AccueilEconomieChristine Fabresse, présidente de la Caisse d’épargne Cepac et d’Erilia : « Erilia est engagée dans les grands enjeux sociétaux »

Christine Fabresse, présidente de la Caisse d’épargne Cepac et d’Erilia : « Erilia est engagée dans les grands enjeux sociétaux »

Depuis fin avril 2022, Christine Fabresse préside le directoire du groupe Caisse d’épargne Cepac. Un mandat que cette Catalane diplômée de l’école de commerce de Montpellier double avec la présidence du conseil d’administration de l’ESH Erilia.
Christine Fabresse, présidente de la Caisse d’épargne Cepac et d’Erilia.
Robert Poulain - Christine Fabresse, présidente de la Caisse d’épargne Cepac et d’Erilia.

Economie Publié le , Propos recueillis par William ALLAIRE

Alors que l’horizon économique est embrumé par la guerre en Ukraine, Christine Fabresse, la successeure de Joël Chassard, se démène pour marteler l’engagement de la banque à poursuivre le financement des projets du territoire. Un volontarisme qu’elle décline également sur le champ du logement avec Erilia en fer de lance. Récemment, elle a accepté l’invitation de notre rédaction pour présenter sa feuille de route avec Frédéric Lavergne, directeur général de l’ESH marseillaise. Entretien croisé.

TPBM : Quelle place occupe la Caisse d’épargne Cepac dans l’économie régionale ?

Christine Fabresse : La Cepac est un acteur majeur de la vie économique de la métropole Aix-Marseille, de la Corse et des DOM (Départements d’outre-mer) : elle finance une entreprise sur trois et un habitant sur quatre est client. La Caisse d’épargne reste une banque universelle qui finance aussi bien les ménages à faible revenu, les petits commerçants et les artisans que les grosses « ETI » (Entreprises de taille intermédiaire) ou les grandes entreprises avec notre banque d’affaires.

Au-delà du soleil et des paysages, nous avons la chance de vivre dans un territoire béni des dieux avec un vaste panel d’acteurs économiques incroyables, avec du présentiel, de l’économie circulaire, de la très grande entreprise. Je le savais avant d’en prendre les rênes : la Cepac est une entreprise à impact positif sur ses territoires. Son bilan lui permet d’exercer pleinement son rôle de banquier. Chaque année, elle injecte 6 Md€ dans le financement de nouveaux projets. Cet engagement, elle le maintiendra malgré les incertitudes liées au contexte géopolitique.


Impact positif, cela passe également par la valeur ajoutée générée par les structures avec lesquelles nous travaillons. Hormis les contrats nationaux avec des prestataires disposant d’une expertise spécifique comme les convoyeurs de fonds, 100 % denos achats sont effectués localement auprès de fournisseurs locaux. Ceux-ci vont ensuite enclencher une spirale vertueuse en embauchant des collaborateurs qui vont se loger localement, dont les enfants iront dans les écoles, qui dépenseront dans le circuit économique local…

L’impact positif est également direct puisque nous embauchons : au cours des trois dernières années, nous avons recrutéplus de 1 000 collaborateurs, majoritairement des jeunes diplômés qui sont ancrés dans le territoire.

La Responsabilité sociétale des entreprises (RSE) est désormais omniprésente dans les chartes de toutes les entreprises. Comment se décline-t-elle dans les métiers de la banque ?

C. F. : On ne fait pas de RSE parce que c’est à la mode ou parce que c’est obligatoire. Les Caisses d’épargne sont nées de la RSE il y a 200 ans. Quand on pense à elles, on pense évidemment à l’épargne populaire et à la prévoyance. Mais leurs fondateurs étaient aussi les pères des jardins ouvriers, des bains douches… L’Ecureuil a également été la première banque à donner accès à l’épargne aux femmes via le Livret A. De tout temps, nous avons accompagné les grandes évolutions de la société. Et cette fibre RSE, elle se déploie de génération en génération, au-delà de notre métier de banquier. Elle est d’ailleurs aujourd’hui inscrite dans notre plan stratégique, qui prévoit l’octroi chaque année de 3,5 M€ sous forme de dons ou de subventions pour aider au mieux-vivre sur le territoire. Une partie de cette manne est dispensée par notre fonds de dotation, avec un fléchage particulier vers l’inclusion et la jeunesse.


Cet engagement au service du territoire se traduit aussi par le mécénat et le sponsoring. La Cepac est partenaire du Mucem, de Provence Rugby, de la section féminine de l’Olympique de Marseille et du stade. A travers ces actions en faveur de la culture et du sport, on participe au renforcement du pacte républicain. C’est également le sens de notre engagement, à travers le groupe BPCE (Banque populaire - Caisse d’épargne), en tant que partenaires premium des Jeux olympiques de Paris 2024. Enfin, nous soutenons les sportifs avec notre team Caisse d’épargne, qui regroupe des athlètes de différentes disciplines qui ne sont pas nécessairement des champions chevronnés. On aide de jeunes sportifs qui ne bénéficient pas de la lumière médiatique et qui ont donc du mal à vivre de leur pratique.

Frédéric Lavergne et Christine Fabresse, le tandem aux manettes d’Erilia. (Crédit : Robert Poulain)

Avec l’Etat, les collectivités sont en première ligne pour la mise en œuvre de politiques sportive et culturelle. Comment la Cepac intervient-elle dans ces domaines ?

C. F. : On rejoint là notre ADN de banque de proximité ancrée dans les territoires. Nous soutenons80 % des collectivités dans la mise en place d’équipements sportifs. Et nous avons l’ambition de ramener le sport dans les quartiers populaires. Avec Erilia, nous allons ainsi inaugurer un terrain de mini-basket 3x3 aux Arnavaux.

Avec Habitat en Région, l’Ecureuil est un acteur clef de la filière logement. Quel rôle la Cepac occupe-t-elle dans ce domaine ?

C. F. : Nous nous sommes très investis dès l’origine dans la filière. Nous sommes tout d’abord un financeur des ménages, avec un encours de plus de 3 Md€ de crédits immobiliers en 2022, montant équivalent à 2021. Il y aura peut-être une petite chute des transactions avec la hausse des taux d’intérêt, mais nous gardons des objectifs similaires pour l’année prochaine.

Nous sommes aussi un acteur de l’immobilier professionnel via des foncières et en accompagnant ceux qui construisent la ville de demain.

Enfin, nous sommes un acteur important du logement social avec le groupe Habitat en Région que j’ai eu l’honneur de présider avant de prendre mes fonctions à Marseille. Ce groupe rayonne sur tout le territoire national en fédérant les compétences et les moyens de vingt entreprises à la tête d’un patrimoine de quelque 252 000 logements où vivent près de 490 000 personnes.


Dans ce maillage, le Sud-Est occupe une place essentielle. La Caisse d’épargne Cepac est impliquée dans plusieurs ESH : Erilia, la plus importante du groupe et la seule à être dotée d’une compétence nationale, Logirem, Famille & Provence, Habitations Haute-Provence (H2P), la Sogima [créée en 1932 à Marseille, la Société de gestion immobilière de la ville de Marseille - Sogima - est l’une des plus anciennes sociétés d’économie mixte du pays, NDLR], etc.

En 2020, ces organismes sudistes ont uni leurs forces dans une Société anonyme de coordination (SAC) qui permet de mutualiser moyens, stratégie, vision… au service des territoires.

Dans la carrière du Mussuguet, Erilia réalise 60logements sociaux aux portes du Parc national des Calanques. (Crédit : Robert Poulain)

Quelle place occupe le logement social dans cette stratégie de groupe ?

C. F. : Le groupe Caisse d’épargne est le premier financeur privé du logement social en France. Et il souhaite le rester pour continuer à investir afin de demeurer fidèle à sa mission qui est d’offrir un toit à tous les Français. Cette ambition figure d’ailleurs dans la raison d’être d’Erilia, qui a été la première ESH à adopter la qualité de société à mission : « Rendre le logement accessible à tous pour changer la vie et contribuer à l’attractivité des territoires. »Ce n’est pas un simple slogan marketing : c’est vraiment une ambition partagée par les salariés et toutes les parties prenantes. Derrière les mots, il y a de l’engagement, des actions à même de concrétiser ces valeurs.

Vous présidez le conseil d’administration d’Erilia. Que représente ce mandat pour vous ?

C. F. : Je connais bien Erilia puisque j’en étais administratrice lorsque j’ai été présidente du directoire de la Caisse d’épargne en Languedoc-Roussillon. C’est une entreprise avec des fondamentaux très solides : un taux de vacance inférieur à 1 %, un taux de satisfaction des locataires de 81 % supérieur à la moyenne nationale [77 %, NDLR], des finances robustes…

Frédéric Lavergne : Notre plus grand défi aujourd’hui est lié à notre taille : notre rayonnement national fait qu’il est difficile pour Erilia d’avoir une grande homogénéité de pratique sur l’ensemble du territoire. L’entreprise comprend 19 agences réparties dans sept régions administratives. Chacune de ces entités est aux prises avec un contexte spécifique. La satisfaction client est d’ailleurs un objectif central de la mission de nos directeurs d’agence. Pour la première fois en 2023, ceux-ci auront une part variable de leur rémunération indexée sur un indicateur du niveau de satisfaction.


C. F. :
Erilia est un ensemblier social qui couvre toutes les activités au service du logement : logeur évidemment avec une offre locative sociale et intermédiaire, mais aussi syndic avec 42 % de son patrimoine en copropriété, aménageur, etc. Chacun de ces segments d’activité est essentiel pour avoir de l’efficience et de la réactivité…

Erilia est également engagée dans les grands enjeux sociétaux comme le « Green », avec un plan de rénovation énergétique qui vise à éradiquer les passoires thermiques de son parc. Nous investissons 80 à 90 M€ par an pour que, d’ici 2024, les logements les plus énergivores, classés en étiquette F & G, soient rénovés. Au-delà, nous nous attaquerons aux logements D et E avec en ligne de mire 65 % de notre patrimoine en étiquette A, B et C à terme.

F. L. : On a inauguré récemment les travaux de rénovation énergétique de la résidence des Campanules, un ensemble de 420 logements dans le 11e arrondissement de Marseille. C’est émouvant de voir la satisfaction des locataires, qui vous disent avoir gagné en qualité de vie parce que leur logement est bien isolé. En ces temps marqués par la flambée des coûts de l’énergie, la réduction de la quittance de charges est fondamentale pour ces ménages.


C. F. :
Nous agissons pour limiter au maximum l’impact de la hausse des coûts de l’énergie pour nos locataires. Nous nous sommes engagés à ne pas augmenter le prix de l’énergie pour les parties communes de nos résidences. Et via la SAC Habitat en Région Sud-Est, nous avons mis en place un fonds de solidarité énergétique. Ce fonds, doté d’une enveloppe de 1,3 M€, viendra en aide aux ménages les plus fragilisés par la flambée des prix du gaz et de l’électricité.

Ce dispositif vise en priorité les locataires dont les logements sont les plus énergivores, soit les 1 500 logements les plus énergivores des ESH membres de la SAC. L’an prochain, les habitants vivant dans un logement classé étiquette F & G recevront une aide allant jusqu’à 200 €. Et pour les ménages les plus précaires, nous procéderons à une analyse au cas par cas afin de les aider à passer le cap de 2023.

Christine Fabresse rappelle que le groupe Caisse d’épargne est le premier financeur privé du logement social en France. (Crédit : Robert Poulain)

La production HLM régionale a accusé un recul en 2021. Erilia va-t-elle mettre le pied sur le frein ?

F. L. : Erilia est un gros producteur avec un rythme de construction de 1 500 à 1 800 logements par an. Deux tiers de ce chiffre est réalisé en Provence-Alpes-Côte d’Azur et en Corse. Nous sommes évidemment confrontés aux mêmes difficultés conjoncturelles que l’ensemble des acteurs de la filière immobilière, avec la hausse des coûts des matériaux et de l’énergie. Sans oublier la hausse du taux du Livret A qui frappe de plein fouet les bailleurs sociaux. Malgré ces freins multiples, cette année, nous gardons le cap : on devrait atteindre 1 650 logements.

La Ville de Marseille a organisé des Etats généraux du logement qui ont mis en évidence l’ampleur du mal-logement dans la deuxième ville du pays. Comment Erilia compte-t-elle apporter sa pierre à ce plan de lutte contre l’habitat dégradé ?

F. L. : L’habitat indigne est un sujet majeur à Marseille. En tant qu’opérateur marseillais, nous ne pouvons pas rester à l’écart de ce plan de reconquête. Avec les autres acteurs locaux du groupe (Logirem et Sogima), nous allons répondre de manière groupée aux Appels à manifestation d’intérêt (AMI) lancés par la Société publique locale d’aménagement d’intérêt national (SPLA-IN) qui pilote le Projet partenarial d’aménagement (PPA). Nous prendrons toute notre part dans ce chantier de longue haleine.


Nous sommes également en première ligne dans les 14 projets marseillais de renouvellement urbain : La Castellane-La Bricarde, Air Bel, Les Hauts de Mazargues, etc. La mutualisation des énergies est fondamentale dans ces opérations qui impliquent de reloger les résidents des ensembles voués à la démolition.

Quel regard portez-vous sur les objectifs du futur Programme local de l’habitat (PLH) de la Métropole Aix-Marseille Provence ?

F. L. :Quatre mille cinq cents logements, dont 1 500 logements sociaux, par an : ce sont des chiffres pertinents, adaptés à la réalité des besoins. Nous comptons évidemment prendre toute notre place dans cette ambition de production importante… et nouvelle.

Frédéric Lavergne, directeur général d’Erilia. (Crédit : Robert Poulain)

L’accession sociale se développe avec de nouveaux dispositifs. Comment Erilia se positionne-t-elle sur ce segment de la chaîne immobilière ?

F. L. : Nous nous y engageons via notre filiale Erilia Accession, qui a pour objectif de produire 300 logements par an d’ici 2025. Et nous déployons des opérations en Bail réel solidaire (BRS). Deux premiers programmes de ce type seront lancés prochainement à Berre-l’Etang et au Plan d’Aou, dans les quartiers nord de Marseille. L’accession sociale, c’est une manière d’offrir une opportunité aux ménages les plus modestes de devenir propriétaire de leur logement. Mais c’est aussi un moyen des générer des fonds propres pour le logement locatif.


Nous avons également une politique de cession de logements de notre parc existant. Cela répond à des besoins et nous donne des moyens de renouveler notre patrimoine : une vente permet de produire quatre logements neufs.

La hausse des taux d’intérêt se répercute sur le Livret A sur lequel sont indexés les prêts aux organismes HLM. Quel impact cette hausse peut-elle avoir sur votre modèle économique ?

F. L. : Le modèle économique du logement social repose sur le Livret A. Une hausse de son taux a forcément un impact immédiat sur nos marges de manœuvre. Pour Erilia, cela représente une dépense supplémentaire de 20 M€ en 2023. C’est un choc !

C. F. : Ce sera un choc pour l’ensemble des banques françaises. L’épargne réglementée indexée sur le Livret A est très développée en France. Rappelons que l’argent des épargnants est notre matière première. C’est elle que nous réinjectons dans le circuit économique en prêtant aux entreprises, aux commerçants, aux artisans… Cet argent, nous le cédons avec la valeur ajoutée du crédit. Quand le taux du Livret A augmente, c’est l’intégralité de l’encours de l’épargne que nous collectons qui augmente. En revanche, la majorité de l’encours des crédits reste stable car je ne connais pas un client qui vient voir son banquier pour réclamer un ajustement à la hausse de son taux d’emprunt immobilier.

Cet écrasement entre le coût d’achat de la matière première et le prix de vente a évidemment un impact sur notre modèle. A cette aune, la robustesse de nos fondamentaux est une garantie : les Caisses d’épargne se sont engagées à ne pas réduire la distribution de crédits en 2023.

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