AccueilEconomie[Carnet de voyage] Terres agricoles et permis de construire - 3/5

[Carnet de voyage] Terres agricoles et permis de construire - 3/5

Cette semaine, TPBM vous propose de suivre le voyage de notre journaliste Michel Deuff dans les Balkans, à travers ses carnets de voyage. Le voyage se poursuit en Serbie et notamment sur ses immenses terres agricoles de très grande qualité.
[Carnet de voyage] Terres agricoles et permis de construire - 3/5

Economie Publié le ,

Ressource naturelle précieuse pour l'alimentation et la biodiversité, les terres agricoles doivent être protégées. En même temps, ce patrimoine agricole se télescope avec des besoins sans cesse croissants de terrains à bâtir. Observée d'un point de vue régional, l'équation parait insoluble. Elle l'est moins si l'on considère les choses à l'échelle de l'Europe. Échange terres agricoles contre permis de construire, tel pourrait être l'argumentaire. D'autant qu'à choisir, mieux vaut importer d'excellents fruits et légumes des pays de l'est que de les faire venir par avion du Chili ! Sous cet angle, la Serbie offre une réelle opportunité. Lorsqu'au début des années 1990, le pays est frappé par les sanctions économiques (dues à la politique de Milosevic), il ne peut plus importer ni engrais, ni insecticides. Cela va durer dix ans pendant lesquelles les agriculteurs (qui seront fortement lésés) vont apprendre à se passer des engrais chimiques.

Au début des années 2000, lorsque les sanctions seront tombées, les agriculteurs n'auront plus les moyens d'acheter des engrais. Et d'ailleurs, comme ils le disent :

« Nous avons perdu le réflexe d'employer autre chose que des produits naturels, fumier ou tourb​e ».

Même si cette tendance est en train de s'inverser, pendant au moins vingt ans, les terres agricoles serbes n'ont pas été touchées par des produits phytosanitaires. Sur le bord des routes, la biodiversité que nous observons en est un signe incontestable.

Cette situation fait de la Serbie la terre « la plus bio d'Europe ». Le ministère serbe de l'Agriculture a déclaré que 650.000 hectares (soit 75% de la superficie agricole) pourraient être utilisés pour la production bio. À Belgrade, le marché Kalenic est le principal centre de distribution de la production bio.

Plaies et bosses du Kosovo

Marqué par les conflits et les crises, le Kosovo veut valoriser ses espaces naturels et se reconstruire. Avec moins de 11.000 km2 (soit le tiers de la région Paca), le Kosovo présente un condensé de ce qui se fait de mieux et de pire en Europe. Au nord-ouest et au sud (Parc national de Shar), les espaces naturels sont bluffants de beauté. Le lac de Gazivodsko est un immense plan d'eau vierge de près de 50 km de long. Mais au centre, dans la vallée de la Mitija, les villes de Mitrovica, Kosovo Polje et Pristina montrent l'immense misère des conflits nationalistes, les pollutions immondes des rivières et de l'air et les balafres encore fraîches.

La Sitnica, près de la centrale de Obilic (Kosovo), les rives de l'Ibar ou celles de la Sava sont des cloaques. Longtemps prisonniers d'un système politique corrompu, les jeunes ont un regard lucide et semblent prêts à tout changer. « On veut se construire un futur », dit Ari, un vendeur de livres d'occasion. Une phrase qui résume à elle seule l'énergie qu'ils sont prêts à y mettre. L'un n'allant pas sans l'autre, la reconstruction du pays ne pourra qu'associer la construction de bâtiments neufs (et adaptés au climat continental d'altitude) et des efforts importants en termes d'environnement.

Infographie Esther Griffe

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