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Parole d'expert Bien-être et confiance : la personne au cœur de la décision

le - - Droit et chiffre

Bien-être et confiance : la personne au cœur de la décision
D.R. - Me Edith Delbreil-Sikorzinski, avocate inscrite au barreau d'Avignon, est médiateur professionnel.

Vous êtes-vous intéressés à la loi pour une « République numérique » du 7 octobre 2016 ? Elle a été présentée comme « préparant le pays aux enjeux de la transition numérique et de l'économie de demain ». Elle promeut « l'innovation et le développement de l'économie numérique, une société numérique ouverte, fiable et protectrice des droits des citoyens ». Tout un programme.

Et… avez-vous entendu parler de la « justice prédictive », une machine qui va peut-être bien changer notre vie, ou pas… Nous sommes sans doute bien loin du film de Steven Spielberg « Minority Report », mais l'idée peut nous effleurer l'esprit. La loi pour une République numérique fait obligation de centraliser l'ensemble des décisions de justice rendues sur le territoire français, ce qui représente environ trois millions de décisions par an, afin de créer une base de données qui, une fois triées et analysées, permettront de faciliter la tâche de l'appareil judiciaire. Ces données nommées big data permettraient d'offrir ainsi des perspectives qui pourraient pour certains s'avérer sans limite, au risque d'aller vers une justice automatisée jusque dans ses décisions… Si en mai 68, on pouvait entendre « police partout et justice nulle part », aujourd'hui, on peut légitimement s'interroger sur la justice de demain.

Robert Badinter, avocat, ancien ministre de la Justice et garde des Sceaux et ex-président du Conseil constitutionnel, indiquait à l'occasion d'une de ses conférences en 2013 : « Un autre monde judiciaire s'est ouvert ; on n'y échappera pas avec la massification et l'absence de ressources fait qu'on ira dans cette direction… ». Il indiquait néanmoins que la révolution numérique en justice lui paraissait à la fois « riche de perspectives tout comme de dangers ». Perspectives certaines au bénéfice du monde judiciaire ; avocats et magistrats vont pouvoir disposer d'une base de données exceptionnelle, leur permettant d'être encore plus performants dans leur domaine d'excellence qu'est le droit. Reste à savoir comment celle-ci sera utilisée à l'image de l'anneau de Gygès le Lydien*, d'où les dangers pressentis par certains.

Une dimension émotionnelle

« Ma bonne dame, c'est bien beau mais… et l'humain dans tout ça ? », me direz-vous… Et vous en serez parfaitement légitime ! Permettez-moi de vous préciser que le droit est et sera toujours des règles édictées par notre législateur que le juriste tentera de faire coller au mieux à la situation de fait qui lui est exposée. Régler un conflit par sa seule dimension juridique ou technique apparaît souvent insuffisant ; qu'en est-il de litiges employeurs/employés, entre conjoints, entre associés ou autres, en définitive dès qu'il y a relation ? Nous devinons une toute autre dimension… Cette dimension émotionnelle est présente dans tous types de relations ; l'impulsion de nos actes et paroles est générée automatiquement par une émotion. Le champ des dynamiques conflictuelles est bien vaste et constitue un véritable terrain d'action pour le nouveau professionnel apparu depuis peu dans le domaine judiciaire : le médiateur.

Tiers neutre, impartial et indépendant, le médiateur professionnel est un expert de la relation et plus exactement de l'entente sociale ; pour ce faire, il dispose d'un processus structuré et d'un principal outil : l'ingénierie relationnelle. Il allie savoir-faire et savoir-être. Il est un complément indispensable à la parfaite solution d'un conflit et se revendique garant des principes de qualité relationnelle au sein d'une organisation qui se numérise de plus en plus...

* L'anneau de Gygès est une allégorie au début du deuxième livre de « La République » de Platon. Elle raconte l'histoire de l'ancêtre de Gygès qui trouve un anneau qui lui permet de devenir invisible.

Me Edith Delbreil-Sikorzinski
Avocate inscrite au barreau d'Avignon
Médiateur professionnel CPMN (Chambre professionnelle de la médiation et de la négociation)
Formateur labellisé EPMN (Ecole professionnelle de la médiation et de la négociation)
Diplômée du CAPM (Certificat d'aptitude à la profession de médiateur)
Agréée par le CNMA (Centre national de médiation des avocats)
Inscrite sur la liste des médiateurs judiciaires près la cour d'appel de Nîmes




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