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Intempéries : Etat et collectivités se mobilisent pour la reconstruction

Alpes-Maritimes le - - Urbanisme

Intempéries : Etat et collectivités se mobilisent pour la reconstruction
Valtinée - La facture est estimée plus de 2 milliards d'euros sur les infrastructures et bâtiments publics.

Fonds d'urgence, « conférence des financeurs », emprunts... Les réparations dans les vallées du haut pays vont drainer de nombreux financements de l'Etat et des collectivités. Mais il faudra définir un projet de reconstruction durable.

Plus de quinze jours après les tragiques intempéries qui ont frappé plusieurs vallées du haut pays des Alpes-Maritimes et alors que les secours d'urgence restent largement déployés, la mobilisation pour la reconstruction se précise. Lors de sa visite sur place, le président de la République, Emmanuel Macron, a annoncé trois mesures : l'arrêté de catastrophe naturelle pris en urgence pour 55 communes, un déblocage du fonds Barnier à hauteur de 50 millions d'euros pour aider à la reconstruction des habitations, la création d'un « fonds d'urgence 06 » avec un apport immédiat de 100 millions d'euros de la part de l'Etat. Face à une facture gigantesque (plus de 2 milliards d'euros de dégâts sur les infrastructures et bâtiments publics), tous les acteurs vont être mobilisés et une « conférence des financeurs » associant l'Etat, le conseil départemental des Alpes-Maritimes, la métropole et les communes va voir le jour. Des financements européens et des crédits du plan de relance devraient y être également versés.

Le département emprunte 200 millions d'euros

Des collectivités du département ont annoncé sans tarder leur participation à l'immense effort de reconstruction à accomplir. Comme le conseil départemental 06 qui va emprunter 200 millions d'euros pour reconstruire. « Nous voterons un emprunt de 70 millions d'euros lors de notre séance du 6 novembre puis 130 millions d'emprunts nouveaux dans le cadre du budget primitif 2021. C'est totalement exceptionnel pour permettre le retour de la vie dans les territoires meurtris », explique son président, Charles-Ange Ginésy. Cet engagement s'ajoute à une enveloppe de 17 millions d'euros mobilisée en urgence par cette collectivité. La métropole Nice Côte d'Azur, qui s'est réunie le 16 octobre après avoir débloqué 20 millions d'euros en urgence, a prévu de se doter, dès 2021, d'un budget annexe spécifique « Tempête Alex » pour financer les travaux de reconstruction. Et elle évalue désormais, non plus à 600 millions d'euros mais à un milliard le coût des réparations et de la reconstruction sur son territoire. « Nous sollicitons une mobilisation nationale mais aussi du fonds de solidarité de l'Union européenne pour faire à cette catastrophe naturelle », déclare Christian Estrosi, le président de la métropole.

Quant au conseil régional Provence-Alpes-Côte d'Azur, il a voté le 9 octobre 10 millions d'euros de fonds d'urgence et son président Renaud Muselier a promis deux enveloppes d'aides de 20 millions d'euros au département et à la métropole. La Région, avec la SNCF, s'active également pour rétablir l'infrastructure la moins touchée - le ferroviaire - dans la vallée de la Roya. « Dès le 8 octobre, la gare de Fontan, entre Breil et Tende, a pu rouvrir. A partir du 19 octobre, la ligne sera réouverte jusqu'à Saint-Dalmas-de-Tende, avec une gare provisoire » annonce Renaud Muselier.

Des premiers enseignements

Les premiers enseignements de la catastrophe commencent également à être tirés.

« La sururbanisation de notre territoire a été dénoncée alors que les vallées du haut pays ne dépassent pas 10 habitants au km2. C'est méconnaître les caractéristiques de ces vallées, d'autant que des maisons vieilles de plus de deux siècles ont aussi été emportées », relève Charles-Ange Ginésy.

En aval, le fleuve Var a frôlé sa crue centennale (débit de 3000 m3/s enregistré au pont Napoléon III) mais il n'y a pas eu de débordement dévastateur comme en 1994. Les travaux d'entretien du fleuve, les confortements de digues, la stratégie d'abaissement des seuils menés dans le cadre des Programme d'actions de prévention des inondations (Papi) - 80 millions d'euros engagés ces dernières années dans la basse vallée du Var - par le Smiage, l'opérateur de la prévention des inondations dans le département, ont montré leur portée.


Lire aussi : Le Smiage au chevet du fleuve Var


Ce dernier va être appelé à jouer un rôle important dans le rétablissement des systèmes d'endiguement dans les vallées, évalué à plusieurs centaines de millions d'euros. De nouveaux Papi devraient également voir le jour, dans la Roya notamment qui en était dépourvue. « Avant cet événement, un nouveau Papi Tinée, Var, Vésubie, Estéron était en préparation avec 60 millions d'euros d'investissements et un engagement début 2021. Mais il va falloir certainement revoir les priorités », confirme Cyril Marro, le directeur du Smiage.

L'occupation des lits majeurs en question

Pour les réparations et les reconstructions, le principe d'une approche résiliente et durable a été posé. Mais comment la traduire ? La violence et l'étendue des débordements des cours d'eau en furie posent la question de l'occupation de leurs lits majeurs, là où hier se trouvaient des constructions. Pour l'heure, une « cellule bâtimentaire » a été mise sur pied par l'Etat qui doit évaluer, d'ici fin octobre, l'état de quelque 2 000 bâtiments dans les communes touchées. Il s'agit d'un premier diagnostic des constructions qui pourront être conservées ou pas. La métropole va de son côté confier à sa nouvelle « agence de sécurité sanitaire, environnementale et de gestion des risques » une étude d'un million d'euros pour caractériser et cartographier l'impact du phénomène hydrométéorologique dans les vallées. Elle servira à éclairer les futures orientations d'aménagement.

« Il y aura un questionnement sur ce qui peut être reconstruit. L'enjeu va être de réussir à concilier aménagement et prévention, en prenant en compte ces phénomènes environnementaux et en définissant des priorités. Mais il ne faut pas que le temps des études bloque l'engagement des travaux. Les deux doivent être conduits en parallèle » souligne Laure Carladous, président de la Fédération du BTP des Alpes-Maritimes.

Pour la sénatrice des Alpes-Maritimes, Dominique Estrosi-Sassonne, « il est évident qu'on ne pourra pas reconstruire aux mêmes endroits dans les communes sinistrées. Le problème est que la loi Montagne rend inconstructible, dans le Plan local d'urbanisme métropolitain qui s'applique à ces communes, des terrains non classés à risque. Il faut faire évoluer cette loi au plan national pour desserrer cette contrainte. »




Rémy Mario
Journaliste

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