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[Carnet de voyage] Timisoara, ville nouvelle - 1/5

Cette semaine, TPBM vous propose de suivre le voyage de notre journaliste Michel Deuff dans les Balkans, à travers ses carnets de voyage. Départ du parcours de Timisoara, deuxième ville roumaine où la relance de l'économie passe par la rénovation.
[Carnet de voyage] Timisoara, ville nouvelle - 1/5

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Alors qu'ailleurs en Roumanie, les barres d'immeubles délabrés signent la marque de fabrique d'un ancien système, Timisoara offre l'image souriante d'une ville rénovée. Seconde ville roumaine avec 350.000 habitants et une offre culturelle intéressante, Timisoara est une étape incontournable lorsqu'on parcourt les Balkans.

Privilégiée par sa situation, son histoire et son multiculturalisme, elle a su se métamorphoser en un temps record. Et gommer une mauvaise image, liée une falsification célèbre. Rappelons qu'en 1989, lors de la chute de Ceaucescu et du régime communiste « la roumaine », les médias avaient focalisé l'attention sur un charnier fictif.

Infographie Esther Griffe

Lorsqu'il débarque dans une agglomération, le cycliste comprend très vite à quoi il a affaire. L'état dégradé de la chaussée, les rails de tramway enchevêtrés et les avaloirs défoncés lui font ressentir l'état des finances publiques. À Timi- soara, tout est en parfait état. Le centre-ville est animé, avec des terrasses bondées, des parterres bien entretenus, une signalétique moderne, des rues piétonnes... Et des policiers qui font respecter les règles. Gare au cycliste qui se fait choper à rouler là où c'est interdit ! Il lui en coûte l'équivalent de 35 euros.

Pour avoir longuement parcouru la Roumanie, nous avons été impressionnés par la modernité et la prospérité de Timisoara. Rien n'étant dû au hasard, nous avons d'abord lu la carte. La cité est à moins de 600 km de Bucarest et à une distance équivalente de dix capitales européennes. Un atout renforcé par son multiculturalisme. Ici, les habitants sont des Roumains, Allemands (Souabes), Hongrois, Serbes, Arabes, Italiens, Grecs...

Réputée dès la deuxième moitié du XVIIIe siècle pour l'esprit mercantiliste de ses habitants, Timisoara a bénéficié pendant les dernières décennies de régime communiste, du statut de principal point de contact avec « le monde libre ». Ce qui lui a offert une plus grande ouverture au reste du monde, un contexte culturel plus favorable à l'initiative individuelle que dans le reste du pays et un atout ma- jeur après la chute du régime.

Des plates-formes industrielles transformées

Cette particularité (que nous avons également observé à Cluj-Napoca) a mar- qué la différence avec le reste de la Roumanie. Car dans une logique de mise en concurrence, l'économie et l'agriculture héritées de la période communiste ont eu du mal à s'adapter. Partout ailleurs, les unités de production ont été fermées et l'agriculture s'est orientée vers des pratiques d'autosubsistance.

Les géographes-urbanistes Vincent Veschambre et Nicolae Popa ont étudié les particularités socio-économiques de Timisoara. Leur enquête décrit les conditions qui ont généré un flux important de capitaux étrangers dans cette capitale de l'Ouest. Ils notent :

« La présence de plusieurs quartiers historiques et de nombreux espaces verts constitue d'ores et déjà une carte de visite appréciable et représente un potentiel de développement ».

Pour les visiteurs que nous sommes, l'organisation de l'espace urbain est effectivement un bonheur. Les auteurs de l'étude soulignent que « les plates-formes industrielles, marquées par la mono-activité, ont été en grande partie transformées ». C'est le cas des Usines Mécaniques, au nord-est de la ville, reprises par la compagnie allemande Continental.

En outre, les matériaux utilisés pour la construction des bâtiments, l'aménagement d'espaces verts et de voies d'accèssoignées, le choix de la qualité, de l'esthétique et de la propreté, ont fait de cette unité un des premiers modèlesd'aménagement moderne d'un espace industriel Timisoara !

Vincent Veschambre et NicolaePopa n'oublient pas de rappeler « que l'attractivité de la ville repose également sur les coûts encore relativement bas du foncier, de l'immobilier et de la main-d'œuvre ». Le revers de la médaille, c'est un déficit de main-d'œuvre, accentué par le départ des jeunes et des spé- cialistesl'étranger, en quête de meilleurs salaires.

Retrouvez toute la semaine les Carnets de voyage dans les pays des Balkans de notre journaliste Michel Deuff.

Bâtiments traditionnels

Initié en 2013 avec le soutien de l'Union européenne, un programme de coopération transfrontalier vise à réutiliser les modes constructifs des bâtiments d'habitation. Traditions et multiculturalisme sont au cœur de cette démarche dont l'objectif est de construire des habitations adaptées au territoire et économes en énergie. Le bois local, la pierre et la terre crue sont les principaux éléments constructifs.

L'architecture respecte ces mêmes principes, avec une véranda ouverte (pridvor) tenue par des piliers et des toits à quatre pentes. Dans la maison roumaine, la lumière n'entre pas directement à l'intérieur, ce qui garantit une fraîcheur en été. Plusieurs prototypes de ces habitations traditionnelles construites récemment sont exposés dans l'immense musée ethnographique de Satului, à Timisoara. Le visiteur peut ainsi comparer lui-même.

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