AccueilTerritoiresGilles Vincent, président du Sittomat : « C'est un travail de longue haleine, commune par commune »

Gilles Vincent, président du Sittomat : « C'est un travail de longue haleine, commune par commune »

Le Syndicat mixte intercommunal de transport et de traitement des ordures ménagères de l'aire toulonnaise (Sittomat) est à la croisée des chemins au regard des besoins croissants en la matière, conjugués à la nécessité d'un développement durable qui n'a jamais aussi bien porté son nom. Rendez-vous avec Gilles Vincent, son nouveau président, administrateur de longue date, maire de Saint-Mandrier, vice-président de la Métropole Toulon Provence Méditerranée et expert national des sujets environnementaux.
Gilles Vincent, président du Sittomat : « C'est un travail de longue haleine, commune par commune »
O. Réal - L'Unité de valorisation énergétique de Lagoubran.

TerritoiresVar Publié le ,

« Vieux » syndicat intercommunal créé il y a 40 ans à 18 villes, en rassemblant aujourd'hui 38, couvrant une métropole, Toulon Provence Méditerranée, une communauté d'agglomération, Sud Sainte Baume, deux communautés de communes, Vallée du Gapeau et Golfe de Saint-Tropez, le Sittomat gère les déchets de plus de 575 000 habitants. Sans compter l'afflux touristique estival correspondant à une production d'ordures ménagères de 191 000 âmes. Ce qui en fait l'une des plus importantes infrastructures de France dans son domaine.

Son nouveau président depuis cet été, Gilles Vincent, successeur de Jean-Guy di Giorgio, connaît bien le syndicat pour y siéger en conseil d'administration depuis 1986. Naguère, sur le site principal de Lagoubran, à l'entrée ouest de Toulon, « il y avait une décharge qui partait en fumée de temps en temps, à tel point que cela avait même nécessité d'arrêter un match de football au stade Bon Rencontre. Les élus ont fait en sorte que cela cesse en créant l'usine de traitement. C'est le début de l'histoire du syndicat », se souvient-il.

Petit à petit, celui-ci s'est adapté aux mesures gouvernementales pour réguler la collecte et étendre ses activités dans le bon sens de l'économie circulaire. Aujourd'hui, l'Unité de valorisation énergétique (UVE) des déchets* traite plus de 260 000 tonnes par an d'ordures ménagères résiduelles (OMS), dont 150 000 tonnes issues de déchèteries et 43 000 tonnes de collecte sélective. Une caractérisation des OMS a permis de déterminer qu'entre le textile, le verre, le plastique, le papier carton, les déchets verts, il y a quelque 40 000 tonnes de matière recyclable à aller chercher.

« C'est un travail de longue haleine, commune par commune, afin de faire prendre conscience du potentiel, par du porte-à-porte, l'augmentation des containers, de la collecte ciblée, de la communication pédagogique, de la responsabilisation aussi. Nous avons de belles marges de progression, mais des difficultés également inhérentes à nos formes de logement. Les rendements ne sont pas les mêmes entre un habitat vertical et horizontal, plus ou moins peuplé. Or, nous couvrons des zones totalement urbaines, d'autres 100 % rurales, d'autres encore entre les deux, et certaines très touristiques. Les approches sont différentes au sein de notre périmètre de couverture. »

Echéances majeures

Fort de ses nombreux développements jusqu'alors, de ses acquisitions de savoir-faire et de sa montée en connaissances, le Sittomat se prépare à de nouvelles échéances dictées par la réglementation, sous l'impulsion anticipatrice de son président, également président national du réseau Amorce depuis 12 ans. En vertu de la loi de transition énergétique, il faudra savoir en 2023 si le produit est recyclable ou pas. Pour cela, il est nécessaire d'imposer aux fabricants d'emballages ménagers de les rendre compatibles, sachant qu'ils seront acheminés dans une structure qui va trier les différentes résines. De son côté, le Sittomat va construire un centre de tri moderne dédié. L'achat d'un terrain est en cours, pour un investissement global envisagé, équipement compris, de 12 à 15 millions d'euros.

Deuxième échéance, plus longue, à partir de 2025, l'obligation d'extraire des OMS les fermentescibles, soit environ 30 % de nos poubelles, ce qui représente plus de 80 000 tonnes à l'échelle du Sittomat. En résumé, il s'agit des déchets putrescibles qui peuvent être compostés (déchets alimentaires des ménages, papiers-cartons, textiles sanitaires pour l'essentiel). Le syndicat a distribué d'ores et déjà 70 000 composteurs, 2 000 lombriculteurs, 3 000 poulaillers… mais se trouve au milieu du gué.

Deux solutions sont envisagées, toujours selon Gilles Vincent. L'une mécanique via un centre de tri pour extraire le recyclable des ordures, en l'occurrence les combustibles solides de récupération (CSR) et mettre le fermentescible en compostage, sachant qu'il doit être normalisé et épuré de matières plastiques. Le mieux serait alors de méthaniser afin d'obtenir un gaz recyclé dans le réseau GRDF ou de brûler pour produire de l'électricité, comme c'est le cas avec l'Unité de valorisation énergétique « maison » de Lagoubran. Il est question dans ce domaine de créer une nouvelle unité régionale destinée à rassembler tous les CSR, ou bien de les acheminer vers la cimenterie de Gardanne (Bouches-du-Rhône). Autre option, aller à la source en demandant aux ménages de trier les fermentescibles dédiés au compost par l'intermédiaire d'une Xe poubelle. « Cela engendrerait un problème de coût de collecte sélective qui serait alors double, mais aussi de commercialisation de compost, ce qui n'est pas évident lorsqu'il s'agit de 80 000 tonnes… » D'une façon ou d'une autre, la France doit atteindre 100 % de plastique recyclé d'ici 2025.

Autre sujet complémentaire, un meilleur tri des encombrants pour les valoriser à la faveur d'un nouveau centre, là aussi. Une recherche de terrain est en gestation. « L'idée générale est de tendre vers une valorisation de tout ce que l'on fait et de ne pas se "contenter" de l'usine », revendique Gilles Vincent. Si cette dernière, qui n'aura pas d'extension ni d'augmentation de capacité, est allégée des tonnages précités, alors il sera possible de couvrir d'autres territoires qui frappent à la porte.

* L'Unité de valorisation énergétique de Lagoubran, créée en 1985 et exploitée depuis 2013 en délégation de service public par la société Zephire, a valorisé 263 018 tonnes de déchets en 2019, produit 124 268 MWh d'énergie électrique utilisée pour le fonctionnement de l'unité et réinjectée dans le réseau Enedis, mais aussi 33 990 MWh d'énergie thermique alimentant deux réseaux de chaleur. Lesquels desservent 5 200 logements de la Beaucaire à Toulon et d'une partie du quartier Berthe à La Seyne.

Partage
Envoyer à un ami
Connexion
Mot de passe oublié ?