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Face à un engouement croissant pour le bois, la filière est-elle prête ?

La RE2020 pousse naturellement le secteur de la construction à se tourner vers le bois. Encore faut-il pouvoir répondre à cette demande massive. L'éclairage de Bois des Alpes et des Communes forestières.
Face à un engouement croissant pour le bois, la filière est-elle prête ?
Communes forestières Paca - La forêt de Baratier, dans l'Embrunais

TerritoiresHautes-Alpes Publié le ,

S'il est bien un matériau qui a la cote, c'est le bois. Il est de tous les projets, et ce n'est que le début. La mise en place de la RE2020 depuis le 1er janvier va encore renforcer sa présence dans la construction.

« Cette norme exige de limiter l'empreinte carbone dans les bâtiments neufs, de poursuivre l'amélioration de la performance énergétique et de garantir la fraîcheur, ce qui fait du bois le matériau tout trouvé : sain, aux nombreuses qualités techniques, biosourcé, peu transformé, renouvelable et stockant du carbone », énumère Patricia Morhet-Richaud, présidente de Bois des Alpes et des Communes forestières des Hautes-Alpes.

L'engouement pour le bois est passé « d'une action militante à une démarche réglementaire », commente Jérôme Bonnet, directeur des Communes forestières Paca. La RE2020 représente dans ce contexte une vraie opportunité pour la filière : « Si on parvient à le couper, à le transformer, à l'utiliser localement, on a tout juste », fait remarquer la présidente.

Certes. Mais ça ne se fera pas sans difficulté. La première, les entrepreneurs du bâtiment et les maîtres d'ouvrage l'affrontent depuis de nombreux mois : la pénurie de matériaux générant une augmentation des prix, consécutive à une forte croissance de la demande chinoise et à la rupture des accords entre les Etats-Unis et le Canada. « Le conflit ukrainien, engageant des pénalités contre la Russie alors que la Sibérie fournit du bois, ne va rien arranger à la situation », estime l'ex-sénatrice des Hautes-Alpes.

A Embrun, le bois est géré en circuit court

Mais toute crise génère son lot d'opportunités, dont la relocalisation des approvisionnements. « Négociants, charpentiers se sont retournés vers les scieurs français pour se fournir », affirme Patricia Morhet-Richaud. « Les charpentiers importaient tandis que les scieurs exportaient », complète Jérôme Bonnet. Cette crise a finalement contribué à la reconstruction d'une filière amont-aval, relançant la dynamique de valorisation du bois local, favorable à une meilleure gestion des forêts.

« Des projets d'investissement qu'on n'avait jamais vus »

Cette volonté ne date pas d'hier et a abouti en 2011 à la création de la certification Bois des Alpes, à l'instar de la labellisation Bois des territoires du Massif central, pour promouvoir le bois alpin français dans la construction, garantissant aux maîtres d'ouvrage une traçabilité, une origine et une qualité. Cette démarche pousse les entreprises de transformation à collaborer entre elles.

Si Bois des Alpes encourage les sociétés à se certifier, les Communes forestières accompagnent et incitent leurs adhérents à inscrire la certification dans leurs marchés. « La commande publique doit être exemplaire. On a dépassé la centaine de projets en Provence-Alpes-Côte d'Azur et la trentaine dans les Hautes-Alpes », se félicite Patricia Morhet-Richaud.

Neutralité carbone : la filière forêt-bois, un levier d'actions pour les élus ?

La filière est peut-être en train de se structurer mais n'est pas encore prête à répondre à un tel engouement pour le matériau. « La filière bois, c'est le deuxième déficit commercial de la France. On vient de loin. En France, il n'y avait jusqu'à présent pas de volonté évidente de pousser la filière bois/forêt, mais c'est en train de changer. Et en tout cas, il y a une volonté locale de la Région Provence-Alpes-Côte d'Azur, du Département des Hautes-Alpes, du Comité de massif de soutenir les entreprises à s'engager et développer de nouveaux outils », admet Jérôme Bonnet.

Patricia Morhet-Richaud, présidente de Bois des Alpes et des Communes forestières des Hautes-Alpes, et Jérôme Bonnet, directeur régional des Communes forestières. (Crédit : M.-F. Sarrazin)

Les lignes bougent. « On voit éclore des projets d'investissement qu'on n'avait jamais vus », remarque-t-il, songeant en particulier à deux programmes touchant les Hautes-Alpes, dont le montant s'élève à 3 ou 4 M€ chacun. Le premier, Alpes Bois Collage, fabriquera trois produits certifiés Bois des Alpes : du bois massif abouté pour construire des murs ossature bois, du bois massif reconstitué pour la charpente et des carrelets de menuiserie utilisés notamment pour les montants des portes et fenêtres. « Un concept innovant qui n'a pas d'équivalent à l'échelle du massif alpin, comptant uniquement deux unités de lamellé-collé », ajoute Jérôme Bonnet. Le second porte sur la création d'une scierie d'ici deux ans dans la zone d'activités du Poët ou de Mison (Alpes-de-Haute-Provence). « Le sciage est le parent pauvre français, encore plus en Provence-Alpes-Côte d'Azur. Mais la capacité de sciage, dans la région, va être multipliée par deux ou trois avec ce projet, puis deux autres dans l'arrière-pays niçois et à Gardanne », égraine Jérôme Bonnet.

Un matériau biosourcé garanti local ? Du Bois des Alpes !

La structuration de ce secteur va générer des besoins de main d'œuvre croissants, alors qu'il souffre déjà d'un manque d'attractivité. Le directeur régional des Communes forestières en est bien conscient : « C'est le sens de la journée régionale des métiers de la filière bois/forêt organisée le 25 mars à Embrun. »

Un volume de bois faible, mais en augmentation

Répondre à l'engouement, c'est aussi disposer de la matière première nécessaire. Provence-Alpes-Côte d'Azur possède un volume de bois assez faible, bien qu'en augmentation. Dans la région, seules 50 % des surfaces forestières sont facilement accessibles (contre deux-tiers au plan national) du fait du relief accidenté et d'un manque de desserte des massifs. Ce qui est le cas dans les Hautes-Alpes : « Des solutions existent : la création de pistes forestières, l'exploitation par câble en cours de redéploiement sur le massif alpin et l'instauration d'une politique d'aide à l'acquisition de matériel forestier. » Pour le reste, l'un des enjeux repose sur « la mise en gestion des forêts privées [60 % des forêts de la région ne sont ni gérées ni exploitées, NDLR], l'investissement dans les plantations et les travaux sylvicoles ».

La région a aussi tout intérêt à capitaliser sur le bois énergie, qui demeure d'ailleurs son débouché principal, en multipliant le nombre de chaufferies bois (on en dénombre 116 dans les Hautes-Alpes, consommant annuellement 30 000 tonnes de bois). « Ce secteur a fait ses preuves, il faut continuer à le développer car il permet de valoriser le bois non utilisable en bois d'œuvre, présent en quantité », juge le directeur des Communes forestières Paca.

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