AccueilEconomie[Carnet de voyage] Serbie, un enjeu européen - 2/5

[Carnet de voyage] Serbie, un enjeu européen - 2/5

Cette semaine, TPBM vous propose de suivre le voyage de notre journaliste Michel Deuff dans les Balkans, à travers ses carnets de voyage. Suite du parcours avec la Serbie, un territoire diversifié disposant d'un potentiel incontestable en termes de ressources qui mise sur l'adhésion européenne pour relancer son économie.
[Carnet de voyage] Serbie, un enjeu européen - 2/5

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Visitant à l'improviste une mine de charbon près de Raska (ouest de la Serbie), nous y rencontrons Matovic, un jeune gaillard sportif de 26 ans. Il nous prend à part pour nous crier sa colère :

« J'ai un salaire misérable et la vie ici n'offre pas d'autre espoir que celle de pousser des wagonnets toute la journée. Alors que j'ai fait des études ! »

Sur notre route, des usines, des hôtels et installations touristiques sont fermés. Comme la station hydrothermale de Bogutovacka où les activités ont cessé depuis deux ans. « Crisis ! », nous répètent les riverains avec résignation. Un constat désolant, mais qui tranche avec l'impression ambiante. Pour un voyageur familier des Balkans, la Serbie n'est sûrement pas un pays sous-développé !

Infographie Esther Griffe

Doté d'un réseau routier en excellent état, d'infrastructures de qualité, d'une agriculture mécanisée et d'usines modernes, ce pays de 8 millions d'habitants fait davantage penser à l'Italie qu'à la Bulgarie. Si la démographie est en berne, les secteurs de la santé et de l'éducation vont bien ; en partie grâce à la privatisation.

La crise a révélé les faiblesses de l'économie

Plus récemment, la guerre des années 1990 a laissé des traces profondes sur le territoire et dans les esprits. Un mélange d'orgueil blessé et de sentiment d'injustice. Au musée national de Kraljevo, Mirjana Savic, la conservatrice, nous montre une vitrine avec les restes d'une bombe à fragmentation (interdite par les conventions internationales) qui a frappé le pays. Difficile de tourner la page.

Les dirigeants actuels misent sur l'adhésion européenne pour relancer l'économie. Depuis 2012, la Serbie est officiellement à la porte de l'Union européenne, mais les négociations sont ralenties par la position de la Roumanie. Selon Jean-Sylvestre Mongrenier, docteur en géopolitique, l'horizon 2020 est encore incertain, avec des avancées et des points noirs.

« La Serbie est mal située da​ns la lutte contre la corruption. Et en matière de libre entreprise, le pays est au niveau équivalent de celui de la Russie ou de la Biélorussie [NDLR : Selon l'index de la liberté économique]. »

La récente crise a révélé les faiblesses structurelles de l'économie serbe. Industrie et agriculture représentent un tiers de l'activité ; et les services les deux tiers. La croissance est à -2% et le taux de chômage officiel de 21%. Le pays s'efforce donc d'orienter son agriculture (performante) vers l'exportation et d'apporter de la valeur ajoutée à son industrie.

Aux commandes depuis mars 2014, le Premier ministre Aleksandar Vucic (Parti progressiste serbe) veut résolument accélérer la transition de son pays vers l'économie de marché. Et donner du même coup des gages à l'Union européenne. Des projets de loi réformant le marché du travail et lançant une vague de privatisation ont été adoptés par un Parlement qui, pour la première fois depuis vingt ans, dispose d'une majorité absolue et pro-européenne. Dans tous les cas, il faut garder à l'esprit que la diaspora serbe est bien présente dans le Sud de la France, et que notre image y est plutôt bonne.

Retrouvez toute la semaine les Carnets de voyage dans les pays des Balkans de notre journaliste Michel Deuff.

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