredit.

De nouvelles responsabilités

En lui succédant, Me Laure Capinero du cabinet In Situ a alors décortiqué plus précisément les nouvelles règles en vigueur de ce point de vue dans le domaine de la construction.

« A la fois très nombreuses, a-t-elle rapporté, et probablement insuffisantes. Un empilage de réglementations qui nuit à leur lisibilité », a encore expliqué l'avocate marseillaise.

Appuyant sa démonstration sur la RT 2012, particulièrement contraignante et sur l'application de laquelle on dispose désormais d'un peu de recul, si elle a estimé que c'était un vrai succès en ce qui concerne la consommation énergétique, « divisée en deux dans le résidentiel », cette spécialiste du droit de la construction n'y voit pas moins une source de contentieux possible. Et dans ce cas, a-t-elle alerté à son tour, « les architectes et le BET [Bureau d'études techniques, NDLR] seront en première ligne ». Et qui dit responsabilité alourdie, se traduit en coût d'assurance supplémentaire, a aussi expliqué l'avocate. Pour elle également, « croire que l'on va construire mieux en payant moins, est illusoire. D'où l'importance des clauses limitatives de responsabilité dans les contrats de maîtrise d'œuvre ! » Un conseil avisé.

* Dernier point mais non des moindres.

La plaidoirie des architectes

Appelés à faire entendre la voix de leur métier à propos des nouvelles obligations en matière de protection environnementale et de développement durable dans la construction, les architectes Florence Rosa, déléguée générale d'EnvirobatBDM, et Pierre Ponzetto, conseiller de l'Ordre des architectes Paca, ont développé avec conviction leur position.

La première a plaidé plus précisément pour la nécessité d'adapter le bâtiment au changement climatique, mais, a-t-elle précisé, « alors que tout le monde veut faire du développement durable, on ne dépasse pas les 10 % de constructions qui vont dans ce sens. C'est pourquoi il faut requestionner la mise en œuvre des normes actuelles qui ne sont plus adaptées au réchauffement climatique et trop centrées sur la consommation énergétique. La démarche BDM [Bâtiments durables méditerranéens, NDLR] que nous défendons, qui fonctionne sur l'évaluation collective et les retours d'expérience, et qui propose ainsi des améliorations, élargit au contraire les critères au dispositif architectural, aux conforts d'usage, aux matériaux biosourcés, etc., en faveur d'une cohérence durable. » Pour sa déléguée générale, « il est important de revisiter ainsi sur le terrain ce qui est proposé au niveau législatif ».

Quant au second, il a fait remarquer que la charge était un peu lourde pour les seuls architectes. « Si nous devons bien entendu faire des efforts dans ce sens, il faudrait également que les transports, l'industrie, le secteur tertiaire… fassent eux aussi des efforts. Le bâtiment public ne représente qu'un pourcent de la consommation énergétique, a-t-il notamment rappelé. Il faut également que le parc privé du logement s'en préoccupe. Au rythme du réchauffement climatique comme on a pu le mesurer cet été avec la canicule, dans quelques années, il y aura réellement surchauffe dans les villes, qui sont devenues, avec les transports, l'urbanisation… de véritables îlots de chaleur ! C'est pourquoi il faut construire moins d'équipements et moins d'immeubles pour, par exemple, mutualiser l'usage de gymnases qui pourraient se fédérer, et ainsi de suite. C'est à ce prix, a en effet estimé Pierre Ponzetto, que l'on peut construire moins mais mieux. Il nous faut au contraire investir la voie de la rénovation et de la réhabilitation et se former pour », a en particulier résumé le conseiller ordinal.




J. P. Pierrat
Journaliste

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