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Jacques Sbriglio : « Il faut revoir le concept des logements »

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Jacques Sbriglio : « Il faut revoir le concept des logements »
D.R. - Architecte et urbaniste, Jacques Sbriglio revient spontanément sur ce que lui a inspiré la crise sanitaire du Covid-19.

Praticien, enseignant et spécialiste du Corbusier, l'architecte-urbaniste Jacques Sbriglio, installé à Aix-en-Provence, livre ses réflexions sur l'habitat et le logement post-Covid.

Métropoles d'équilibre

« Si le futur est apparemment pavé de bonnes intentions, et en particulier d'une vie plus saine et écolo, il ne faut pas être naïf, ni utopiste. Cette crise sanitaire soulève néanmoins des questions très précises à propos du logement de demain, et la première qui se pose est celle de la densité urbaine puisque l'on a vu que des régions, les plus peuplées généralement, ont été plus touchées que d'autres. Ce qui impose de revoir la planification urbaine et de revenir à des métropoles que je qualifierais d'équilibre. En 1947, déjà, le géographe Jean-François Gravier dans son fameux ouvrage Paris et le désert français prônait de redévelopper les campagnes contre le gonflement de la capitale et l'exode rural, et on a bien vu au cours de cet épisode du confinement qu'il y avait des villes moyennes qui se portent très bien et qu'il valait mieux souvent être confiné en province, mettant en avant le problème de la densification. »

Unités de voisinage

« Autre concept auquel il conviendrait de revenir, c'est celui des unités de voisinage comme ont pu l'illustrer à cette occasion tous ces rapprochements spontanés sur les balcons, dans les cours d'immeuble… Des unités de voisinage qui doivent devenir le combat actuel des urbanistes et des architectes auxquels il revient en effet de mieux préciser cette notion et de comment vivre ensemble, ce qui est extrêmement important. C'est un terme, en plus, que je préfère personnellement à celui de mixité, qui ne veut rien dire. L'unité d'habitation de Le Corbusier était ainsi conforme à une taille de population qu'on puisse mêler afin que l'équilibre social se fasse. Trop petit, ça ne fonctionne pas, ça engendre l'individualisme pavillonnaire, et trop grand, à l'image des grands ensembles, de ces cités des 4000, ça ne marche pas plus car on se perd dans la trop grande densité. »

L'intérêt public

« Ce qui m'a heurté dans le hashtag « Restez à la maison » dont certains, - médias, artistes, intellectuels... - s'en sont mieux accommodés, c'est que tout le monde n'était pas logé à la même enseigne et que cela était beaucoup plus dur pour ceux vivant dans de petits appartements étroits de banlieue parisienne sans même un balcon ! A l'instar de l'hôpital et de la santé qui doivent rester d'intérêt public, il faut que la ville et le logement restent eux aussi d'intérêt public. C'est là le rôle des politiques qui doivent aussi ne pas laisser les promoteurs ne faire que du produit pour ensuite le vendre. Aujourd'hui, on ne construit des logements, de plus en plus petits, que pour le nombre, pas pour répondre aux besoins des familles ! »

Retrouver la qualité

« Il faut revoir le concept des logements eux-mêmes. Leur taille n'a cessé de baisser. On a beaucoup perdu également sur la conception de l'espace du logement, sur la typologie. A mon avis, un bon logement doit répondre au moins à ces trois critères. Tout d'abord, il doit avoir une surface correcte. Deuxièmement, et du point de vue du développement durable, il doit être traversant, pour la ventilation naturelle, et profiter au moins de deux orientations, pour l'ensoleillement, la lumière. Enfin, troisièmement, il doit disposer d'espaces extérieurs aussi importants que le logement lui-même. Avant, les appartements comprenaient une entrée avec d'un côté, l'espace de vie, et de l'autre, les chambres. Aujourd'hui, dans beaucoup de logements, on entre directement par la zone des chambres, c'est un non-sens. Le logement collectif a donc du souci à se faire pour retrouver certaines des qualités de la maison individuelle.

Quant au surcoût qu'engendrerait un tel effort qualitatif, la clé, c'est bien entendu le prix du foncier qu'on pourrait alors louer plutôt que de l'acheter afin d'améliorer la qualité intrinsèque du logement. C'est une piste qu'il faut creuser. »




J. P. Pierrat
Journaliste

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