AccueilBTPJean-Baptiste Pietri : « Mener un projet, c’est avant tout respecter son environnement »

Jean-Baptiste Pietri : « Mener un projet, c’est avant tout respecter son environnement »

A la barre du groupe Constructa depuis bientôt deux ans, Jean-Baptiste Pietri assume un héritage compliqué. Au printemps 2020, cet architecte a dû reprendre au pied levé les rênes du groupe familial après le décès soudain de son père, Marc Pietri.
Jean-Baptiste Pietri, président de Constructa, depuis son bureau de la Tour La Marseillaise.
Robert Poulain - Jean-Baptiste Pietri, président de Constructa, depuis son bureau de la Tour La Marseillaise.

BTPBouches-du-Rhône Publié le , Propos recueillis par William ALLAIRE

TPBM : Comment se porte Constructa aujourd’hui ?
Jean-Baptiste Pietri :
L’année 2021 a été plutôt positive, aussi bien en termes de réalisation de projets que de résultats [le groupe ne publie pas ses chiffres, NDLR]. Nous avons commencé à écrire le nouveau Constructa pour l’adapter à sa nouvelle gouvernance. Une transition douce conforme aux valeurs progressistes de fabrication de la ville qui forment l’ADN du groupe. Valeurs que mon père a toujours défendues en mettant un point d’honneur à privilégier l’ambition du projet plutôt que la finance.

Votre père, Marc Pietri, était un homme de paris qui n’hésitait pas à prendre des risques à l’instar du projet des quais d’Arenc qui a mis longtemps à voir le jour. Avec la crise sanitaire, cet esprit un brin aventurier est-il encore de mise ?
Nous avons souhaité organiser le process que mon père déployait avec sa « folie ». Il y a vingt ans, quand il a acheté les anciens entrepôts sur les quais du port à Arenc, il imaginait que l’avenir de la ville se jouerait dans ces territoires en friche, vers le nord. Il y avait une dimension visionnaire dans ce pari. Une dimension portée par son regard sur la cité et sa grande curiosité. Il n’y a rien de surnaturel là-dedans. Juste de l’intelligence. Cette vision, nous essayons désormais de la formaliser dans un projet d’entreprise en phase avec les enjeux du nouveau monde. Nous restons un opérateur global présent sur toute la chaîne immobilière : promoteur, assistant à maîtrise d’ouvrage, aménageur, gestionnaire d’actifs… cette pluralité est celle d’une plateforme de services immobiliers regroupée dans une nouvelle entité baptisée « Constructa/Editeur urbain ». J’y vois une analogie avec l’activité d’un éditeur littéraire qui choisit ses auteurs, assume les projets et les porte. Fabriquer la ville, c’est fabriquer de la culture architecturale, urbaine… des usages ou des espaces publics qui sont autant de reflets d’une époque.
Dans ce schéma, le projet est en haut de la pyramide quand la technique et la finance sont en bas. Chacun de nos bâtiments est une œuvre conçue dans une démarche artisanale et non pas industrielle. Et les élus sont nos premiers partenaires. Car mener un projet quel qu’il soit, c’est avant tout respecter son environnement, tant naturel que social. C’est comprendre ce qui fait la vie et le vivre-ensemble, son histoire, ses rites, ses traditions, pour s’adapter afin de toujours proposer des solutions permettant d’améliorer l’existant. Il s’agit de rendre au territoire qui nous a permis de développer des projets. On ne gagne jamais dans un environnement qui perd.
Un projet de construction est une grande aventure : il faut bien se connaître pour réussir à dessiner un programme en phase avec les contextes humain et géographique. A cette aune, je regrette que les concours se résument trop souvent à une course à l’échalote où le dialogue n’a pas sa place.

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Le groupe reste présent sur l’activité de transaction avec une nouvelle entité. Pourquoi ?
Constructa Vente devient « 1964 », une filiale en hommage à l’année de naissance du groupe. Cette nouvelle entité intervient à la fois en tant que conseil et « commercialisateur » avec une démarche client renforcée.
Fin novembre, nous avons lancé la commercialisation de la première tranche d’une opération de 140 logements à Dijon (Côte-d’Or) dans un quartier en rénovation urbaine, au bord du canal de Bourgogne. C’est un programme porté par une forte ambition architecturale dans un site en lisière d’un quartier érigé au début des années 60 avec lequel on cherche à se connecter. Quatre concepteurs [Pietri Architectes, Upsilon, Triptyque Architecture et Rocco Valantines, NDLR] sont impliqués dans ce projet qui propose une qualité architecturale, des espaces et des usages habituellement réservés aux zones les plus privilégiées.

De nombreuses villes se dotent de chartes qui tentent d’encadrer l’activité des opérateurs en misant sur la construction durable. Quel regard portez-vous sur ces documents ?
Dans la plupart des villes dotées de chartes où j’ai travaillé, la mise en œuvre de règles plus ou moins formelles fait hurler les maîtres d’ouvrage. Mais in fine, tout le monde joue le jeu. Il faut que l’industrie immobilière accepte d’aborder de front la question de la qualité des logements. Un enjeu récemment mis en exergue dans le rapport de Laurent Girometti et François Leclercq. Cette équation est difficile à résoudre. Cela passe par une adaptation des documents d’urbanisme. Si vous souhaitez avoir des logements avec plus de hauteur par exemple, vous sacrifiez rapidement un étage. In fine, l’offre d’habitation est moins importante. Allier qualité et quantité implique un assouplissement des plans locaux d’urbanisme. Sinon, vous organisez la pénurie.

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Depuis les fenêtres de votre bureau, vous pouvez suivre au jour le jour l’avancée du chantier de la Porte bleue. Ce projet, dont vous êtes le concepteur, aura mis du temps à sortir de terre. Quel dialogue noue-t-il avec les tours voisines ?
Le dessin de cette tour de 56 mètres a été influencé par Jean Nouvel en proposant une architecture très contextuelle : la Porte bleue marque l’entrée du port et la sortie de la ville avec un horizon ouvert sur la Méditerranée. Ce qui a guidé le dessin, c’est une volonté monumentale assumée et une envie de profiter au maximum des vues sur mer tout en se protégeant du soleil. Cela se traduit par un édifie doté de 415 voûtes de béton porteuses qui permettent de disposer d’une surface vitrée de 50 % là où bon nombre de projets résidentiels se tiennent à 20 %. Et avec près de 90 centimètres de profondeur, ces mêmes voûtes assureront une bonne protection contre le vent et le soleil.
L’immeuble, qui comportera une résidence de tourisme et des appartements de standing dans les étages les plus élevés, sera livré en juin 2023.
La construction de cette tour, en collaboration avec Travaux du Midi (groupe Vinci Construction) se veut particulièrement innovante et durable. Le béton très clair est une version bas carbone réalisée à partir du laitier de hauts fourneaux, déchet revalorisé issu de l’industrie sidérurgique. Et surtout, l’ensemble des voûtes de la tour sont préfabriquées dans l’usine de Méditerranée Préfabrication, à Aubagne. C’est une solution qui permet de limiter les nuisances du chantier tout en garantissant la qualité du produit.

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La construction de logements a connu un nouveau creux en 2021. Le sujet de l’habitat ne figure pourtant pas en tête des priorités des candidats à la présidentielle.
Ce n’est pas nouveau. Malheureusement. Dans d’autres pays comme l’Espagne ou l’Italie, l’immobilier est un enjeu culturel. Ce n’est pas le cas chez nous. La fabrique de la ville alimente de nombreux fantasmes. On brandit tout de suite le spectre du bétonnage. Et l’habitat est souvent considéré sous des aspects purement techniques. Quant à la vision de l’urbanisme, elle est trop fréquemment envisagée de manière parcellaire limitée à la création de quartiers ou à la rénovation urbaine. On parle des quartiers, de l’insécurité… La ville dans son ensemble a du mal à être prise en compte.
Or, l’immobilier français souffre d’un déficit qualitatif en termes de prestation et de pérennité. Comment se fait-il qu’un immeuble haussmannien ait aujourd’hui l’air en meilleur état que beaucoup d’immeubles récents ? La qualité d’un immeuble renvoie à la tenue d’une ville. Cela passe par la capacité à donner du sens. Un bâtiment sincère, pensé avec simplicité, qui ne se résume pas à une équation financière, aura plus de chance d’être pérenne qu’un autre pensé comme un produit spéculatif.

Retrouvez l'intégralité de cette interview dans le n°1428 de TPBM paru le 2 février 2022. Cliquez ici pour plus d'informations sur nos offres d'abonnement, à partir de 20 €/an.
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