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Déficit en eau des retenues alpines : attention à la double peine

Alors que les réserves en eau des départements alpins fondent comme neige au soleil, les acteurs du territoire craignent aujourd’hui une double peine : un déficit en eau cumulé à un déficit touristique. Quels enjeux ? Quelle réalité ?
Déficit en eau des retenues alpines : attention à la double peine
D. R. - Les retenues des lacs de Sainte-Croix (en photo), Serre-Ponçon et Castillon disposent d’assez d’eau pour proposer la quasi totalité des activités habituelles.

TerritoiresAlpes-de-Haute-Provence Publié le ,

« Attention à ne pas casser la saison ! » Victor Bérenguel, le président du Syndicat mixte d'aménagement et de développement de Serre-Ponçon (Smadesep), en charge de conduire et réaliser toutes opérations de valorisation, de développement touristique et d’aménagement du domaine public hydroélectrique ne mâche pas ses mots. Comme beaucoup d’acteurs locaux, il s’inquiète de la mauvaise publicité faite autour des retenues alpines. Et pour cause les annulations de séjours vont bon train sur l’ensemble de ces secteurs, que ce soit à Serre-Ponçon, aux alentours du lac de Castillon ou de la retenue de Sainte-Croix dans le Verdon.

Voir le lac à moitié plein

Pour le président du Smadesep les activités ont été limitées dans quelques secteurs du lac de Serre-Ponçon mais il y a encore largement assez d’activités pour satisfaire les touristes. « Si, bien évidemment, il y a un déficit en eau, le lac est plein à 72 % tout de même », souligne-t-il avant d’ajouter :

« Les seules activités qui ne peuvent pas être pratiquées autour du lac de Serre-Ponçon sont les deux parcs aquatiques gonflables et quelques plages qui ne sont plus surveillées et pour lesquellesnous avons mis en place des hydroguides qui informent les usagers, notamment sur les secteurs en queue de lac où il y a des risques d’enlisement. »

Même constat du côté du parc naturel régional du Verdon en charge de la gestion du lac de Sainte-Croix : « Les touristes lisent qu’il n’y a plus d’eau dans le Verdon, c’est faux. La seule activité qui n’est plus possible à l’heure actuelle c’est la descente des gorges en canoë kayak, qui étaient rendues possibles quelques jours par semaine sur la base des lâchers d’eau. L’ensemble des activités coutumières sont tous à fait possibles », précise Marlène Economides pour le parc naturel régional du Verdon.

Des travaux en urgence pour assurer la saison… et d’autres à venir

« Depuis le mois de mai nous avons investi 70 000 € pour faciliter la tâche des prestataires. Nous avons installé 150 plots à béton armé de 500 kg chacun. Nous avons déplacé 100 bouées pour les mouillages, nous avons rallongé 5 pontons et 100 chaînes mer, sans compter les bouées passager,… », fait valoir Victor Bérenguel qui estime qu’en matière d’aménagement, son secteur est dans la même situation que dans les années 1990, à l’époque où seulement 10 prestataires étaient installés. « A la différence qu’ aujourd’hui ils sont une centaine », comptabilise-t-il. Le président du Smadesep assure qu’il travaille avec l’État pour agir sur un potentiel allongement des plages. « Nous avons demandé à la région de créer un contrat de lac, actif d’ici 5 à 6 ans, avec une enveloppe dédiée qui pourrait atteindre les 25 M€. Aujourd’hui le lac de Serre-Ponçon c’ est 91 km de rives dont seulement 41 de rives aménagées », souligne-t-il.

Plan Avenir montagnes : les aménagements prévus autour de Serre-Ponçon

Selon lui, pour bien comprendre les enjeux il faut aussi bien saisir que les activités touristiques autour du lac de Serre-Ponçon représentent 45 % du produit intérieur brut (PIB) des Hautes-Alpes. Il appuie : « Maintenir de l’activité autour du lac c’est aussi maintenir de l’emploi non délocalisable. Bon nombre de nos jeunes travaillent comme saisonniers et ils partagent leur temps entre les stations l’hiver et les activités touristiques autour du lac l’été ».

Sécuriser la ressource

De son côté EDF Hydro Méditerranée explique avoir anticipé la situation et avoir réduit de 60 % sa production électrique et cela depuis le mois de février 2022. « Compte tenu de cette situation de déficit historique, depuis février, les aménagements hydroélectriques sont essentiellement utilisés pour la fourniture du débit réservé et les prélèvements en eau pour l’irrigation agricole, l’eau potable et l’eau industrielle. L’usage énergétique est toujours fortement limité. La production hydroélectrique à été réduite de 60 % afin de favoriser le remplissage des retenues pour la prise en compte des autres usages de l’eau. Il est quasi nul à l’heure actuelle. »

Les travaux d’aménagements hydrauliques du plateau de Valensole démarreront fin septembre 2021

Depuis septembre 2021, le déficit pluviométrique est en moyenne de 40 % sur l’ensemble du territoire. La retenue de Serre-Ponçon est actuellement à -11 mètres par rapport à la côte d’exploitation touristique entre -4 et -5 pour les lacs de Castillon et Sainte-Croix selon les informations de la préfecture. Huit bassins versants des Alpes-de-Haute-Provence sont actuellement placés en alerte renforcée à la sécheresse : l’Artuby-Jabron, l’Asse, le Buëch, la Calavon, le Colostre, le Largue, le Lauzon et la Nesque. Le Var, la Durance et le Verdon sont quant à eux placés en alerte sécheresse.

Edf Hydro Méditerranée prévient qu’en l’absence d’épisodes pluvieux importants, l’ensemble des retenues (Castillon, Sainte-Croix et Serre Ponçon) continueront de baisser. « Depuis début juin, le débit d’eau entrant est inférieur aux quantités d’eau sortantes nécessaires pour les besoins en aval : alimentation en eau des populations, débit réservé pour préserver la biodiversité. En conséquence, le niveau des retenues baisse et, sauf épisode pluvieux significatif, il continuera de baisser. » A noter que, les canaux d’irrigation de la basse Durance alimentés par le canal EDF et bénéficiant en été d’un soutien par la réserve agricole de Serre-Ponçon (200 millions de m3), ont réduit leur prélèvement en eau depuis la mi-juin.

Tous les acteurs des territoires alpins s’accordent à dire qu’à l’avenir de nouveaux aménagements plus résilients devront être bâtis et c’est là tout le sens de la visite du préfet de région Christophe Mirmand qui a eu lieu le 25 juillet dernier à Savines-le-Lac.

En fin de saison, un point précis sera fait pour connaître l’impact de cet été exceptionnel. L’un des premiers enseignements sera aussi de mieux intégrer les départements alpins dans la gouvernance régionale de gestion de l’eau.

Point sur la situation actuelle :
D’après les données fournies par EDF, la situation est équivalente sur l’ensemble du territoire en matière de remplissage des retenues d’eau. Les retenues des Alpes du Nord seraient 6 points sous la moyenne historique, celles des Alpes du Sud : 24 points sous la moyenne historique, celles des Pyrénées,7 points sous la moyenne historique et celles du Massif Central, tout juste au niveau de la moyenne historique.

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