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Canicule : comment les arbres peuvent rafraîchir Marseille

A Marseille, avec des différences de température de 15° entre la place goudronnée de Castellane et le parc du Jardin du Pharo, les arbres en villes deviennent une nécessité urbaine pour combattre la canicule et concourir aux îlots de fraîcheur.
Canicule : comment les arbres peuvent rafraîchir Marseille
F. Delmonte - « En comparaison à des villes comme Strasbourg, Nantes ou encore Toulouse, nous avons tout à construire à Marseille », constate le paysagiste et maître de conférence Guerric Péré.

UrbanismeBouches-du-Rhône Publié le ,

Si dans l’esprit des estrangers, Marseille est une ville entre ciel, mer et collines, le quotidien des Marseillais et Marseillaises n’en est pas moins fait de béton et de bitûme. Une problématique profonde surtout par temps de canicule, longtemps laissée sous couvert au temps où l’urbanisme n’était pas forcément réfléchie en conséquence.

Et pour contrer les îlots de chaleur urbains (ICU) dans une ville (sur)bétonnée, les arbres deviennent une des solutions des pouvoirs publics. Ils permettent de purifier l’air en absorbant le CO2, les particules fines et autres gaz polluants. Ils rafraichissent l’air et le sol par phénomène d’évotranspiration et abaissent la température. Enfin, ils limitent l’érosion des sols et filtrent l’eau souterraine... Rassemblés sur des espaces concis, ils favorisent les îlots de fraîcheur.

Marseille en demande de vert

« On n’en a pas l’impression par le réseau des collines et des calanques autour, mais la réalité est que la ville est très bétonnée avec peu d’espaces verts, difficilement accessibles. Les espaces publics sont résiduels plutôt que verts et sont finalement ceux qui restent par rapport au foncier. Marseille a perdue 20 % de ses arbres depuis 70 ans », a martelé Mathilde Chaboche, adjointe à l’urbanisme et au « développement harmonieux », lors des rencontres internationales sur l'arbre dans le projet de paysage en Méditerranée, qui se sont tenues fin mai à Marseille. Ces rencontres ont été organisées par la Fédération française du paysage (FFP) en accueillant notamment le Mediterranean Network, groupe de travail d’architectes-paysagistes des pays de Méditerranée.

Dans les rues adjacentes aux artères de la ville, les espaces verts sont pour la plupart du temps de l'ordre du foncier privé. Il peut y avoir des kilomètres de rues sans aucun arbre ou un coin à l’ombre. Nous retrouvons au mieux des arbres d’une cour intérieure qui dépassent le long des murs et donnent sur la rue.

La ville de Marseille possède tout un réseau de cours intérieures. (Crédit : Google Maps)

« La remise en cause de la pensée sur l’espace de la ville s’est construite depuis une dizaine d’année » explicite Guerric Péré. Cet enseignant à l’école supérieure nationale de paysage de Marseille et qui a, entre autres, fondé l'agence Ilex et paysages urbanisme intervenait également à la conférence organisée par la FFP. De nouvelles pratiques sont instituées aux élèves tout comme aux concepteurs-paysagistes dans les projets. « Les commandes de marchés publics ne sont plus pour embellir la ville, mais pour la rendre habitable, pour que les gens se sentent bien. La mentalité de la commande a changé », détaille l'enseignant.

Tout à construire

Dans un environnement urbain, d’autant plus à l'échelle de Marseille, la tâche est plus cornue. « En comparaison à des villes comme Strasbourg, Nantes ou encore Toulouse, nous avons tout à construire », ajoute Guerric Péré.
« Le renouveau de la question paysagère s’inscrit dans le cadre marseillais avec une vision rock and roll. Tout est énormément délaissé, sous géré et sous aménagé : écoles, voiries, parcs... »
A la mi-juillet 2017, l’Agence de l’urbanisme de l’agglomération marseillaise (Agam) avait relevé une différence de température de 15° entre la place goudronnée de Castellane et le parc du jardin du Pharo. A l’ombre d’un platane, ou par simple phénomène d’évapotranspiration, les degrés chutent de 2 à 3°.

Effet du réchauffement climatique, la réflexion et les actions sont aujourd’hui, largement portées sur la renaturation des centres urbains par les pouvoirs publics, avec notamment la nouvelle municipalité de Marseille qui placela nature en tant qu’enjeu de santé publique. Par ailleurs, la ville est devenue lauréate depuis mars 2022 du programme européen des Cent villes neutres en carbone d’ici 2030.

Mathilde Chaboche : « Le retour de la nature en ville est un enjeu de santé publique »

La jungle de projets hors-sols

Mais comment faire en terre marseillaise, capitale provençale chargée d’une histoire de 2 600 ans, où l’urbanisme a avalé le peu d’espace vide restant de manière frénétique sur ces deux derniers siècles ?
La nouvelle majorité, à la tête de la Ville depuis deux ans, a créé une charte de construction durable « qui compose avec ce qui est déjà là : l’architecture et le végétal », explique Mathilde Chaboche. Avant d’ajouter : « On ne parle pas de quatre jardinières mais de tout un volet bioclimatique et d'un plan organique. On nous a proposé un projet de façade avec une jungle tropicale, irréalisable... ». L’élue a notamment exercée en tant que socio-urbaniste.
Un avariant donc, et « du sérieux » notamment sur la particularité méditerranéenne du territoire, avec ses essences et son climat : « Un passage interdisciplinaire entre urbaniste et paysagiste » afin de ne pas avoir affaire à « des projets hors-sol ». Un travail a été amorcé avec l’Agam, pour fournir un recensement et inventaire des arbres avec une visée de donner une Charte de l’arbre, avec un double objectif : planter et préserver. La Métropole Aix-Marseille Provence a lancé une étude en décembre 2021 pour repérer les zones à fortes chaleurs, en installant des capteurs thermiques dans 30 sites sur 8 communes de son territoire.

L'Agam avait notamment réalisé en juin 2020 une carte de la nature en ville à Marseille.

Du bon sens paysager

« C’est toute une stratégie paysagère à mettre en place » scande Pierre David, président de la Fédération française du paysage Paca-Corse (FFP). « On ne peut pas avoir d’arbre sans sol, et il ne peut être en bonne santé sans un sol perméable. Or, aujourd’hui, les arbres sont entourés de béton pour faire plus propre, explique-t-il avant de reprendre, Il y a une forme de chantage au coût de gestion, c’est pareil pour les jardins qui seraient cher à entretenir. Mais cela ne fonctionne pas, on en est très bien capable et il n’y a pas besoin d’une gestion quotidienne assidue. Planter, c’est une ingénierie. Il faut donc convaincre et c'est ce en quoi oeuvre la FFP. »
Doser le compost, l’irrigation, les bonnes essences végétales, à la bonne période de l’année, la FFP parle de bon sens paysager. c Plus d’une dizaine d’arbres sont adaptés au climat marseillais, poursuit Pierre David. « Dans 10 ans, il y aura de plus en plus de demande des citoyens, avec ce critère d’économie : aménager avec moins d’argent », continue Guerric Péré. Un besoin citoyen qui passe notamment par des réunions publiques déjà fortement instaurées dans la cité phocéenne. « Il faut raconter les projets et la transformation en cours, ce fut le cas des jardins au Rouet, on a fait une visite du square avec les habitants, leur montrer la sélection de plantes ainsi que les dessins », complète Pierre David, qui est aujourd'hui passé en phase projet avec l'agence Wagon.
Aussi, depuis 2012, la Ville a mis en place un permis de végétaliser, appeler Visa vert, avec notamment un guide de végétalisations des rues.
Car entre l'immense chantier d'Euroméditerranée avec par exemple le parc des Aygalades, la ville qui s'est clairement engagée pour le retour de la nature en ville, avec des projets comme le square Saint-Barnabé, ou encore la réouverture du parc de la Porte d'Aix après trois ans de suspension, de nombreux projets d'aménagements arborés sont en tout cas en cours, au vu de l'investissement des requalifications sur un « renouveau » de la ville. D'autres ont été achevés, comme le cours Lieutaud, la rue Paradis et la rue Davso. Le département des Bouches-du-Rhône ainsi que la Métropole ont lancés des plans de plantation dans la ville. Il y a aussi le chantier d’extension du tramway de la Place Castellane où il est prévu de planter entre 30 et 40 arbres. Reste cependant, en suspend dans l'air, l'imbroglio de la compétence de gestionnaire et le respect d'un PLUi ambitieux.
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