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Coronavirus : vive tension dans le BTP en Paca

Publié le - - BTP

Coronavirus : vive tension dans le BTP en Paca
O. REAL - Les chantiers de BTP doivent continuer, ou pas ?

L'incompréhension cède le pas à la colère dans le BTP, en Provence-Alpes-Côte d'Azur comme sur le plan national, au regard des incohérences concernant la poursuite ou non de l'activité et la menace de non-application des mesures de chômage partiel.

La situation est ubuesque et prêterait à rire si des vies humaines et des risques de mortalité économique n'étaient pas en jeu. Le secteur du BTP apparaît hors sol au regard des échanges de ces dernières 48 heures entre les instances représentatives, les ministères et les services de l'Etat. Après la conférence téléphonique de début de semaine entre les hauts dirigeants de la Fédération française du bâtiment (FFB), de la Capeb (Confédération de l'artisanat et des petites entreprises du bâtiment), de la Fédération nationale des travaux publics (FNTP) et les représentants (parfois les ministres eux-mêmes) des ministères du Travail, du Logement, du Transport et de l'Economie, un vif émoi est ressorti des échanges sur le fait que l'activité du BTP soit en train de s'arrêter. En fait, les instances professionnelles n'ont pas reçu le feu vert qu'elles étaient venues demander, faute de clarté préalable, pour elles aussi se mettre en situation de confinement.


Voir aussi : [Carte interactive] Coronavirus : dans le flou, la filière BTP s'organise


Or, dans le même temps, des chantiers étaient interrompus par les forces de police et de gendarmerie demandant aux entreprises de prouver qu'elles pouvaient continuer, tandis que des chantiers publics étaient fermés par les donneurs d'ordre eux-mêmes.

Dans le même temps aussi, du côté de la Direccte (Direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi), il était stipulé officiellement à la Fédération du BTP du Var (entre autres) que « selon les directives des experts du ministère de la Santé, les mesures dites gestes barrières sont indispensables et la promiscuité entre les personnes est à éviter de façon impérative. L'employeur, qui est tenu d'assurer la santé physique et mentale de ses salariés, doit prendre toutes les mesures utiles, il a en cela une obligation de moyens renforcés. Le ministère du Travail a prévu des mesures exceptionnelles d'indemnisation au titre de l'activité partielle. Les entreprises qui ne peuvent appliquer les mesures d'éloignement suffisant des salariés (mesures barrières) et par là même préserver la santé de leurs salariés, peuvent y recourir. »

Du poids des mesures…

Dans le même temps toujours, l'Ordre des experts-comptables Provence-Alpes-Côte d'Azur informaient ainsi ses ressortissants s'agissant de la problématique des entreprises éligibles au chômage partiel, compte tenu des demandes qui se multiplient. « Pour celles qui doivent rester ouvertes et expressément prévues dans le décret, si elles décident de fermer pour des raisons sanitaires, elles ne pourront pas bénéficier du dispositif. Par exemple, si une entreprise de matériel de construction décide de fermer alors qu'elle fait partie des activités autorisées à rester ouvertes, elle ne bénéficiera pas du dispositif. Par contre, si elle emploie 200 salariés, qu'elle en met une partie au chômage partiel pour organiser les mesures de distanciation et de sécurité, elle pourrait en bénéficier sur cette partie du dispositif… »

Le BTP ne faisant pas partie des secteurs inclus dans les dispositions gouvernementales, il doit d'autant plus continuer que le télégramme du ministère de l'Intérieur, signé par le ministre le 17 mars, rappelle que « si les mesures de restriction doivent être strictement respectées, elles ne doivent pas aboutir à dissuader nos concitoyens de poursuivre leur activité, hormis pour les commerçants impactés par les interdictions d'ouverture. Outre les trajets domicile-travail autorisés pour ceux qui ne peuvent pas télétravailler ou travailler à distance, il est bien évidemment admis que les personnes qui exercent une activité qui les oblige à se déplacer (les livreurs par exemple) ou à travailler à l'extérieur (chantiers de bâtiments et travaux publics notamment) doivent la poursuivre, à condition de pouvoir présenter à tout moment en cas de contrôle leur attestation de déplacement ainsi que le justificatif de déplacement professionnel. Il est impératif que la vie économique de la Nation soit la moins impactée possible par la gestion de cette crise sanitaire… » Une consigne relayée par les services déconcentrés de l'Etat en région.

Quand Kafka rejoint Ubu, pas besoin d'en rajouter, sauf à préciser qu'il n'y a pas de poste fixe de travail sur les chantiers de BTP, que la promiscuité est évidente, que les protections sont en pénurie, que les salariés eux-mêmes ne comprennent pas pourquoi ils sont ainsi exposés au risque de mettre en danger leurs familles, que la responsabilité des chefs d'entreprise sera engagée, à défaut de processus vital… En attendant que le cœur et la raison économique ne se connaissent mieux, la Fédération nationale des entreprises de négoce, sous la pression, a demandé la réouverture des sites afin d'alimenter les chantiers de BTP qui doivent reprendre. L'histoire ne dit pas encore si les villes qui ont arrêté tous travaux doivent aussi les redémarrrer.

Les fédérations régionales du BTP ainsi que la Fédération du bâtiment Paca et la Fédération des travaux publics Paca ont adressé ce jeudi 19 mars une lettre commune au préfet des Bouches-du-Rhône et de Provence-Alpes-Côte d'Azur, Pierre Dartout, pour demander "une position claire du gouvernement" quant à l'arrêt des chantiers.

Cliquez sur la lettre pour l'afficher en grand écran



Olivier Réal
Journaliste

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