AccueilTerritoiresBenoît Payan : « Dans la lutte contre l’habitat indigne, le droit commun ne suffit plus ! »

Benoît Payan : « Dans la lutte contre l’habitat indigne, le droit commun ne suffit plus ! »

Ecoles, logement, réforme de la Métropole... tels sont quelques-uns des principaux points évoqués par le maire de Marseille Benoît Payan lors de sa conférence de presse de rentrée le 7 janvier.
Benoît Payan : « Dans la lutte contre l’habitat indigne, le droit commun ne suffit plus ! »
R. Poulain - Le logement est « une priorité, même si ce n’est pas la compétence première », estime le maire de Marseille, Benoît Payan.

TerritoiresBouches-du-Rhône Publié le ,

Alors que la plupart des grands élus du territoire ont renoncé à la cérémonie de voeux à la presse, Benoît Payan a tenu à maintenir un rendez-vous. Equipés de masques FFP2, une trentaine de journalistes étaient présents dans les entrailles de l’espace Bargemon le 7 janvier pour écouter le maire de Marseille à l’occasion de sa « conférence de presse de rentrée ».

Au fil d’un discours d’une trentaine de minutes suivi d’une séance de questions-réponses, l’édile phocéen a passé en revue les sujets d’actualité de la deuxième ville du pays. Un exercice mêlant auto-satisfecit et coups de griffe où figuraient en toile de fond les grands chantiers du plan « Marseille en grand » lancé par le président de la République le 2 septembre 2021.

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Les chantiers des écoles lancés en 2022

Ce « grand rattrapage républicain » censé remédier aux carences des politiques publiques – habitat, transport, écoles... –, l’édile marseillais s’en arroge une bonne part de la paternité. Une victoire symbolisée par le plan de rénovation des écoles : cette cure de jouvence de 1,2 milliard d’euros rendue possible par des engagements historiques de l’Etat (400 millions d’euros d'apport en cash et 650 millions d’euros de garantie d’emprunt) « est le plus grand chantier que la ville a initié depuis des décennies ».

Grâce à cette manne venue de Paris, 17 écoles marseillaises subiront des travaux de rénovation lourde dès cette année. Ces opérations de chirurgie seront pilotées par la toute nouvelle société publique locale d’aménagement d’intérêt national (SPLA-IN) portée sur les fonts baptismaux par la ville le 17 décembre. Un nouvel outil inspiré de la SPLA-IN dédiée à la rénovation du centre-ville dont les statuts seront déposés cette semaine (10-16 janvier). « Pas question de perdre du temps !», prévient l’élu.

Le logement face à l’urgence

Au dossier sensible : le logement. « Une priorité même si ce n’est pas la compétence première » de la municipalité martèle Benoît Payan. Face à l’ampleur des retards, une nouvelle direction du logement et de l’habitat indigne a été créée qui sera drivée dès le mois de mars par Florent Houdmon, l’actuel directeur de l’agence régionale Provence-Alpes-Côte d’Azur de la Fondation Abbé Pierre. Le mot d’ordre est la vitesse. Avec un budget de 48 millions d’euros sur quatre ans, la Ville entend accélérer les travaux d’office dans les immeubles frappés d’arrêté de péril. « Il nous faut aller encore plus vite car la situation est toujours aussi alarmante », rappelle le maire.

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Instrument stratégique, le plan local d’urbanisme intercommunal (PLUi) constitue l’une des nombreuses pommes de discorde avec la Métropole Aix-Marseille-Provence (AMP) : « Nous demandons depuis des mois d’abaisser le seuil de construction de logement social dans les opérations », soupire Benoît Payan. Alors que l’intercommunalité renâcle à étendre à toute la ville l’obligation de réaliser 30 % de logements sociaux dans toutes les opérations de plus 30 logements et de plus de 2 000 mètres carrés de surface de plancher, l’édile phocéen fait part de sa déception vis à vis du projet réforme introduit dans la loi 3DS (Différenciation, décentralisation, déconcentration et simplification) : « J’ai réclamé à cor et à cri le retour dans le giron municipal de la compétence logement. L’Etat s’y oppose considérant que cette compétence doit rester une prérogative métropolitaine. Je le regrette profondément. »

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« J’ai réclamé à corps et à cri le retour dans le giron municipal de la compétence logement. L’Etat s’y oppose considérant que cette compétence doit rester une prérogative métropolitaine », regrette Benoît Payan. (Crédit : R. Poulain)

Le mal logement au défi du « kaléidoscope océanique »

Face au blocage, l’élu s’est forgé une conviction : « Dans la lutte contre l’habitat indigne et les marchands de sommeil, le droit commun ne suffit plus. Il y a trop d’éparpillement des compétences. On est en présence d’un "kaléidoscope océanique" sic qui nuit à l’efficacité de l’action publique. » Et d’en appeler à nouveau à « la mise en place d’états généraux du logement ».

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En attendant ce grand soir administratif, la Ville déploie « un travail de fourmi pour identifier l’ensemble des fonciers publics comme privés qui pourront demain accueillir de nouveaux logements ». Selon le maire, « plus de 30 immeubles du centre-ville ont été recensés pour accueillir, en lien avec les bailleurs sociaux du territoire, de nouveaux logements sociaux ».

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Le blocage des permis est une farce

Alors que les acteurs de l’immobilier, promoteurs et bailleurs sociaux s’inquiètent à l’unisson du malthusianisme ambiant en matière d’autorisation d’urbanisme, le maire de la capitale régionale dément toute frilosité. « Aucun bailleur social n’a été empêché de construire par la municipalité », affirme-t-il, renvoyant une nouvelle fois la balle dans le camp de la Métropole. « Le blocage des permis est une farce. On attend simplement que la Métropole accepte d’abaisser le seuil pour la construction de logements sociaux dans le PLUi », tacle-t-il, avant de reconnaître que l’année 2021 a été affectée par le coronavirus. « Cette crise a impacté de manière systémique la production de logements partout. »

Un projet stratégique sur Euroméditerranée

Si l’horizon sanitaire se dégage enfin..., dès cette année, grâce aux financements de l’Etat, « la ville lancera des constructions de logements et une rénovation sans précédent d’équipements » dans les quartiers nord : la plaine des sports et des loisirs, le centre social de la Busserine (14e) et celui de la Castellane (15e), avant dans un second temps le stade Philibert (14e), le centre social de la Bricarde (15e) ou la médiathèque de la Rose (13e).

Cette relance de la construction s’effectuera dans les sillons définis par la charte de la construction durable. Une nouvelle méthode que la Ville entend décliner à travers « un projet stratégique sur le périmètre Euroméditerranée, avec du logement abordable, des espaces verts », le tout en veillant « à la protection du patrimoine ».

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La loi 3DS souris ou grand soir ?

Interrogé sur le projet de réforme de la Métropole AMP inscrit dans un amendement à la loi 3DS voté par l’Assemblée nationale le 8 décembre dernier, Benoît Payan a confirmé l’insatisfaction émise chez nos confrères du Monde. « Les députés ont voté un amendement différent de celui adopté par les sénateurs. C’est un très mauvais signal », râle l’édile.

La version initiale du texte prévoyait de faire redescendre vers la ville centre certaines grandes compétences comme l’habitat et le logement, la gestion des ports, des sociétés d’économie mixte et de la voirie dans son ensemble. Un transfert finalement écarté dans le texte approuvé par les députés. « On ne peut pas avoir des rues municipales et des rues métropolitaines. C’est inextricable », grince l’élu phocéen. Et d’en appeler à la transparence en matière de moyens : « Si on récupère des compétences, il faut nous donner les moyens afférents. Sinon, ce sera trop lourd à gérer », alerte-t-il. Le dernier mot reviendra à la commission mixte paritaire qui réunit les représentants des deux chambres. « J’espère qu’elle modifiera le texte... », soupire Benoît Payan.

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