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Buëch : deux retenues d'eau qui satisfont les intérêts d'un carrier et des agriculteurs

Hautes-Alpes le - - Economie

Buëch : deux retenues d'eau qui satisfont les intérêts d'un carrier et des agriculteurs
M.-F. Sarrazin - 3. Des sondages de reconnaissance géologiques sont en cours sur le site.

C'est l'histoire de deux intérêts qui se rencontrent. L'un cherche des carrières à exploiter, l'autre a besoin d'eau, mais manque de moyens financiers. La Sablière du Buëch et l'Asa des Irrigants du Buëch se sont donc alliées sur un projet commun : la construction de deux retenues d'eau à Aspremont.

Un énorme projet de construction de deux retenues, appelées bassines, visant à sécuriser l'irrigation des terres agricoles des membres de l'Asa (association syndicale autorisée) des Irrigants du Buëch devrait voir le jour dans les années qui viennent à Aspremont, sur le site du Pla. Cette Asa, créée en 1983, regroupe 140 adhérents sur 440 hectares de terres agricoles réparties entre Sigottier, La Piarre et Aspremont.

L'été, le secteur est en proie à une pénurie d'eau qui assèche considérablement le Buëch et impose des restrictions d'eau aux agriculteurs, sommés d'arroser entre 19 h et 11 h... Acte qu'ils accomplissent tous en même temps et qui n'arrange pas la situation de la rivière. Pour pérenniser l'activité agricole dans un avenir proche et conserver un débit convenable dans le Buëch, l'Asa des Irrigants du Buëch réfléchit depuis plusieurs années à la nécessité d'installer une retenue d'eau afin de tenir lors de la période critique qui s'échelonne du 14 juillet au 15 septembre. Mais ce genre d'équipement coûte extrêmement cher. « Nous avions trouvé un site en 2015 et la Chambre d'agriculture avait réalisé une étude en 2017. Le projet ne s'est pas concrétisé car toutes les Asa du secteur n'ont pas su s'unir. Nous avons laissé tomber », se souvient Jean-Marie Blanchard, président de l'Asa des Irrigants du Buëch.

En 2018, Nicolas Piarry, directeur de développement à la Sab (Sablière du Buëch), toujours à la recherche de carrières à proximité, est tombé par hasard sur une ancienne carrière irrégulière jouxtant le grand champ du site du Pla. « Nous avons ici de bons matériaux qui, une fois retraités et mélangés à du ciment, peuvent devenir du béton », indique-t-il. Il y a un an et demi, la société a donc pris contact avec l'Asa et noué un partenariat permettant enfin d'aboutir à une solution gagnante pour les deux parties.

Deux bassines de 160 000 m3 chacune qui pourraient accueillir un parc photovoltaïque flottant

« Au début, le projet consistait à créer une seule bassine de 320 000 m3 - soit un mois d'autonomie - ce qui était impossible d'un point de vue environnemental et logistique pour la Sab. Nous avons donc opté pour deux bassines de 160 000 m3 chacune, mais qui ne seront pas réalisées en même temps », explique Claire Masclet, du bureau d'études C.L.A.I.E, mandaté par l'Asa. Coût de l'aménagement : 7,9 M€.

D'un côté, la Sab prend à sa charge les études, le terrassement, la réalisation des deux trous de 3,5 ha, dont elle extraira et exploitera les matériaux. « Cela représente une économie de 2,2 M€ pour l'Asa », souligne le directeur général de la Sab, Lionel Para. De l'autre, l'Asa se chargera d'aménager ces deux trous et de les exploiter.

« La prise d'eau des Patègues sera réhabilitée. L'eau passera dans une conduite enterrée et arrivera dans les deux bassines. L'eau stockée dans ces bassines sera renvoyée dans une autre conduite jusqu'à la station de pompage de l'Asa pour ensuite être injectée dans le réseau actuel », résume Claire Masclet.

« Nous bénéficierons d'une eau claire issue de la fonte des neiges au printemps pour remplir ces bassines », ajoute Jean-Marie Blanchard.

« Cette partie des travaux sera subventionnée à hauteur de 90 % par le Fonds européen agricole pour le développement rural (Feder) et l'Agence de l'eau car il s'agit d'une gestion intelligente de la ressource en eau. Resteront donc à la charge de l'Asa 570 000 €. Le plan de relance du gouvernement permet désormais à la Banque des territoires d'octroyer des prêts longs aux Asa, avec des taux d'intérêts faibles », poursuit Lionel Para. Cela demeure tout de même un coût important à supporter pour cette Asa qui a cherché des solutions pour réaliser des économies :

« Le nouvel aménagement va permettre de supprimer l'une des deux pompes électriques, soit une économie de 5 000 € par an. Par ailleurs, l'association a approché EDF Renouvelables afin d'installer un parc photovoltaïque flottant sur les deux retenues qui permettrait de produire de l'électricité et de limiter l'évaporation de l'eau », affirme Lionel Para.

Des matériaux revalorisés et commercialisés localement

La Sab ne connaît pas encore l'endroit exact où elle pourra réaliser ces deux béances. Les études le détermineront.

« Nous disposons d'une zone d'études de 23 ha, qui sera réduite par les mesures d'évitement. L'idée, c'est d'avoir assez de place pour creuser les bassines. Aujourd'hui, nous réalisons des sondages de reconnaissance géologiques. Dans un second temps, lorsque nous obtiendrons l'autorisation d'exploiter le site, la Drac [Direction régionale des affaires culturelles, NDLR] prescrira un diagnostic d'archéologie préventive. Si des vestiges sont trouvés, une fouille suivra et cela coûte extrêmement cher. La zone qui pourra être exploitée sera celle où on aura préservé tous les enjeux environnementaux et archéologiques », insiste Nicolas Piarry.

Entre toutes les études et les démarches administratives nécessaires, la Sab espère donner les premiers coups de pioche en 2023 sur la première bassine et cinq ans après sur la deuxième. Les matériaux extraits par la Sab seront conservés sur une zone de stockage, à savoir l'ancienne carrière irrégulière. Pour limiter les nuisances, la Sab en acheminera une partie chaque hiver jusqu'à son site de La Roche-des-Arnauds en vue de les concasser. « Ces matériaux exploités ici seront revalorisés puis commercialisés auprès d'entreprises ou particuliers du Haut-Buëch et de Gap », note Nicolas Piarry. Le carrier mettra cinq ans à écouler les matériaux extraits d'une bassine. Une fois l'exploitation terminée, cette carrière devrait être remplie d'objets inertes avant d'être recouverte de terre arable.

Des voix s'élèvent contre le projet

Ce projet, complexe, compte des opposants qui craignent entre autres une détérioration du site. « Ce site n'est pas exceptionnel, sauf à y trouver des vestiges gallo-romains, rétorque le maire d'Aspremont Jacques Francou. Quand l'opération sera terminée, les agriculteurs retrouveront leurs terres. Les opposants soulèvent l'argument que la Sab fait de l'argent sur le projet. Mais ils oublient que la Sab nous fait économiser plus de 2 M€. Au sujet des nuisances, il se trouve que la première maison à proximité du site est la mienne ! ». Le maire n'y voit que des avantages : « Nous maintenons la pérennité des exploitations agricoles en sécurisant leur ressource en eau, les maçons pourront déposer leurs gravats sur l'ancienne carrière et les matériaux extraits des bassines seront revalorisés. »




M.-F. Sarrazin
Journaliste

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