AccueilBTPChristian Pons : « Nous craignons que beaucoup d’appels d'offres soient infructueux »

Christian Pons : « Nous craignons que beaucoup d’appels d'offres soient infructueux »

Après 18 mois très chahutés par les répercussions de la crise sanitaire, Christian Pons, président de la FBTP 84, entrevoit une bonne reprise de l’activité à moyen terme.
Christian Pons : « Nous craignons que beaucoup d’appels d'offres soient infructueux »
E. Brugvin - Christian Pons, président de la Fédération du BTP de Vaucluse.

BTPVaucluse Publié le , Propos recueillis par Emmanuel BRUGVIN

TPBM : Comment analysez-vous l'activité du BTP ces derniers mois ?
Christian Pons : En mars 2020, nous étions dans l’urgence, pour trouver des masques, pour organiser nos chantiers en toute sécurité... A la Fédération, nous avons pris des mesures préventives dès les premières alertes de nos adhérents qui s’inquiétaient de l’arrêt de la machine administrative avec son corollaire, l’absence de publications d’appels d’offres et le ralentissement de la délivrance de permis de construire. Immédiatement, j’ai pris mon bâton de pèlerin pour aller à la rencontre des élus et des grands donneurs d’ordre pour les alerter sur les dommages prévisibles causés par un fort ralentissement de l’activité pour le secteur du BTP. La majorité d’entre eux a accueilli avec bienveillance notre requête et a décidé de soutenir notre filière.
Je suis parti immédiatement à leur rencontre car notre profession, aux réalisations pourtant très visibles, reste méconnue du personnel politique. Avant les municipales, nous avions écrit aux 600 candidats pour connaître leurs intentions en matière d’aménagement. Nous voulions les sensibiliser au trou d’air provoqué par un scrutin local sur l’activité du BTP. Nous n’avons reçu que 11 réponses ! Certains, contactés par téléphone, ne savaient même pas ce que voulait dire « BTP ». Il était urgent d’agir. 

Quelle est la situation de la profession aujourd’hui ?
Nous souffrons, comme partout ailleurs, des rallongements de deux mois en moyenne des délais de livraison des matériaux de construction. Les prix des produits connaissent une inflation allant jusqu’à 50 % pour certains. Nous avons du mal à discerner de ce qui relève de la pénurie ou de la spéculation. Par ailleurs, nous devons respecter nos engagements en matière de délais et de prix. Heureusement, les pouvoirs publics, grâce à l’intervention de nos instances nationales, ont parfaitement intégré nos contraintes et font preuve d’une certaine souplesse sur les dates de fin de chantiers.
Pour faire face à cette double peine, les entreprises ont rogné sur leur marge et voient, pour beaucoup, leur trésorerie exsangue. Même celles qui, par précaution, s’étaient constituées un bas de laine avec les prêts garantis par l’Etat ont fini par puiser dans cette réserve. En attendant, nous répercutons ces contraintes dans la réponse à nos appels d’offres. Nous craignons que beaucoup d’entre eux soient infructueux tant les donneurs d’ordre sont habitués à des prix du passé, dictés par les offres toujours moins disantes. Actuellement, notre niveau d’activité reste 10 % en dessous de celui de 2019. Les entreprises plus petites s’en sortent mieux car elles sont plus agiles. 

« Les entreprises du BTP sont en recherche constante d’optimisation »

Comment voyez-vous l’avenir ?
Les 500 000 dossiers déposés par les particuliers pour rénover leur habitation sont un signe de changement positif des mentalités. Nos clients se mobilisent pour des travaux pour un habitat plus durable. A contrario, nous bénéficions d’un effet d’aubaine de dépôts de permis de construire avant la mise en place de la RE 2020.
Nous espérons que la présidentielle qui approche n’enrayera pas les dispositifs pour accompagner la rénovation énergétique des bâtiments. Nous comptons également sur un retour des prix plus décents de nos matériaux. Par contre, nous faisons toujours face à un déficit systémique dans la formation des jeunes vers l’emploi, nos métiers étant considérés comme des choix par défaut alors qu’ils nécessitent toujours plus d’expertise, parfaitement rémunérée, dans une des rares filières qui offre encore un ascenseur social. L’an prochain, nous relaierons localement la campagne nationale de sensibilisation des jeunes à nos métiers. Nous travaillons également à la création à moyen terme d’une maison des entrepreneurs du BTP, pratique, accessible et conviviale à Avignon. Nos magnifiques locaux de l’intra-muros, d’un autre temps, deviennent vraiment obsolètes.

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