AccueilTerritoiresDomaines skiables de France : « Trouver le juste milieu entre l’économie et l’écologie »

Domaines skiables de France : « Trouver le juste milieu entre l’économie et l’écologie »

Gérard Bracali, directeur du domaine du Val d’Allos, est le nouveau président de la section Alpes du Sud du syndicat professionnel Domaines skiables de France. Il prône une diversification écoresponsable de l’activité en montagne.
Domaines skiables de France : « Trouver le juste milieu entre l’économie et l’écologie »
Val d'Allos - "Nos stations doivent être résolument tournées vers le développement durable et le faire savoir", estime Gérard Bracali, président de la section Alpes du Sud de Domaines skiables de France.

TerritoiresAlpes-de-Haute-Provence Publié le ,

Gérard Bracali, nouveau président
Alpes du Sud de Domaines skiables
de France.

TPBM :  Vous avez été élu le 27 septembre 2021 président de la section Alpes du Sud* du syndicat professionnel Domaines skiables de France pour un mandat de cinq ans. Quelles sont vos priorités ?
Gérard Bracali : La première préoccupation était évidemment que l’ouverture soit assurée cet hiver dans les stations. Nous avons été rassurés par le secrétaire d’Etat au tourisme lors de son annonce le 30 septembre, en clôture du Congrès des Domaines skiables de France à Chambery. Et même si nous ne saurons que le 13 octobre s’il faudra un pass sanitaire ou non, dans tous les cas l’ouverture est assurée et c’est bien là l’essentiel. La plupart des stations n’auraient pas eu les moyens de passer une seconde saison blanche.

Concernant mon mandat de façon plus générale, je prône un développement des démarches écoresponsables. Nos stations doivent être résolument tournées vers le développement durable et le faire savoir. D’après une étude que nous avons menée, 80 % des sondés pensent que nous respectons la montagne. Il faut s’y tenir. Nous devons être en capacité de trouver le juste milieu entre l’économie et l’écologie. D’autant que nous sommes confrontés de plein fouet au changement climatique. Nous avons évidemment des efforts à faire, notamment sur le recyclage ou la production de gaz à effet de serre. Pendant ce mandat, je veux tenir les 16 éco-engagements que nous avons pris avec Domaines skiables de France. Mon objectif sera de viser la neutralité carbone d’ici 2037. 

Quels sont ces éco-engagements ?
Ils sont organisés autour de cinq grandes thématiques : climat et énergie ; neutralité carbone ; eau et agriculture ; biodiversité ; paysages et déchets. Ils prévoient des investissements pour protéger la biodiversité et une stratégie volontariste pour préserver les paysages, sans oublier la question des déchets, induits par l’activité touristique. Cette démarche ne sera possible que si tout le monde se met autour de la table. Je pense notamment aux élus locaux, aux écoles de ski, aux hôteliers et hébergeurs et à tous les socioprofessionnels, les transporteurs, les associations de défense de l’environnement et les citoyens, qu’ils soient habitants ou vacanciers, car nous avons tous un rôle à jouer.

Nous devons amoindrir notre impact environnemental. Les bénéfices attendus des mesures adoptées par les opérateurs de remontées mécaniques et domaines skiables en suivant cette démarche sont concrets et nécessaires. Nous avons estimé entre 5 et 10 % d’économies de gasoil grâce à l’éco-conduite des engins de damage, entre 10 et 20 % d’économies d’électricité avec toutes les mesures prises, entre 5 et 10 % d’optimisation du prélèvement en eau, à équipement en neige de culture égal, 2 300 ha revégétalisés avec des semences endémiques et 50 tonnes de déchets ramassés.

Comment cela va se traduire localement ?
Nous allons nous associer au projet Hygreen de la Communauté d'agglomération Durance Luberon Verdon, probablement via la Communauté de communes du Haut-Verdon Val d’Allos. L’idée serait de mettre en place un prototype d’engin de damage. Ils représentent entre 50 à 60 % des pollutions sur les domaines skiables. S’ils fonctionnaient à l’hydrogène, nous aurions trouvé une partie de la solution. Concernant la neige de culture, un thème sur lequel nous sommes régulièrement interpellés, nous ne gaspillons pas d’eau mais l’empruntons et nous la restituons ensuite. Il faut tout de même savoir qu'un euro d’investi dans les stations de ski se traduit par sept euros de retombées économiques, ce n’est pas rien pour les territoires.

« Aller vers la transition écologique est, à mon sens, un objectif ambitieux»

Qu’attendez-vous du master plan régional en cours d’élaboration ?
La richesse de notre région, c’est la disparité des tailles de nos stations. J’attends de la Région qu’elle sache faire du sur-mesure mais aussi qu’elle sache prendre ses responsabilités en matière de gouvernance. Le tourisme de ski doit devenir une destination montagne. Il y a le double enjeu d’un travail d’élargissement des ailes de saison, avant même de penser à un tourisme quatre saisons et nous avons aussi besoin d’une politique commune. Tout le monde doit se mettre autour de la table, se fédérer autour d’une gouvernance qui donne le ton et alors nous suivrons.

Quels sont les principaux enjeux dans nos montagnes alpines ?
Il va falloir indéniablement les aménager dans les 30 prochaines années. Le tout ski c’est fini. Mais sans le ski, c’est fini. Une pente peut se descendre autrement qu’en ski : les sports d’hiver sont pluriels. A l’avenir, il faudra consommer la montagne autrement. Cela passera par l’aménagement de l’après-ski par exemple. Une chose est sûre nous allons devoir viser l’excellence pour attirer les clients.

Cela passera certainement par une amélioration de l’accès au numérique. Quand, en 2019, nous avons eu une coupure d’internet de trois semaines, nous avons totalement pris conscience du problème. Aucune réservation de séjour n’était possible… Aujourd’hui aucun opérateur n’est capable de nous assurer un service correct. Pourtant les applications existent. Sur le Val d’Allos, qui est le domaine que je connais le mieux, nous n’avons toujours pas la fibre, la 4G ne suit pas non plus. Comment allons-nous faire avec les QR codes au besoin ? D’autre part, l’état des habitats de loisir se pose également. Nous voyons des biens qui sont amortis mais que les particuliers ne veulent pas confier en gestion. Les droits de préemption ont été revus pour que les collectivités puissent faire quelque chose... mais ça reste un problème. Et puis les besoins en logements ne conviennent souvent plus. Mais est-ce que l’aménagement intérieur permet une reconfiguration des logements ? Pas toujours. Il faut aussi revoir les passoires thermiques. Bref, il y a du travail.

Quid de l’Espace Lumière, ce vaste projet d'amélioration des liaisons entre les deux domaines skiables du Val d'Allos La Foux et de Pra Loup, initié par le Conseil départemental des Alpes-de-Haute-Provence ?
Ce projet a du sens. Le besoin existe, c’est une certitude. D’autant que nous savons que dans 30 ans, à 1 800 m d’altitude il y aura encore de la neige… La principale question est : "Par quoi commence-t-on ?".  En développant ce projet, l’Espace Lumière serait le plus grand domaine skiable des Alpes du Sud, mais avant de se lancer je comprends que l’on travaille finement le business plan. Il faut également réfléchir à l’amélioration de la gestion des stations. Il faut trouver une gestion équilibrée entre le public et le privé. Peut-être imaginer une gestion globalisée du domaine skiable ?

* Alpes-de-Haute-Provence ; Hautes-Alpes ; Alpes-Maritimes ; Vaucluse - Mont Ventoux. 

Partage
Envoyer à un ami
Connexion
Mot de passe oublié ?