AccueilTerritoiresComment Miramas s'est transformée pour amener la nature en centre-ville

Comment Miramas s'est transformée pour amener la nature en centre-ville

A Miramas, le boulevard Théodore Aubanel, longtemps délaissé, dégradé, envahi de voitures, est devenu un espace où il fait bon se promener ou s’arrêter. Près de trois ans après son inauguration, récit d’une transformation… et de ses leçons !
La variété des plantations agrémente le cadre paysager et sa pérennité.
J.-C. Barla - La variété des plantations agrémente le cadre paysager et sa pérennité.

TerritoiresBouches-du-Rhône Publié le ,

Voici quelques années, personne n’aurait imaginé que le boulevard Théodore Aubanel à Miramas puisse devenir un lieu de promenade, de détente, au milieu d’arbres et de plantations diverses… De part et d’autre de cette voie de près de 800 mètres de long, séparée par des pins dont les racines défonçaient le bitume, et en l’absence de rocade de contournement de la ville, des milliers de voitures et de camions défilaient à longueur de journée pour rejoindre la N569 vers Istres et Fos-sur-Mer. Tout autour, habitations et commerces avaient vieilli, laissant parfois des friches que rien ne semblait promettre à une potentielle réhabilitation.

Carte interactive | Frédéric Vigouroux : « Miramas, c’est un mouvement ! »

Le 24 mars, à l’occasion du « BiodivTour », ce boulevard a été présenté à de nombreux élus et techniciens de communes de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur comme une revitalisation modèle et riche d’enseignements pour la conduite de la transition écologique en milieu urbain. L’événement était organisé par l’Agence régionale pour la biodiversité et l’environnement (ARBE) avec l’appui de la Région, de l’Office français de la biodiversité (OFB) et de l’Agence de l’eau Rhône Méditerranée Corse, ainsi que dans le cadre du programme de formation des élus « Nature for City LIFE » de la Région, animé par l’ARBE, avec des fonds européens.

La ville a positionné des abris à insectes et quatre ruches dont l’entrée pointe à trois mètres de hauteur. « Une apicultrice de Miramas se charge de leur entretien. Nous avons récolté 60 kg de miel. Les habitants ne se sont jamais plaints en deux ans », se réjouit Nicolas Blanchard, chargé de mission Mobilisation citoyenne au service Transition écologique. (Crédit : J.-C. Barla)

« Changer des tuyaux coûte plus cher que végétaliser »

Le parcours a permis de découvrir plusieurs réalisations menées depuis 2018, ce qui reste à faire sur un côté de cet axe où doit pousser demain la nouvelle zone d’activités de la Boule Noire, mais aussi ce qu’il vaut mieux éviter pour que la renaturation ne s’opère pas contre les habitants.

« On a fait quelques erreurs qu’on ne commettra plus, mais il faut savoir qu’une telle stratégie se situe à la confluence des contradictions et des choix, explique le maire, Frédéric Vigouroux. Il faut du bon sens, de l’explication, de la pédagogie et privilégier la co-construction si l’on veut que les habitants, les fonctionnaires municipaux, les élus s’accaparent ces enjeux qui peuvent être générateurs d’économies réelles. Par exemple, nous avons déjà constaté que revégétaliser des rues réduit, en cas de pluie, les risques de saturation des réseaux pluviaux et d’inondations. Changer des tuyaux coûte plus cher que végétaliser. »

Diversifier les plantations

Quand la reconfiguration du boulevard a été envisagée, après la mise en service du contournement de la ville qui en était son préalable indispensable, le premier choix a consisté à restreindre la place accordée aux véhicules. Il n’y a désormais plus qu’une seule voie au lieu de deux. Plus de voitures qui se doublent, un ralentissement forcé de la vitesse de circulation et un effet indirect : la partie de la chaussée altérée par les racines montantes des pins sous le bitume est maintenant invisible.

Sur une autre partie de la rue, des platanes s’alignaient, encore tout « rikiki » alors qu’ils ont plus de 40 ans. L’omniprésence du béton les privaient d’eau et de fait, de possibilité de croissance. Les choix ont visé à dégager les sols autour d’eux, mais aussi à enrichir les types de plantations tout au long de l’axe, avec des fleurs, des arbustes, au coin des rues ou au pied des habitations. « La mono-espèce, ce n’est jamais conseillé. En cas de maladie d’un arbre, les autres sont progressivement infectés. De plus, les feuilles de platanes encombrent les réseaux en cas de forte pluie, les aiguilles de pins s’amassent… Nous essayons donc de planter au moins trois ou quatre espèces pour différencier le paysage et réduire ces inconvénients », explique Fabien Serinian, responsable adjoint du Centre technique municipal de Miramas.

Des bancs ont été positionnés à certains endroits, composés grâce au réemploi de matériaux de chantiers voisins. Ce choix de mobilier urbain, complété à d’autres endroits par des murs en béton de terre, aurait permis d’éviter l’évacuation vers une décharge de 1 200 m3 de matériaux. (Crédit : J.-C. Barla)

Une eau mieux appréhendée

Des dalles perméables ont remplacé l’ancien revêtement en bitume du boulevard pour faciliter une infiltration in-situ. Une manière d’appréhender l’eau autrement qui se concrétise aussi sur la gestion des canaux qui traversent la ville. Par un système de stations de pompage, combiné à l’existence de bassins de rétention, la commune s’est lancée dans une « gestion intégrée » pour ne plus utiliser d’eau potable pour l’entretien de ses espaces verts alors que « 70 % de l’eau des canaux n'est pas consommée », souligne Fabien Serinian.

L’eau des canaux est complètement intégrée dans l’entretien des espaces grâce à des stations de pompage.
(Crédit : J.-C. Barla)

Près des voies qui desservent le village des marques, un grand bassin de rétention. Il sert, grâce à la gestion des canaux, à réalimenter la nappe phréatique de la Crau, en étant approvisionné 48 heures par semaine. « On y a mis des plantes qui filtrent les hydrocarbures », précise aussi Fabien Serinian. « Dans l’année, nous avons des roselières qui attirent les libellules, les amphibiens… Un seul fauchage annuel est nécessaire », ajoute Anaïs Cheiron, chargée de mission biodiversité à la mairie de Miramas.

Pour Frédéric Vigouroux, il n’y a rien d’impossible dans le déploiement d’une telle politique. Tout est question de choix et d’arbitrages. « Miramas, c’est 39 % de logements sociaux, un revenu moyen inférieur au seuil de pauvreté européen. Nous démontrons qu’il est possible de mener ce modèle de rénovation urbaine avec les habitants. Il suffit de faire confiance. »

Un large partenariat pour aboutir

3,8 millions d’euros (4,6 M€ TTC) ont été investis pour la réhabilitation du boulevard Aubanel, financés à 50 % par la Métropole Aix-Marseille Provence et 50 % par le Conseil départemental des Bouches-du-Rhône. Les seuls aménagements paysagers représentent 2,6 M€ TTC.

Le projet a été piloté par l’EPAD (Etablissement public d'aménagement et de développement) Ouest Provence, comme maître d’ouvrage délégué de la ville de Miramas. L’équipe de maîtrise d’œuvre, autour du groupe Cylea, était constituée de : AFC Architecture, Suez Consulting & Engineering, JNC International SA et le BET Yvars. Les travaux ont été réalisés par Laquet, TP Provence, Citeos et Star Jardin.

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